Nord-Ouest: quand des détenus aident à nourrir les plus démunis

Autrefois un terrain de baseball, les terres du centre carcéral de Saint-Hilaire produisent aujourd’hui 5000 livres de légumes par année pour les gens dans le besoin. Un chiffre qui pourrait doubler, voire tripler d’ici 2022 si de nouveaux fonds sont octroyés.

Le jardin communautaire du centre correctionnel régional du Madawaska a vu le jour il y a déjà trois ans.

Il s’agissait au départ d’un petit carré de terre, voué à favoriser la réhabilitation et la réinsertion des détenus en leur apprenant comment faire pousser leur propre nourriture.

Au fil du temps, l’initiative a toutefois gagné du terrain – littéralement – jusqu’à devenir un moyen de pallier au problème de sécurité alimentaire dans la région.

Sylvain Poirier et Yves Sévigny, les porte-paroles du réseau CCNB-INNOV et la banque alimentaire R.A.D.O., deux partenaires du projet, ont de grandes ambitions pour le projet dans les années à venir.

Augmenter le volume de production, acquérir une serre, impliquer plus de détenus, venir en aide à plus de gens, possiblement distribuer les récoltes dans les épiceries de la région… bref, faire du potager communautaire une initiative durable.

Produire plus

En 2020, le jardin communautaire du Centre correctionnel avait fait le don d’environ 5000 livres de légumes à la banque alimentaire de l’Atelier R.A.D.O.

Une valeur d’environ 15 000$ en radis, poivrons, courges, navets, concombres, bettes à carde, choux frisés, laitues, haricots, courgettes et tomates biologiques semés et récoltés par une étudiante du réseau CCNB-INNOV et au moins deux détenus.

Cette année, les partenaires souhaiteraient atteindre une production de 12 000 livres. L’objectif en 2022: 17 000 livres.

«L’année dernière, il a fallu préparer le terrain. Ça a pris du temps. Cette année, ce sera du temps qui sera plutôt dédié à semer et à récolter», explique Sylvain Poirier, le directeur général de CCNB-INNOV.

«On a aussi eu une sécheresse dans la région l’an dernier. Il a fallu que les personnes qui s’occupent du projet se dotent d’un petit système d’irrigation. Ils étaient en mode réaction.»

Pour parvenir à atteindre ces nouveaux objectifs, il faut toutefois des fonds, bien évidemment.

C’est pourquoi l’Atelier R.A.D.O. et CCNB-INNOV ont récemment effectués des demandes de financement auprès du gouvernement provincial, mais aussi fédéral.

L’an dernier, le projet s’appuyait sur une subvention de 25 000$ du Fonds en fiducie pour l’environnement du Nouveau-Brunswick.

«En obtenant plus de financement, ça nous permettrait d’accélérer l’obtention des résultats (…)», a avancé M. Poirier.

«On agrandirait encore, on pourrait peut-être aussi se doter d’une serre et faire pousser des micros verdures qui ont une certaine valeur.»

Légumes frais pour les gens dans le besoin 

L’Atelier R.A.D.O vient en aide à quelque 600 clients dans la région du Nord-Ouest.

Les contributions du jardin communautaire de Saint-Hilaire nourriraient au moins 10% d’entre eux pendant la saison des récoltes, soit de juin à septembre.

«On peut recevoir d’eux à peu près 700 livres par semaine. C’est une portion intéressante», a témoigné Yves Sévigny, le directeur général de l’Atelier.

«Ça correspond à peu près à ce qu’on reçoit dans une journée en fruits et légumes de la part de nos autres partenaires. La différence, avec ces produits, c’est qu’on sait d’où ils proviennent et ils sont pratiquement biologiques.»

Les récoltes du jardin communautaire de Saint-Hilaire se démarquent aussi par leur fraîcheur.

«Il y a une différence dans la qualité parce que ce qu’on reçoit du centre carcéral, ç’a été récolté la journée même tandis que pour une portion de nos autres partenaires, c’est souvent des légumes en fin de vie. Ils sont fatigués. Toujours comestibles, oui, mais il faut les cuisiner.»

Le directeur général de CCNB-INNOV ajoute que la valeur de certains légumes frais a augmenté de 20% en ces temps de pandémie.

«C’est une coïncidence, mais le fait que nous sommes en pleine pandémie, ça ajoute à la pertinence du projet», a-t-il estimé.

Une expérience enrichissante pour les détenus

Le Centre correctionnel régional du Madawaska, à Saint-Hilaire, est un petit centre provincial qui accueille des détenus souvent pendant de courtes périodes.

Le projet, qui se déroule sur une base volontaire, donnerait la chance à certains d’entre eux de se développer de nouvelles compétences pendant leur séjour.

«Les études ont démontré partout dans le monde que ce genre d’activités étaient bénéfiques pour les détenus et leur réinsertion sociale», a affirmé M. Poirier.

Par exemple, c’est le genre de choses qui serait bénéfique à ajouter à son CV à la fin d’un incarcération, a-t-il ajouté.

«Le jardinage, c’est un travail avec des objectifs précis. La personne va voir, semaine après semaine, ses efforts se concrétiser», insiste M. Sévigny.

«Les détenus sont souvent des gens qui ont des vies désorganisées ou qui ont eu des problèmes à atteindre ou se donner des objectifs. Le projet leur donne l’occasion, au rythme de la nature, d’avoir des buts et de voir qu’ils les accomplissent. Il y a toute une valorisation de l’individu et du travail dans l’agriculture.»