Alcool NB blâmée pour avoir eu recours à des gardiens de sécurité unilingues anglophones

Alcool NB est blâmée par la commissaire aux langues officielles pour avoir eu recours à des gardiens de sécurité unilingues anglophones à Caraquet et ailleurs.

Dans un récent rapport, Shirley Maclean donne raison au président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) qui s’était plaint de cet état de fait en juillet.

Alexandre Cédric Doucet avait porté plainte à la commissaire après la diffusion d’un reportage de Radio-Canada Acadie révélant qu’un gardien de sécurité qui ne parlait pas français avait été chargé d’accueillir les clients à la succursale d’Alcool NB de Caraquet pendant deux jours, en juin en juillet.

«J’étais très frustré de la situation puisqu’on penserait que dans une région très francophone comme Caraquet on aurait droit à des services en français et ce n’était pas le cas», dit-il.

M. Doucet avait aussi transmis des informations à la commissaire concernant des situations semblables à Tracadie, à Dalhousie, à Dieppe, à Fredericton et à Saint-Jean.

«Quand j’ai rendu ma plainte publique, j’ai commencé à avoir des témoignages de partout dans la province à savoir que la situation de Caraquet se passait partout.»

Alcool NB «a manqué à ses obligations»

Dans son rapport daté du 11 janvier, Mme Maclean conclut que la société de la Couronne «a manqué à ses obligations» en vertu de la Loi sur les langues officielles.

Selon l’article 30 de la loi, les institutions provinciales doivent s’assurer que les tiers auxquels elles font appel (comme une entreprise de gardiens de sécurité) respectent le droit des citoyens d’être servis dans la langue officielle de leur choix.

La commissaire révèle dans son rapport qu’Alcool NB n’a pas attendu le début de son enquête pour rectifier le problème.

Dès la diffusion du reportage de Radio-Canada Acadie, la société de la Couronne «a communiqué avec notre bureau pour nous informer qu’elle était consciente de la situation et qu’elle prenait des mesures correctives et préventives pour devancer le problème».

Alcool NB a commencé à faire appel aux services d’une entreprise privée au début de la pandémie de COVID-19 au Nouveau-Brunswick, en mars, afin que des gardiens de sécurité donnent un coup de main à son personnel pour accueillir les clients et faire respecter les consignes sanitaires.

Afin de répondre à ce «besoin urgent dans une période sans précédent», la société de la Couronne n’a pas signé de contrat avec l’entreprise dans lequel elle aurait pu exiger le respect de la Loi sur les langues officielles.

Depuis, un contrat qui prévoit le respect de la loi a été signé avec un autre fournisseur de service de gardiens de sécurité.

«L’offre active est requise dans tous les emplacements», indique Alcool NB dans le rapport de la commissaire.

Les gestionnaires des succursales doivent dorénavant vérifier chaque matin si le gardien à l’accueil est bilingue. La société effectue aussi des vérifications aléatoires dans ses succursales.

Alcool NB s’assure aussi qu’un employé bilingue est disponible pour donner un coup de main aux gardiens de sécurité dans l’éventualité où ceux-ci ne sont toujours pas bilingues, malgré ce qui est exigé au contrat.

La commissaire Maclean met cependant en garde Alcool NB contre la possibilité que l’offre de services bilingues à l’intérieur de ses succursales diminue si des employés bilingues sont appelés à prêter main-forte aux gardiens.

«L’institution doit donc s’assurer qu’un nombre suffisant de personnel capable de servir les clients dans les deux langues est disponible au magasin à tout moment» écrit-elle.

Alexandre Cédric Doucet se réjouit qu’Alcool NB ait «fait preuve d’ouverture» dans ce dossier. Il affirme toutefois que la société aurait dû être capable de prévenir le coup.

«Alcool NB n’existe pas depuis hier. Elle doit connaître ses obligations linguistiques, dit-il. Ce sont des erreurs flagrantes comme ça qui démontrent que nous sommes très loin d’avoir l’égalité réelle dans les deux communautés linguistiques.»

Le maire de Caraquet, Kevin J. Haché, estime lui aussi que cette situation aurait dû être évitée.

«C’est de valeur que nous sommes encore obligés de faire des plaintes au commissaire et que (le respect de la loi) n’est pas acquis dans nos entreprises d’État.»

M. Haché félicite le président de la SANB d’avoir pris l’affaire en main et encourage ses concitoyens à porter plainte lorsque leurs droits linguistiques ne sont pas respectés.

«Plus nous sommes nombreux, plus ils vont nous entendre.»

Alcool NB n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.