Nouvelles restrictions à la frontière: «La goutte qui fait déborder le vase»

Les nouvelles mesures imposées par Fredericton à sa frontière afin de freiner la propagation de la COVID-19 sur son territoire sont démesurées et frôlent l’acharnement.

C’est là l’avis du maire de Pointe-à-la-Croix en Gaspésie, Pascal Bujold.

Il ne décolère pas depuis l’annonce, par le gouvernement conservateur de Blaine Higgs, vendredi, de l’imposition de nouvelles consignes frontalières qui touchent les citoyens appelés à se rendre au Restigouche plusieurs fois par semaine. On parle notamment de travailleurs, de parents se partageant la garde d’enfants et de simples citoyens ayant des rendez-vous médicaux ou essentiels.

La nouvelle mesure exige qu’ils subissent un test de dépistage par semaine afin d’obtenir le droit d’accéder à la province.

Pour ce qui est du droit de passage pour l’achat de produits de première nécessité, il est passé de deux jours à une seule journée.

«Je suis estomaqué qu’on impose un tel test de dépistage de façon hebdomadaire à tout le monde. Je n’en reviens tout simplement pas», s’insurge le maire qui, pourtant, en a vu d’autres depuis le mois de mars dernier.

Après avoir été snobé de la bulle atlantique pendant plusieurs semaines cet été, s’être vu refuser le droit de nuitée, imposé un barrage routier et interdire l’accès aux élèves de la Première nation voisine de Listuguj à leur école secondaire, il estime que cette nouvelle règle imposée par Fredericton vient de franchir une nouvelle étape au chapitre du mauvais goût. Pour lui, c’est la goutte qui fait déborder le vase.

«Depuis le début de la pandémie, le gouvernement du Nouveau-Brunswick tient notre population en otage et nous impose restriction après restriction. C’est de l’acharnement», critique avec vigueur M. Bujold qui conteste l’imposition de cette nouvelle mesure.

Celui-ci a déjà logé quelques coups de fil du côté des politiciens de sa région, tant au provincial qu’au fédéral. Il souhaite l’intervention d’Ottawa.

«Je ne crois pas qu’il y ait une juridiction ailleurs au pays qui subit une telle discrimination territoriale. Je crois qu’il est temps que le fédéral s’en mêle, que ce soit pour faire sauter toutes ces mesures ou, à tout le moins, les atténuer suffisamment pour qu’on puisse respirer un peu librement», lance le maire, affirmant que l’économie régionale est à bout de souffle, tout comme le moral des gens.

Il entend également demander l’appui de ses confrères du Restigouche dans ce combat puisqu’à ses yeux, cela constitue un irritant majeur pour toute cette portion de la baie des Chaleurs, tant québécoise que néo-brunswickoise.

«J’aimerais vraiment que la gent politique et économique du Restigouche se lève et fasse du bruit pour nous, mais aussi la direction de Vitalité et la communauté en général. Il faut faire comprendre à Fredericton que ça va trop loin», dit-il

En raison des nouvelles exigences du Nouveau-Brunswick, une clinique de dépistage a été installée dans la municipalité et est ouverte sept jours sur sept.

À noter que les autorités gaspésiennes de la santé n’ont rapporté aucun nouveau cas de COVID-19 lundi. La région ne compte actuellement que neuf cas au total sur l’ensemble de son territoire, ce qui comprend les régions de Bonaventure, Percé, Gaspé, Cap-Chat et les ÎIes-de-la-Madeleine).

Des deux côtés…

La mesure ne touche pas uniquement les citoyens de la Gaspésie, mais bien tous les Néo-Brunswickois qui traversent également le pont interprovincial pour des raisons similaires.

Marie-Josée Lapointe est dentiste au Centre dentaire interprovincial de Pointe-à-la-Croix. Huit des 12 employés de l’endroit demeurent au Nouveau-Brunswick.

«On est tous fatigués de la COVID-19, à bout de souffle. On n’a pas besoin de davantage de bâtons dans les roues. Venir ajouter un test obligatoire par semaine à nos employés, c’est un irritant de plus», souligne-t-elle.

Elle rappelle au passage que plusieurs entreprises d’Avignon dépendent de travailleurs néo-brunswickois.

Cette nouvelle survient alors que le centre dentaire est déjà passablement mis à mal par les mesures du gouvernement Higgs et de la Santé publique néo-brunswickoise. En fait, le centre a perdu momentanément plusieurs clients du Nouveau-Brunswick puisque ceux-ci ont l’obligation de se mettre en isolement préventif pendant 14 jours suite à leur retour dans la province.

«Qui veut se mettre en isolement deux semaines après un rendez-vous chez le dentiste pour un nettoyage, un plombage ou un ajustement d’appareil? On a perdu des clients à cause des mesures imposées par le gouvernement du Nouveau-Brunswick, et là on pourrait perdre des employés», dit-elle.

Appel entendu

L’appel à la solidarité lancé par le maire de Pointe-à-la-Croix à ses homologues du Nouveau-Brunswick n’est pas demeuré lettre morte.

Le président de Forum des maires du Restigouche, Charles Bernard, a inscrit le sujet à l’ordre du jour de la prochaine rencontre de la Commission de services régionaux du Restigouche, soit ce jeudi.

«Je veux qu’il y ait un dialogue et même, s’il y a lieu, une motion d’appui», indique le maire qui n’a jamais caché sa sympathie envers son voisin depuis le début de la pandémie.

S’il dit comprendre les inquiétudes de la Santé publique et du gouvernement en poste à Fredericton, il est d’avis que le Nouveau-Brunswick ne devrait pas maintenir la ligne dure envers la MRC d’Avignon.

«Et surtout pas quand ils ont si peu de cas. Ce sont eux qui devraient nous craindre en ce moment. Avignon, c’est nos voisins, notre famille, nos amis. Il n’y a pas de raison qu’ils ne fassent pas partie de notre bulle. Est-ce que le gouvernement doit réévaluer cette situation? Je crois que c’est au moins pertinent d’avoir cette discussion au sein de notre groupe d’élus», estime-t-il.