Le premier ministre Blaine Higgs a l’intention de nommer deux commissaires pour se pencher à la fois sur la révision obligatoire de la Loi sur les langues officielles et sur les difficultés des anglophones à apprendre le français.

Les commissaires auront pour mandat de superviser le processus de révision et de consulter le public et les intervenants clés.

Les consultations auront lieu en privé afin de permettre à tous les intervenants de s’exprimer librement, a précisé M. Higgs lors d’un point de presse, vendredi.

«Nous voulons une conversation ouverte à laquelle tout le monde peut participer sans aucune pression extérieure», a-t-il dit.

«Notre définition de l’ouverture, c’est la capacité pour une personne de parler franchement, honnêtement et de manière ouverte et personnelle sans aucune pression.»

La Loi sur les langues officielles doit être révisée tous les dix ans. La dernière révision s’était aussi déroulée derrière des portes closes.

Les présentations devant les commissaires se feront de manière virtuelle en raison de la pandémie de COVID-19.

M. Higgs n’a pas encore choisi qui seront les deux commissaires.

«Je veux des personnes prêtes à écouter. Des personnes qui écoutent vraiment attentivement et qui posent de bonnes questions de fond pour comprendre vraiment le cœur des habitants de notre province.»

Les commissaires seront «probablement» bilingues, a indiqué Blaine Higgs, sans toutefois en faire la promesse.

Ils choisiront ceux qu’ils veulent entendre, mais le public en général pourra également leur soumettre des idées et des recommandations par courrier ou par voie électronique.

Le rapport final des commissaires contenant leurs recommandations sera rendu public, a promis M. Higgs. Le gouvernement pourra s’en inspirer par la suite pour modifier la Loi sur les langues officielles.

Ce qu’il adviendra des recommandations concernant l’apprentissage du français n’est pas clair puisque l’éducation ne fait pas partie de la Loi sur les langues officielles.

Actuellement, moins de 50% des diplômés du système scolaire anglophone sont bilingues, a souligné le premier ministre.

Blaine Higgs n’a pas précisé quand seront nommés les commissaires. Il espère cependant qu’ils pourront terminer leur rapport avant la fin de l’année.

Selon lui, les changements à la loi, si changements il y a, pourront attendre à 2022 même si la loi stipule que la révision «doit être terminée au plus tard le 31 décembre 2021.»

C’est la première fois que la révision de la Loi sur les langues officielles est jumelée à un processus sur les difficultés des anglophones d’apprendre le français.

Blaine Higgs a souligné le mois dernier sans fournir de preuve que les anglophones unilingues doivent souvent quitter le Nouveau-Brunswick pour trouver un emploi ou obtenir une promotion en raison du bilinguisme officiel.

Il n’a pas répété ces propos vendredi. Le communiqué de presse accompagnant son point de presse souligne toutefois que «les nouvelles technologies ainsi que les défis croissants en matière de main-d’œuvre causés par l’émigration exercent des pressions sur la capacité de la province à pouvoir continuer d’offrir des services de haute qualité dans les deux langues officielles.» n

Derrière des portes closes

Les partis d’opposition et la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick dénoncent la décision de Blaine Higgs de mélanger langues officielles et apprentissage du français dans un exercice derrière des portes closes.

Le premier ministre fait «fausse route» selon le chef intérimaire du Parti libéral, Roger Melanson.

«Il a l’obligation de faire la révision de la Loi sur les langues officielles, mais sans l’avoir dit, il semble vouloir inclure une révision de la Loi sur l’éducation. C’est deux choses complètement différentes. Il va falloir qu’il comprenne ses obligations légales pour s’assurer que les choses se fassent telles que c’est prescrit dans la loi.»

La révision de la Loi sur les langues officielles, un processus prévu dans la législation, devrait se faire séparément des questions sur l’apprentissage du français langue seconde, selon M. Melanson.

«Le but de la Loi sur les langues officielles, c’est de garantir les droits linguistiques des deux communautés et, par conséquent, protéger la langue de la minorité francophone», rappelle-t-il.

La révision devrait aussi se faire en public, prévient M. Melanson.

«Le premier ministre choisit encore une fois d’être très secret. C’est important que l’on discute de la Loi sur les langues officielles en public pour bien expliquer ses mérites et ses bénéfices.»

Roger Melanson accuse Blaine Higgs d’avoir choisi au préalable de réduire les exigences en matière de bilinguisme dans les services publics.

«Le premier ministre veut faire ça à huis clos, en secret, parce que je pense qu’il a déjà décidé de ce qu’il veut faire comme changement. Est-ce qu’il veut réellement réduire les exigences linguistiques? C’est inquiétant.»

Le Parti libéral et le Parti vert voulaient que le premier ministre crée un comité législatif sur les langues officielles pour se charger de la révision comme cela a été fait il y a dix ans.

«Les députés sont les législateurs dans notre province et ce sont eux qui devraient recommander à l’Assemblée législative des améliorations à la Loi sur les langues officielles pour faire progresser l’égalité entre les deux langues officielles et les deux communautés de langue officielle du Nouveau-Brunswick», affirme le chef du Parti vert, David Coon.

Selon lui, il n’est pas approprié que le premier ministre donne aux commissaires un second mandat pour recommander des améliorations à la formation en langue seconde.

«Il y a un besoin urgent d’améliorer la formation en langue seconde dans nos systèmes d’éducation, mais cela mérite sa propre commission. Le premier ministre devrait confier cette tâche à ses commissaires nommés et confier la révision de la Loi sur les langues officielles à un comité de l’Assemblée législative.»

«Nous n’avons pas encore atteint l’égalité entre nos deux communautés linguistiques officielles, donc ce travail ne doit pas être dilué par un mandat supplémentaire», estime M. Coon.

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Alexandre Cédric Doucet, avance lui aussi que la Loi sur les langues officielles doit faire l’objet d’une révision distincte et publique.

«Ce qui devrait être au centre de l’attention, c’est le chemin vers l’égalité des deux communautés linguistiques et le processus que vient d’annoncer le premier ministre ne va pas dans ce sens-là», constate-t-il.

La communauté acadienne devra se tenir aux aguets durant les prochains mois, prévient M. Doucet.

«C’est le temps que la population acadienne et francophone se tienne debout et se mobilise.»

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