Les tests de dépistages ne sont toujours pas exigés à la frontière, mais c’est pour bientôt

Bien qu’ayant été annoncée il y a trois semaines, l’exigence du dépistage pour les voyageurs qui traversent les frontières provinciales et fédérales n’est toujours pas en vigueur.

«Ça passe toujours à la frontière sans qu’une preuve de dépistage soit exigée», confirme le maire de Pointe-à-la-Croix, Pascal Bujold.

Farouche opposant à cette mesure mise en place par le gouvernement Higgs, celui-ci est bien content de pouvoir franchir la frontière ainsi, sans avoir à se soucier d’avoir en sa possession un test. Il déplore toutefois que l’annonce ait été faite même s’il était impossible d’appliquer la mesure sur le champ.

«Ça a créé un mouvement de panique, un stress inutile et certainement une frustration au sein de nos communautés ici dans la MRC d’Avignon. Les citoyens qui doivent se rendre au Nouveau-Brunswick pour le travail, les affaires et pour des raisons personnelles se sont rués pour se faire tester depuis trois semaines alors l’exigence n’est même pas encore en vigueur. La moindre des choses aurait été de nous avertir au départ que ça s’en venait, mais pas tout de suite», exprime le maire.

Après vérifications, 466 tests ont été effectués uniquement à Pointe-à-la-Croix la semaine suivant l’annonce du gouvernement du Nouveau-Brunswick. La suivante, ce chiffre a chuté à 251.

Ces chiffres ne comprennent pas les tests effectués du côté néo-brunswickois.

Selon le maire Bujold, cette mesure est contre-productive pour l’ensemble des deux côtés de la Baie-des-Chaleurs. Certaines entreprises du secteur privé auraient d’ailleurs confié craindre de perdre de la main-d’œuvre suite à son l’instauration.

Le secteur public est également un employeur majeur dans la région. Le Réseau de santé Vitalité, par exemple, emploie 162 employés demeurant à l’extérieur de la province. De ce nombre, les deux tiers – soit plus d’une centaine – travaillent dans la zone 5 (Campbellton) qui en compte 1400 en tout. La portion demeurant en sol gaspésien représente du coup près de 8%.

«Le système de santé est déjà fragile. Qu’est-ce que ce sera si des gens décident de rester à la maison parce qu’ils ne veulent pas se soumettre à cette procédure?», s’interroge le maire.

Pour bientôt

Le fait que la mesure ne soit pas appliquée pour le moment ne signifie toutefois pas que le gouvernement l’a reléguée aux calendes grecques. Il a bien l’intention d’aller de l’avant avec celle-ci, et plus tôt que tard.

La Santé publique du Nouveau-Brunswick confirme que la mesure n’est pas encore appliquée et que des discussions sont en cours avec différents partenaires afin de déterminer la meilleure façon de procéder pour gérer le dépistage hebdomadaire aux passages frontaliers de la province. Pour le moment, elle mise davantage sur l’éducation et la sensibilisation.

«Les voyageurs seront avertis à l’avance avant l’entrée en vigueur des nouvelles exigences de dépistage», assure-t-on, question de ne prendre personne au dépourvu.

Aux postes frontaliers, les agents de la paix seront autorisés à demander la preuve d’un rendez-vous pour subir un test ou une preuve de test, mais non le résultat. Les représentants de Santé publique auront le rôle d’assurer un suivi régulier à ce chapitre.

En raison du risque toujours présent de transmission et l’arrivée au pays de variants du virus, la Santé publique n’envisage pas pour le moment d’exempter de l’exigence de dépistage pour les personnes qui auraient été vaccinées contre la COVID-19.

«On doit attendre d’avoir plus de recherches à savoir si la vaccination permettra d’atteindre le niveau de sécurité voulu. L’objectif avec les vaccins est de nous permettre de ravoir une vie plus normale. Mais à ce moment-ci, c’est trop tôt pour évaluer les impacts», juge la médecin hygiéniste en chef, Jennifer Russell.

Un consensus pour le retour de la bulle avec Avignon

Les élus municipaux du Restigouche ont rencontré plus tôt cette semaine leurs homologues de Pointe-à-la-Croix et de la Première nation autochtone de Listuguj.

Cette réunion de travail avait comme objectif de jeter les bases d’une collaboration plus étroite en période de COVID-19. Les nombreux irritants liés à la fermeture de la frontière entre les deux régions sont inclus dans ces discussions.

«Je crois sans trop me tromper qu’il y a un consensus sur la nécessité de reformer une bulle entre nos deux régions», souligne Pascal Bujold, précisant faire référence à l’ensemble de sa MRC et non seulement à sa municipalité et son voisin immédiat (Listuguj).

Cette rencontre avait été initiée par la Commission de services régionaux du Restigouche après une recrudescence des tensions à la frontière, résultat de l’annonce du gouvernement Higgs touchant les tests hebdomadaires obligatoires pour les citoyens désirant entrer sur le territoire néo-brunswickois.

«L’ambiance autour de la table est bonne et on a décidé d’unir nos forces, de parler d’une seule voix à nos gouvernements. Et le message est clair, on veut un retour à une certaine normalité dans notre grande région, le retour de la bulle entre nous. C’est important pour les gens qui travaillent, pour la survie de nos commerces, mais aussi pour le bien-être des familles qui sont séparées depuis plusieurs mois maintenant», souligne le maire.

Il demeure malgré tout réaliste.

«On est actuellement dans un contexte sanitaire particulier qui demande des sacrifices. Mais je crois qu’il y a moyen de faire en sorte que ça fonctionne entre nos deux régions. Tout le monde semblait d’accord sur ce principe», ajoute M. Bujold.