Des anglophones s’opposent à l’Anglophone Rights Association of NB

Dans une lettre d’opinion, trois anglophones de Fredericton s’opposent à l’Anglophone Rights Association of New-Brunswick (ARANB). Cet organisme représente seulement une minorité de leur groupe linguistique dans la province, selon eux.

«Si vous leur demandez leur nombre d’adhérents, je doute que vous receviez une réponse», explique l’un des auteurs, Gerry McAlister.

En effet, l’ARANB n’a pas donné cette information à l’Acadie Nouvelle. Elle rassemble seulement 280 personnes dans un groupe privé sur Facebook (accessible à ses adhérents seulement). Elle gère aussi une page publique sur ce réseau social suivie par environ 4000 internautes.

«Nos représentants sont à l’Assemblée législative provinciale», soutient M. McAlister à propos des Néo-Brunswickois anglophones.

Les Canadiens sont quand même 31% à penser que l’anglais devrait être la seule langue officielle de leur pays, selon un sondage Léger réalisé sur internet, en mars 2020 (auprès de 1514 personnes, avec une chance sur 20 que la marge d’erreur soit supérieure à 2,5%).

Cette proportion est peut-être encore plus élevée dans les provinces de l’Atlantique (le groupe interrogé dans cette zone était toutefois composé de 106 personnes seulement).

Les Néo-Brunswickois anglophones sont même 60% à penser que la province devrait supprimer le poste de Commissaire aux langues officielles, d’après un sondage de la CBC en 2018. «Peut-être que j’ai surestimé la bonne volonté de la communauté anglophone», admet M. McAlister.

Pour l’apprentissage du français

En tout cas, l’ancien professeur de français soutient que l’apprentissage d’une langue est possible pour toute personne sérieusement motivée.

Il cite le directeur du Gate Theatre à Dublin, Micheál Mac Liammóir: «le serveur moyen en Europe centrale peut parler cinq langues.»

«L’idée que chaque Européen peut aisément choisir dans un répertoire de langues s’avère de la foutaise», a cependant assuré le professeur de français Peter Manson en janvier (à propos d’affirmations du chef de l’Alliance des Gens, Kris Austin).

Les citoyens de l’Union européenne étaient 54% à pouvoir tenir une conversation dans au moins une langue étrangère et 25% à savoir en parler au moins deux, d’après une étude réalisée pour la Commission européenne en 2012.

Le Canada et la Belgique (où le flamand et le français sont deux langues officielles) comptaient une proportion similaire d’habitants parlant fréquemment plusieurs langues (un peu moins de 30%) en 2015, selon le chercheur François Grosjean.

Cette proportion atteignait en revanche 67% au Luxembourg (dont les langues officielles sont le français, l’allemand et le luxembourgeois), d’après le professeur à l’Université de Neuchâtel en Suisse.

«Mon propos sur le niveau de connaissance des langues en Europe ne doit pas être pris littéralement, même s’il est vrai jusqu’à un certain point, réagit M. McAlister. Je veux dire que si vous avez besoin d’apprendre une langue, faites-le, ne vous plaignez pas de la difficulté.»

Contre le racisme anti-francophone

L’Irlandais d’origine accuse les membres de l’ARANB de faire preuve d’un racisme latent à l’encontre des francophones. Il les compare aux électeurs de Donald Trump et de l’extrême droite en général (sans faire complètement l’amalgame).

«Ils pensent que la culture anglophone est supérieure à la culture francophone, précise-t-il. Je n’ai pas d’exemples précis, mais il n’y a parfois pas de faits ou d’avis pour prouver une opinion.»

«Sans commentaire, s’est contenté de répliquer l’ARANB par courriel. C’est maintenant un problème légal.»

De façon générale, M. McAlister estime qu’en tant que majorité, les anglophones jouissent d’un confort que certains d’entre eux souhaitent préserver. Il concède toutefois les inégalités pouvant être générées parmi eux à cause des classes d’immersion française.

Le chercheur de l’Université du Nouveau-Brunswick, J. Douglas Willms, a trouvé en 2008 que ce programme profitait surtout aux enfants des classes sociales supérieures. Leur proportion y était le double de celle des élèves des classes sociales inférieures.

«Quand les enfants de groupes socio-économiques inférieurs sont concentrés dans des écoles ou des classes particulières, ils ont tendance à avoir de moins bonnes performances», s’est inquiété le chercheur à propos des conséquences d’une possible ségrégation.

M. McAlister rappelle que l’éducation du français aux anglophones est un autre débat que celui de la révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick.

«L’éducation en immersion française n’a pas pleinement réussi. Oui, examinons-la et voyons comment la formation linguistique peut être améliorée, a-t-il néanmoins écrit. De nouvelles approches sont peut-être nécessaires, en particulier dans les zones rurales.»