Rénovations: le bois trois fois plus cher et hausse de 10% du prix des matériaux

En raison de la COVID-19, bien des gens se sont découvert l’an dernier un attrait soudain pour la rénovation. Et tout indique que cette tendance est là pour rester cet été également.

Un récent sondage effectué auprès d’entrepreneurs en construction de tout genre au Québec a démontré que durant cette période, quatre entrepreneurs sur cinq avaient fait face à des problèmes de livraison, des délais et des ruptures de stock.

Porte, fenêtre, bois de construction, contreplaqué, ferme de toit… La demande accrue pour la rénovation domiciliaire combinée aux effets de la COVID-19 semble avoir contribué à causer des problèmes de disponibilité pour certains matériaux.

La situation est similaire au Nouveau-Brunswick où l’engouement pour la rénovation a pris de court plusieurs entreprises spécialisées dans la vente de matériaux.

«L’an dernier, c’était fou! Beaucoup de personnes se sont retrouvées du jour au lendemain avec énormément de temps libre en raison de la COVID-19. On dirait qu’ils ont tous décidé de s’en servir pour rénover, que ce soit pour refaire un patio, peinturer des pièces, etc.», raconte Éric Savoie, propriétaire d’ARCO Lumber d’Eel River Dundee.

Comme plusieurs autres commerces similaires au sien, il a connu des ruptures de stock de nombreux produits, notamment le bois. Et ce manque de matériaux est survenu particulièrement tôt dans la saison. Cette année, il a décidé de jouer de prudence et de remplir son inventaire au maximum en prévision d’une autre saison avec une forte demande.

«J’ai fait un gros booking en conséquence. Je ne devrais pas manquer de bois cette année, au moins pas avant la fin août ou en septembre», espère-t-il. Car après tout, il veut être en mesure de combler les besoins de ses clients.

Et celui-ci le confirme, la tendance des prix des matériaux n’est pas à la baisse cette année… n’en déplaise aux bricoleurs du dimanche.

«C’est à la hausse, ici comme partout au pays, malheureusement. Je dirais qu’on doit s’attendre à des hausses d’environ 10% d’à peu près tous les matériaux, mais ce sera pire pour le bois ou ce sera pratiquement trois fois plus cher qu’en temps normal», indique l’homme d’affaires.

En 2020, cette hausse des prix n’a pas ébranlé ses ventes. Le propriétaire d’ARCO Lumber ne s’attend pas non plus à ce que ces nouvelles hausses découragent les clients.

«C’est un peu plus cher, mais comme les gens ont coupé beaucoup sur autres choses – comme les voyages et les activités sociales par exemple – l’impact sur les finances est moindre et les projets se réalisent quand même», indique-t-il.

Coûts des projets

Selon Éric Savoie, beaucoup de gens ont été pris par surprise et n’ont pas pu mettre la main sur ce qu’ils désiraient en magasin. Des entrepreneurs ont même dû revoir à la baisse la liste de leurs projets en raison de la rareté des certains matériaux. En contrepartie, ils ont également dû revoir à la hausse les coûts de leurs projets.

L’entreprise VC Rénovation, qui a des bureaux dans le nord et le nord-est du Nouveau-Brunswick, en est un exemple. Comme tant d’autres, elle a dû jongler avec la hausse des prix et la rareté des matériaux de construction. Directeur des ressources humaines au sein de l’entreprise, Danny Roy l’avoue, l’exercice n’a pas été évident.

«L’an dernier, les prix de certains matériaux ont doublé sinon même triplé. On a ressenti l’impact», souligne-t-il.

L’entreprise n’a pas augmenté le prix de sa main-d’œuvre et de ses services comme tel en raison de la COVID-19. Elle a toutefois dû les réajuster afin de compenser la hausse des matériaux. Dans certains cas, le travail aura été pratiquement trois fois plus élevé uniquement en raison des matériaux.

Une saison difficile à prédire au niveau commercial

Directeur général de l’Association de la construction du Nouveau-Brunswick, John Landry témoigne que des baisses de chantier ont été observées dans la province l’an dernier dans le secteur commercial.

L’incertitude entourant la COVID-19 et l’augmentation fulgurante des coûts des matériaux ne sont pas étrangères à cette réalité. Cela dit, il maintient que, somme toute – et considérant la pandémie –, 2020 ne fut pas un désastre sur toute la ligne.

«Nos membres sont demeurés passablement occupés malgré tout. Ce ne fut pas une année extraordinaire, mais ce ne fut pas non plus une catastrophe», estime ce dernier, notant qu’il avait anticipé un plus grand ralentissement en raison de tous les projets mis sur la glace.

Chez VC Rénovation par exemple, 2020 aura été une année plutôt terne. La baisse des projets commerciaux et gouvernementaux s’est fait durement ressentir au sein de l’entreprise.

«Je dirais que nous avons été environ 50% moins occupés qu’à l’habitude, car tout ou presque a été mis sur pause dans ces secteurs. Même du côté des projets liés aux assurances ce fut très tranquille puisque plusieurs personnes ont décidé de faire les travaux eux-mêmes puisqu’ils avaient le temps», explique Danny Roy.

Est-ce que l’on peut s’attendre à une année plus garnie cette fois? Difficile à prédire selon M. Landry. Cela dit, il ne s’attend pas à ce que la province donne le feu vert à une multitude de projets tout d’un coup. Au mieux, croit-il, elle pourrait être passablement similaire à l’an dernier, sinon un peu mieux.

«Les budgets ne sont pas encore sortis, mais ça risque d’être relativement tranquille avec les grands chantiers gouvernementaux. Ce qui m’inquiète davantage par contre, ce sont les projets commerciaux. Il y a encore beaucoup d’incertitudes dans le secteur privé, des restrictions liées à la pandémie, sans oublier que les coûts des matériaux ont grimpé en flèche au cours des derniers mois. Tout cela pourrait mener les promoteurs à reporter ou annuler des projets», dit-il.