Un accueil glacial pour le plan d’action sur les changements climatiques

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a présenté un rapport d’étape à propos de son plan d’action sur les changements climatiques. Le chef du Parti vert, David Coon, et le professeur en étude de l’environnement, Jean-Philippe Sapinski, le jugent très sévèrement.

«Je ne suis pas impressionné du tout», commente M. Sapinski à propos du rapport.

Le professeur à l’Université de Moncton remarque de nombreuses incohérences entre l’objectif du plan, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), et les mesures prises.

À compter du 1er avril 2020, le gouvernement provincial a par exemple instauré une taxe sur le carbone pour 22 carburants différents. Il a cependant réduit de deux cents par litre celles sur l’essence et le diesel.

«Ça annule l’effet de la taxe carbone», estime M. Sapinski.

Le gouvernement provincial mettra aussi en place un système de tarification fondé sur le rendement qui entraînera une réduction de l’intensité des GES de 10% pour les émetteurs industriels d’ici 2030. Le Nouveau-Brunswick abandonnera cependant le système fédéral qui vise une baisse de 20%.

«Avec un système sur le rendement, on vise seulement à améliorer l’efficacité de la production en fonction des émissions de GES, souligne de surcroît M. Sapinski. Si la production augmente, les GES peuvent donc croître. C’était une idée du gouvernement de Stephen Harper…»

Peu d’action

Les engagements les plus percutants de l’Action sur le changement climatique du Nouveau-Brunswick pour 2016 n’ont pas encore été mis en œuvre, selon le chef du Parti vert, David Coon.

«Le statu quo se maintient, déplore l’ancien membre du Comité spécial sur le changement climatique de l’Assemblée législative. Les dernières grandes initiatives provinciales en matière d’action climatique ont été lancées il y a 15 ans par l’ancien premier ministre Lord.»

M. Coon souligne l’absence d’objectifs concrets pour l’efficacité énergétique des bâtiments, l’utilisation des énergies renouvelables, les transports publics et les véhicules électriques. Il souhaite aussi avoir la garantie que les recettes de la taxe sur le carbone soient versées dans un fonds pour le changement climatique plutôt que d’être absorbées dans les revenus généraux.

Peu d’ambition

De toute façon, les cibles du gouvernement sont elles-mêmes trop faibles selon M. Sapinski. Adoptée en 2018, la Loi sur les changements climatiques a obligé la province à réduire ses émissions globales pour qu’elles atteignent 14,8 mégatonnes (Mt) en 2020, 10,7 Mt en 2030 et 5 Mt en 2050.

«Les émissions en 2016, l’année du plan d’action, étaient d’environ 14Mt, donc déjà en dessous de la cible pour 2020», remarque le professeur. Le plan d’action aurait dû être bien plus ambitieux, c’est le moins qu’on puisse dire.»

Il explique surtout que les objectifs fixés par l’Accord de Paris en 2015, engageant le Canada à limiter ses émissions de GES, d’ici 2030, d’au moins 30 % par rapport aux niveaux de 2005, sont insuffisants.

«Le Canada devrait viser une réduction des émissions de 92% en 2050, ce qui permettrait d’espérer maintenir le réchauffement à un maximum de 2 degrés. Au NB, ça voudrait dire 1,3 Mt en 2050», calcule-t-il.

Selon les données les plus récentes d’Environnement et Changement climatique Canada (2018), les émissions du Nouveau-Brunswick s’élèvent à 13,2 Mt.

La température annuelle moyenne du Nouveau-Brunswick a déjà augmenté de 1,1 °C au cours des trente dernières années. Les modèles climatiques prévoient que, d’ici 2080, les températures dans la province augmenteront encore de 5°C.

La province peut s’attendre à un risque accru de problèmes de santé liés à la chaleur, à de nouveaux parasites et espèces envahissantes, à des dommages causés par des inondations, aux effets de vents extrêmes et au givrage des arbres et des lignes électriques. La hausse des niveaux de la mer accroît également le risque d’inondation et d’érosion côtière.