Plusieurs estiment que la volonté du gouvernement Trudeau de garantir le droit de travailler en français dans de grandes entreprises de compétence fédérale dans les régions canadiennes à forte concentration francophone sera sans impact au Nouveau-Brunswick à moins d’être étendue à l’ensemble du territoire de la province.

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, le gouvernement fédéral s’apprêterait à faire en sorte que les travailleurs d’entreprises de compétence fédérale de plus de 50 employés disposent de garanties permettant de travailler en français.

La mesure s’inscrit dans la révision fédérale de la Loi sur les langues officielles et porterait sur les entreprises sous juridiction fédérale œuvrant au Québec et dans les régions canadiennes avec d’importantes communautés francophones.

Toujours selon le diffuseur public, la discrimination professionnelle à l’endroit de francophones unilingues serait interdite. Les entreprises se verraient aussi obligées de communiquer en français avec leurs employés.

«C’est une manière de répondre à des pressions nationalistes en provenance du Québec», dit Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au Département de science politique du Collège militaire royal du Canada.

La politologue précise que la démarche vise à satisfaire aux demandes du gouvernement Legault qui, depuis plusieurs mois, somme Ottawa de lui accorder davantage de pouvoir afin que les entreprises de compétence fédérale œuvrant dans la Belle Province soient soumises à la Loi 101.

«C’est intéressant parce qu’en plus de répondre aux demandes de Québec, la mesure serait étendue dans d’autres régions de la francophonie canadienne, constate Mme Chouinard. Ça reste à clarifier, mais on parle notamment de l’est de l’Ontario et certaines régions du Nouveau-Brunswick.»

Pour l’instant, ce que constituent les régions francophones à forte proportion francophone reste à être déterminé. D’après Radio-Canada, un comité d’experts sera chargé de faire des recommandations au gouvernement fédéral en ce sens.

Une initiative intéressante, mais…

Bien que la mesure est qualifiée de «pas dans la bonne direction» par la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB), l’organisme estime qu’elle sera «inutile à moins d’être étendue» dans l’ensemble de la province.

«Mon principal problème (avec la mesure), c’est au niveau du critère qui sera utilisé pour désigner les régions fortement francophones, dit Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB. Le Nouveau-Brunswick est une province bilingue, donc il y a des régions fortement francophones partout. Il ne faut pas oublier que démographiquement, il y a autant de francophones à Saint-Jean que dans des régions francophones dans le nord de la province. Ceux de Saint-Jean ont autant le droit de travailler en français dans les entreprises de compétence fédérale que ceux de Caraquet.»

Michel Doucet, professeur titulaire à la retraite de l’Université de Moncton et spécialiste du droit linguistique, croit lui aussi que le Nouveau-Brunswick fait figure d’exception.

«Si la mesure est réservée à des régions à prédominance francophone du Nouveau-Brunswick, comme dans la Péninsule acadienne, ce serait surtout symbolique. La province reconnaît l’égalité des communautés linguistiques et des langues officielles, donc dans cet esprit, si le fédéral veut y appliquer cette mesure, il devrait l’étendre à l’ensemble du territoire», a-t-il expliqué au journal.

Stéphanie Chouinard est elle aussi d’accord pour dire que l’initiative changera peu des choses «à Rockland (près d’Ottawa en Ontario), à Caraquet ou à Tracadie», des endroits où il serait «assez difficile de trouver des gens qui travaillent majoritairement en anglais.» Elle prédit toutefois de la résistance si le fédéral souhaite que le règlement soit appliqué dans des régions où les francophones sont minoritaires.

«Si la région du grand Moncton est ajoutée à cette liste, la mesure aura probablement plus d’impact dans le quotidien des travailleurs francophones, mais j’ai aussi l’impression qu’elle sera plus difficile à faire passer», avance-t-elle.

Reconnaître la spécificité du N.-B.

La SANB souhaite surtout que la révision de la Loi sur les langues officielles reconnaisse enfin «la spécificité du Nouveau-Brunswick.»

«L’article 16,1 de la Charte canadienne des droits et libertés (qui garantit l’égalité des deux communautés linguistiques du Nouveau-Brunswick) a été enchâssé en 1993 et il serait logique que la Loi sur les langues officielles du Canada le reconnaisse aussi», précise Alexandre Cédric Doucet.

Du côté de la Société nationale de l’Acadie (SNA), on dit attendre avec impatience la présentation du livre blanc sur la réforme promis par Mélanie Joly, ministre des Langues officielles.

«C’est une idée intéressante, mais il faudra voir comment ce sera appliqué, on en saura plus après que le comité d’expert aura terminé son travail. L’idée du fédéral s’inscrit toutefois dans une réforme beaucoup plus large. Nous attendons le livre blanc avec beaucoup d’impatience afin de l’analyser et voir si la réforme répond à nos demandes», dit Louise Imbeault, présidente de la SNA.

D’après des informations obtenues par l’Acadie Nouvelle, le livre blanc sur la réforme de la Loi sur les langues officielles du Canada sera présenté vendredi, en début d’après-midi.

Le bureau du premier ministre Blaine Higgs n’a pas voulu commenter l’affaire. La demande d’interview auprès de René Arseneault, député libéral fédéral de Madawaska-Restigouche et secrétaire parlementaire de Mélanie Joly, est aussi restée sans réponse.

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