Des appels à plus d’Acadie à Radio-Canada

La présidente de la Société nationale de l’Acadie (SNA), Louise Imbeault a exprimé ses frustrations à propos du manque d’Acadie dans les contenus nationaux de Radio-Canada. Si elle qualifie encore ce service d’essentiel, elle veut le voir évoluer.

C’est le message qu’elle a transmis le 18 janvier aux commissaires du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), dans le cadre de la demande de renouvellement de licences de la Société Radio-Canada (SRC).

«Montréal se comporte comme une grosse station régionale, juge l’ancienne directrice de Radio-Canada Acadie. Elle s’adresse parfois aux spectateurs montréalais au détriment du public canadien.»

À l’inverse du principe journalistique dit du «mort – kilomètre», énonçant par exemple qu’un décès dans son voisinage intéresse plus un habitant qu’une tuerie éloignée, elle fait le pari de l’intérêt des habitants de la Belle Province pour la francophonie canadienne.

«Rien ne laisse penser que les Québécois sont réfractaires à entendre parler du reste du pays, prétend Mme Imbeault. Ils vont être intéressés si on le leur propose.»

De plus, s’il fallait diffuser seulement là où les revenus publicitaires et les cotes d’écoute le justifient, la couverture médiatique hors du triangle Montréal-Ottawa-Toronto serait faible, selon le mémoire remis par la SNA au CRTC.

Indicateurs publics demandés

Pour que les choses changent après plus de 50 ans de réclamations, la présidente du groupe de pression réclame des indicateurs publics. Elle propose de dénombrer les reportages, les experts et les invités présentés nationalement par Radio-Canada en fonction de leur provenance.

«À Tout le monde en parle, combien d’invités viennent de l’extérieur du Québec?, pointe Mme Imbeault par exemple. Ils viennent peut-être de France ou d’ailleurs, mais certainement pas d’Acadie ou de l’Ouest canadien.»

Elle évite toutefois de demander à Radio-Canada une proportion précise de contenus nationaux portant sur l’Acadie.

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) souhaite en revanche que ces productions concernent le Canada hors Québec dans 15% des cas.

Recrutement local réclamé

La SNA veut par ailleurs voir et entendre plus de journalistes acadiens à Radio-Canada, par le biais d’un recrutement décentralisé (effectué par les stations régionales, ce qui est déjà au moins en partie le cas à l’échelle du pays).

«Nommez-nous le dernier journaliste de l’Université de Moncton recruté à l’antenne, défie-t-elle à titre d’exemple. Les personnes qui connaissent bien les intervenants, les enjeux et les lieux de l’Acadie ne s’y trouvent pas.»

Mme Imbeault pense en outre que si Radio-Canada commandait plus d’émissions nationales à des producteurs indépendants acadiens (comme le téléroman Conséquences par Bellefeuille Production), davantage de professionnels de la région se feraient connaître au pays.

Insécurité linguistique dénoncée

La Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) a aussi comparu devant le CRTC. Elle a accusé le diffuseur public de contribuer au sentiment d’insécurité linguistique des francophones de sa province.

Sa directrice générale, Marie-Claude Rioux hésite même à conseiller son écoute.

«Pourquoi est-ce que je dirais aux gens: “regardez comme c’est beau quand vous n’êtes pas là”?, interroge-t-elle. Je ne peux pas faire ça! Ça leur ferait penser que ça ne vaudrait pas la peine de montrer leur reflet.»

À l’échelle régionale, La FANE reproche aussi à Radio-Canada de privilégier le Nouveau-Brunswick.

«En Nouvelle-Écosse, nous sommes la minorité de la minorité, déplore Mme Rioux. On parle de nous, à l’occasion. Mais si on ne se voit pas et qu’on ne s’entend pas à Radio-Canada, comment motiver les jeunes à en devenir des artisans?»

La militante plaide pour la production d’une émission de télévision à Halifax.

«Avant, on disait que Radio-Canada, ce n’était pas parfait, mais que c’était tout ce qu’on avait. Ce n’est plus vrai. On n’appuie plus inconditionnellement Radio-Canada, assène-t-elle. Ça fait longtemps que les radios communautaires ont pris sa place pour la diffusion de nouvelles à propos de leur coin.»

Le CRTC a entamé des audiences publiques au début du mois de janvier concernant le renouvellement pour cinq ans des licences des stations de télévision et de radio appartenant à CBC/Radio-Canada.

L’organisme public de réglementation a indiqué à Radio-Canada qu’il avait reçu 20 000 observations écrites avant ces audiences.

«Nous respectons le processus du CRTC et nous répondrons aux intervenants en temps opportun, c’est-à-dire à la phase de réplique aux interventions», a déclaré le directeur des relations médiatiques du diffuseur public, Leon Mar.

La phase de réplique se déroulera le 28 janvier.