L’évaluation à distance, généralisée en ces temps de confinement, rend évidemment la fraude plus difficile à surveiller. Quelle approche l’Université de Moncton a-t-elle retenue pour dissuader les étudiants de céder à la tentation?

Fiches collées sur les murs, partage des réponses sur les réseaux sociaux, livres ouverts. La tenue des examens à la maison a ouvert la porte à une multiplication des cas de plagiat et de tricherie. Des institutions postsecondaires d’un peu partout dans le monde font le constat d’un problème grandissant. À l’Université de Montréal, par exemple, les dénonciations ont bondi de 43% entre la session d’automne 2019 et celle d’hiver 2020, qui marque le début de la pandémie et des cours à distance.

«Les cas de tricherie concernent maintenant plus souvent des groupes d’étudiants», avance Alain Lavoie, vice-président académique de la Fédération des étudiants et des étudiantes du Centre universitaire de Moncton (FÉÉCUM).

«La discussion a eu lieu après la session d’hiver 2020. On avait remarqué une hausse des notes, révèle Mathieu Lang, président de l’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM). Est-ce que les examens étaient plus faciles ou est-ce que les étudiants se sont entraidés? On n’a pas la réponse.»

Malgré ces observations, l’administration de l’université estime que le phénomène ne s’est pas amplifié depuis le début de la pandémie.

«On ne remarque pas de différence marquée en ce qui a trait à la triche, au plagiat ou à la malhonnêteté intellectuelle comparativement aux années précédentes», assure Gilles Roy, vice-recteur à l’enseignement et à la recherche.

Pour décourager certains agissements, les membres du corps professoral ont été invités à envisager d’autres méthodes lors des évaluations de fin de session.

«C’est certain que c’était une inquiétude chez les professeurs, explique Mélanie Roy, gestionnaire de la Direction générale des technologies et des technologies de l’apprentissage. On leur a suggéré de proposer une variété d’évaluations plutôt qu’un seul examen final, de poser des questions ouvertes ou à développement, de favoriser les projets, les études de cas, les synthèses. Certains professeurs ont aussi choisi de poser des questions à l’oral via la plateforme Teams.»

Certaines nouvelles façons d’évaluer les connaissances se sont heurtées aux protestations des élus étudiants.

«Certains voulaient imposer un temps limite très court pour chaque question et l’impossibilité de revenir en arrière. Selon nous, ça évalue plus notre gestion du stress que nos apprentissages. Le Sénat académique a accepté d’abolir cette méthode, rapporte Alain Lavoie. Les projets sont devenus la norme, mais ça demande beaucoup plus de travail. On ressent vraiment une surcharge de travail.»

Les questionnaires à choix multiples restent les plus propices à la tricherie. Les nouvelles plateformes numériques permettent d’y remédier en mélangeant l’ordre des questions et des choix de réponses.

«On peut générer aléatoirement des questions à partir d’une banque de questions et avoir des examens différents pour chaque étudiant. Il faut donc s’assurer que le degré de difficulté de chaque question soit semblable», détaille Mélanie Roy.

«Nous avons la possibilité de connaître le temps passé sur les questions, ou de voir si deux étudiants avaient la même adresse IP et auraient donc pu être ensemble pendant l’examen. Nous pouvons aussi limiter l’accès au contenu du cours pour la durée de l’épreuve.»

Refus des logiciels espions

D’autres institutions ont opté pour des outils de surveillance en ligne encore plus intrusifs. L’Université Concordia et Polytechnique Montréal ont choisi de mettre en place des logiciels de vidéosurveillance qui accèdent au microphone et à la caméra de l’ordinateur. Du côté de l’Université Concordia, le logiciel Proctorio enregistre la vidéo, la voix et les activités à l’écran, les données du clavier, la localisation de la souris des étudiants tout au long de l’examen. Les mouvements des yeux, de la bouche et de la tête sont enregistrés et analysés par une intelligence artificielle.

L’université acadienne s’est refusée à imposer un tel dispositif, avant tout pour éviter trop de stress aux étudiants qui subissent déjà un climat anxiogène.

«Le point de vue de notre équipe c’est qu’il faut trouver un juste milieu, souligne Mélanie Roy. On doit limiter le plagiat, mais ces outils peuvent aussi augmenter le niveau de stress des étudiants qui ne trichent pas. C’est aussi une intrusion dans la vie privée des gens. Il y a une question éthique derrière ça.»

C’est donc la sensibilisation qui a été préférée à une surveillance étroite. Certaines classes ont dû signer un contrat moral en début de session pour s’engager à faire preuve d’honnêteté intellectuelle.

«Le corps professoral a été invité à rappeler aux étudiants le règlement sur la fraude et le plagiat et à faire appel à leur sens moral», note Mathieu Lang.

«Un étudiant qui choisirait la voie de la triche doit comprendre que ça risque de le rattraper au prochain cours s’il ne comprend pas et n’a pas développé certains savoirs ou savoir-faire. Il risque de se pénaliser lui-même, la fraude est toujours le mauvais choix.»

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