La commissaire aux langues officielles craint que le processus de révision choisi par Blaine Higgs sème la confusion dans la population et relègue les droits linguistiques au second plan.

Shirley MacLean joint sa voix à celles des partis d’opposition et de la société civile acadienne qui sont déçus des choix du premier ministre au sujet de la révision obligatoire de la Loi sur les langues officielles.

M. Higgs a annoncé vendredi que l’examen sera effectué à huis clos par deux commissaires qui seront aussi chargés d’étudier les obstacles à l’apprentissage du français chez les élèves anglophones.

«Il semble vouloir inclure plusieurs éléments qui n’ont pas de rapport avec la Loi sur les langues officielles, déplore la commissaire. Pour moi, c’est inquiétant.»

L’éducation en général et l’apprentissage du français langue seconde ne font pas partie de la loi, rappelle-t-elle.

«La Loi sur les langues officielles n’oblige pas les gens à être bilingues. Elle donne aux gens le droit de recevoir des services des institutions gouvernementales et de communiquer avec elles dans la langue officielle de leur choix. En faisant ça, ça accorde une protection à la langue de la minorité francophone.»

Mme MacLean craint que les questions concernant les difficultés des anglophones à apprendre le français finissent par occuper toute la place au détriment des droits linguistiques.

«Si on inclut d’autres sujets, je me questionne si la révision de la loi comme telle sera faite comme il le faut.»

La décision du premier ministre de mélanger le bilinguisme officiel et l’enseignement en langue seconde pourrait contribuer à la mécompréhension de la population à l’égard de la Loi sur les langues officielles, prévient la commissaire.

«Il y a un risque que les gens ne vont pas comprendre les obligations de la Loi sur les langues officielles.»

Shirley MacLean estime également que le choix de Blaine Higgs de tenir cette révision derrière des portes closes pourrait alimenter la désinformation concernant les langues officielles.

«Ça peut apporter de la confusion. Il y a des mythes qui se promènent à propos de ces choses-là et si les gens entendent ces discours-là, ils auront peut-être tendance à mal comprendre le but de la loi.»

«Les gens s’attendent que ces discussions aient lieu en public», ajoute-t-elle au sujet des consultations.

M. Higgs a aussi décidé de nommer deux commissaires pour effectuer la révision au lieu de confier cette tâche à un comité de députés comme l’avait fait le premier ministre David Alward il y a dix ans.

La création d’un comité de députés était l’option favorite du Parti libéral, du Parti vert et de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick.

Mme MacLean affirme qu’il manque encore trop de détails pour évaluer correctement cette partie du plan du premier ministre.

«C’est quelque chose de différent. Je ne vais pas commencer à critiquer alors qu’on ne sait vraiment pas ce qui va arriver. Qui va être nommé? C’est quoi le processus?»

Blaine Higgs n’a pas précisé quand les deux commissaires seront nommés.

La dernière révision de la Loi sur les langues officielles avait duré deux ans. La Loi sur les langues officielles prévoit que la révision doit être complétée au plus tard le 31 décembre.

Si les commissaires amorcent leur travail avant la fin du mois, ils auront onze mois pour effectuer un mandat beaucoup plus large qu’il a dix ans.

«C’est très inquiétant. Onze mois pour faire un tel travail, surtout avec la COVID. C’est un travail méticuleux qui devra être fait. C’est vraiment inquiétant que les commissaires ne soient pas encore nommés», souligne Shirley MacLean.

Elle précise toutefois que les changements législatifs pourraient être déposés seulement en 2021 sans contrevenir à la loi.

Le premier ministre a indiqué vendredi que les commissaires devront remettre leur rapport avec leurs recommandations avant la fin de l’année. Ce rapport sera rendu public.

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