Moncton: la GRC demande de ne plus donner d’argent aux mendiants

Les dons directs aux mendiants ne font que perpétuer le problème de la mendicité, estime le responsable du service régional Codiac de la GRC.

Lors de la dernière réunion de l’Autorité Policière Régionale de Codiac, le surintendant Tom Critchlow a appelé le public à privilégier les dons auprès des organismes qui viennent en aide au plus démunis «plutôt qu’à une personne qui tient une tasse au coin de la rue».

Le gendarme est d’avis qu’il revient aux passants de cesser d’entretenir cette pratique, qui comporte parfois un risque lorsque certains font la quête auprès des automobilistes arrêtés à un feu de circulation. «Si la communauté ne leur donnait pas d’argent, ils ne seraient pas là», a-t-il lancé.

«La mendicité s’appuie sur la générosité des citoyens, ce qui est louable. Cependant, il est préférable de donner à des programmes qui peuvent offrir de l’aide à ces personnes.»

La municipalité et la GRC tentent depuis plusieurs mois d’encadrer la mendicité. À la suite de nombreuses plaintes de commerçants, les forces de l’ordre ont accru leur présence dans le centre-ville à la fin du mois d’ octobre 2019.

«Certains des défis identifiés pour faire des affaires dans le centre-ville étaient le vagabondage, la mendicité agressive et la consommation accrue de drogues créant des problèmes de sécurité publique», avait notamment publié Moncton Centre-ville après avoir réalisé un sondage auprès d’entreprises membres.

Un programme de patrouilles à pied destiné à réduire la mendicité, le flânage et les troubles à l’ordre public avait alors été mis sur pied. Il jumelle un agent des arrêtés municipaux à un membre de la GRC.

Le but du programme n’est pas de sévir contre la mendicité, mais de mettre les gens en contact avec les services de santé mentale, les programmes de logement et les banques alimentaires dans la communauté, affirme le chef des agents des arrêtés municipaux, Conrad Landry. L’équipe est aussi amenée à demander aux personnes installées sur une propriété de la Ville de se déplacer, explique-t-il.

Mendier n’est pas illégal à Moncton, mais sévèrement restreint par un règlement municipal qui interdit de quêter à moins de dix mètres d’un immeuble ou d’un terrain de stationnement faisant partie d’une zone d’amélioration des affaires. La Ville décrit ce genre de secteur comme une zone délimitée qui contient principalement des immeubles non résidentiels.

«Il ne faut pas non plus que l’individu empêche la personne de marcher, demande de l’argent agressivement ou se place sur le bord de la route», précise M. Landry.

Bien que la Ville de Moncton possède le droit de mettre à l’amende les contrevenants, ses équipes privilégient le dialogue et la sensibilisation, ajoute-t-il.

«On a le droit de mettre une amende. Est-ce qu’elle sera payée? Probablement que non. Est-ce que la police arrêtera quelqu’un qui n’a pas payé l’amende? Probablement que non. Ce sont des personnes qui sont déjà dans le besoin, on ne veut pas contribuer à leur misère. Ce n’est pas un crime d’être sans abris, ce sont des humains avant tout et il faut travailler avec eux.»

Les dons peuvent parfois maintenir une dépendance, avance Conrad Landry. «On ne sait pas ce que la personne achètera avec le cinq dollars. En donnant à un organisme, on s’assure que l’argent ira pour des besoins de base.»

Ces déclarations ne sont pas du tout au goût de Charles Burrell. Le fondateur de Humanity Project, un organisme qui vient en aide aux personnes démunies, juge qu’il revient à chacun de juger de la meilleure approche.

«Je crois que si un être humain veut aider un autre être humain, c’est un choix personnel. Je crois qu’il est facile de demander aux gens d’arrêter de donner de l’argent quand on ne dort pas dehors», réagit-il.

À ses yeux, cela ne permet en rien de s’attaquer aux problèmes de fond. «Nous avons surtout besoin de plus de ressources pour le traitement les problèmes de dépendance et de santé mentale. Nous avons besoin de logements abordables plus rapidement. Nous avons besoin d’un contrôle des loyers», insiste Charles Burrell.

En 2019, la GRC de Codiac a reçu en moyenne 18 appels liés à la mendicité par mois. La grande majorité d’entre-eux provenaient de la rue Main.

La municipalité ne dispose pas d’agents disponibles pour y répondre en soirée ou pendant la fin de semaine, mais compte former une équipe avant le 1er juin. Jusque-là, la GRC continuera d’intervenir.