Université de Moncton: la crise sanitaire pèse sur le moral des étudiants

Sophie LeBlanc Roy, responsable du service de santé et psychologie de l’Université de Moncton, constate que les restrictions sanitaires affectent l’état de santé psychologique d’une partie de la population étudiante.

«La pandémie a eu un effet important sur la santé mentale des jeunes du niveau postsecondaire», confirme Sophie LeBlanc Roy.

«On a observé que des étudiants faisaient face à un manque de motivation, à des symptômes d’inattention, de manque de concentration et d’agitation liés à l’angoisse. L’incertitude, la perte de contrôle occasionnent du stress. Des symptômes dépressifs se sont installés en raison de la solitude, de l’isolement et d’un mode de vie sédentaire. Les déceptions liées au fait de ne pas pouvoir vivre une rentrée normale, le dynamisme du campus, ou les activités habituelles peuvent mener à un manque de motivation. Être constamment devant l’écran peut amener un sentiment de fatigue et d’épuisement, des symptômes d’inattention, un manque de concentration et se répercuter sur la réussite académique.»

Le nombre d’étudiants qui se rapprochent de son service pour obtenir un soutien psychologique n’a pas augmenté significativement au cours des derniers mois. Cela ne signifie aucunement que la détresse ne progresse pas parmi les étudiants, prévient la psychologue.

«Étant donné que l’enseignement se fait à distance, les étudiants ne s’installent pas forcément à Moncton, ils peuvent rester chez leurs parents ailleurs dans la province, en Atlantique ou ailleurs dans le monde. Ces jeunes ont un réseau dans leur région sur lequel ils peuvent s’appuyer et ne penseraient pas à venir nous consulter sur le campus. S’ils étaient plus proches, ils feraient plus appel à nous.»

L’an dernier, le temps d’attente avant un rendez-vous a pu s’étirer jusqu’à plusieurs semaines. Depuis septembre, son équipe constituée de cinq psychologues assure chaque jeudi une clinique de consultation sans rendez-vous pour assurer une prise en charge rapide des étudiants en situation de détresse. Environ 70 personnes en ont bénéficié.

Important de bouger

Le contexte est particulièrement rude pour les étudiants qui faisaient déjà face à des dynamiques familiales dysfonctionnelles, observe Sophie LeBlanc Roy. «La pandémie fait en sorte que les gens sont stressés, ça peut rendre les relations plus difficiles.»

Afin de mieux gérer cette période compliquée, la psychologue recommande de bouger, de s’occuper en extérieur, de prévoir des temps d’arrêt pour relaxer et de prendre du temps pour soi.

«On conseille d’essayer de contrer la perte de motivation et l’isolement par des activités. Il est important de bouger et de sortir de chez soi pour prendre de l’air. Nous avons constaté que certains étudiants ne sortent pas de leur chambre pour plusieurs jours, ils font leurs cours dans la pièce, ils s’adonnent à leurs loisirs dans la pièce, ils dorment dans la pièce. Ça crée un sentiment de mal-être et de découragement.»

La responsable du responsable du service de santé et psychologie note que les étudiants internationaux sont parfois plus réticents à consulter.

«Dans certaines cultures, aller consulter un psychologue c’est vu comme tabou, c’est stigmatisé, ça signifie que la personne a des troubles sévères ou n’est pas capable d’affronter les difficultés par elle-même, explique-t-elle. Et puis nous sommes cinq psychologues blanches, néo-brunswickoises, ça peut créer des réticences chez certaines personnes qui peuvent se demander comment on peut les comprendre ou comprendre leur réalité.»

Confrontés à l’éloignement de leur famille, à un nouvel environnement ou à des défis financiers importants, les étudiants internationaux sont d’autant plus fragilisés. Ils sont pourtant nombreux à préfèrer se confier à un proche plutôt qu’à un professionnel de la santé.

«Nos amis, les membres de notre famille nous disent parfois de ne pas nous inquiéter et ça n’incite pas aller chercher de l’aide, exprime Mme Roy. Mais parler à quelqu’un qui est neutre par rapport à notre situation peut faire énormément de bien. Chacun vit la pandémie différemment, il faut que les gens sachent qu’il y a des ressources disponibles, qu’ils ne sont pas tout seuls.»