La province accusée de manquer de compassion

Le Nouveau-Brunswick fait de nouveau l’objet de vives critiques relativement aux nombreuses restrictions à sa frontière avec la Gaspésie afin de contrôler la propagation de la COVID-19.

Cette fois, la province est montrée du doigt pour avoir changé sa directive touchant l’accès aux proches aidants. Un changement survenu tout récemment et sans préavis selon les familles.

Dianne Blaquière habite à Pointe-à-la-Croix. Sa mère, Aurélie, est âgée de 87 ans et demeure à quelques minutes de là, à Atholville du côté néo-brunswickois. Cela fait plus d’un an maintenant que Mme Blaquière – avec l’aide de son frère Guy – prend soin de sa mère.

«Elle a une maladie pulmonaire (MPOC) grave. Elle va bien, mais elle ne peut tout simplement pas rester seule. Elle a besoin de surveillance, d’une présence 24/7. Quand mon frère travaille, c’est moi qui prends la relève», raconte-t-elle.

Elle et son frère, où loge d’ailleurs sa mère, se relaient au poste. Ce dernier ayant des quarts de travail qui alternent de nuit et de jours, la tâche est complexe. Depuis la COVID-19 et la mise en place de mesures aux frontières, traverser quotidiennement n’a pas toujours été chose facile pour Mme Blaquière, mais elle y parvenait malgré tout.

Le 6 février, elle a renouvelé les autorisations nécessaires avec le Nouveau-Brunswick: un laissez-passer de trois mois valide jusqu’au début mai. Mais depuis quelques jours, les règles ont changé. Une semaine après avoir reçu cette autorisation, on lui a refusé l’accès à la province pour qu’elle puisse aller prendre soin de sa mère.

«Je suis arrivée au poste frontalier le 12 février et on m’a dit qu’il y avait de nouvelles directives et qu’en raison de celles-ci, je ne pouvais plus entrer, même avec l’approbation en poche. On m’a dit que la seule raison qui me permettrait de passer, c’est pour visiter ma mère en fin de vie. C’est tout simplement ridicule, inhumain», déplore la voix tremblante d’émotions.

«Ce n’est pas comme si je ne faisais pas attention. Je respecte toutes les consignes sanitaires. Je ne me promène pas inutilement, car la dernière chose que je désire, c’est de contracter le virus et le donner à ma mère qui est non seulement âgée, mais aussi malade», explique-t-elle, ne comprenant pas pourquoi la province du Nouveau-Brunswick s’obstine à ne pas lui octroyer une exemption.

En raison de ce refus, le frère de Mme Blaquière a dû demander des vacances au travail, le temps de trouver des solutions. Et le temps presse puisqu’il doit retourner au boulot jeudi.

«Et on ne sait toujours pas ce qui va arriver, car rien n’est réglé», note Mme Blaquière.

Car les options sont limitées. Sans son aide, sa mère risque de devoir prendre la direction de l’hôpital ou encore d’un foyer. Dans les deux cas, elle n’aura ainsi plus accès à sa famille tant et aussi longtemps que la région demeurera en phase orange.

«On l’a sortie d’un foyer une première fois pour en prendre soin nous-mêmes parce qu’elle sombrait tranquillement dans une dépression. Et là, on veut la priver des soins de ses enfants? Ma petite maman, elle s’est retrouvée seule avec de jeunes enfants à la suite de la mort de notre père et elle a toujours pris soin de nous. Elle a toujours été là pour nous, et maintenant que l’on peut lui rendre la pareille, on nous en empêche. Ça me brise le cœur, c’est horrible», exprime Mme Blaquière.

Ironiquement, cette dernière peut toujours se prévaloir de son droit d’accès hebdomadaire pour se procurer des biens et services essentiels.

«Mais il ne faut pas que j’aille aider ma mère par contre. Ça non, on me l’interdit. Où est la logique? Dans quel monde vivent ceux qui prennent ces décisions à Fredericton?», lance-t-elle.

Le cas de Mme Blaquière ne serait d’ailleurs pas unique dans la région, d’autres familles ayant manifesté les mêmes inquiétudes.

Questionnée à savoir quelle est la raison de ce changement qui fait en sorte que l’on n’autorise plus les proches aidants à franchir la frontière, la province est demeurée muette.