U de M: les étudiants internationaux se sentent isolés et perdus

Le président de l’Association des étudiants internationaux du campus universitaire de Moncton (AÉÉICUM), Mohamed Bouya Ely Vall, déplore une situation très difficile académiquement et socialement. Il s’inquiète de la santé mentale de ses camarades.

Le chercheur en maîtrise de sciences de gestion à l’Université de Moncton précise qu’il n’est pas épargné.

«Les risques sont beaucoup plus grands pour les étudiants internationaux, explique le jeune homme originaire de Mauritanie (au nord-ouest de l’Afrique). Par exemple, le défi de l’intégration à l’Université, à la communauté et à la ville était déjà grand avant la COVID-19. Maintenant, il l’est encore plus.»

M. Vall raconte pour illustrer son propos que son association organisait une fête avant la pandémie qu’elle a remplacée par une soirée pizza sur une plateforme de vidéoconférence sur internet.

«On a fait ce qu’on pouvait. Mais on a vu qu’ils restaient isolés», déclare-t-il à propos des nouveaux étudiants étrangers qui ont participé à l’événement.

La responsable du Service aux étudiants internationaux de l’U de M, Lucille Landry, observe elle aussi que sa clientèle manque de relations sociales en personne.

Elle assure néanmoins faire de son mieux. Son équipe a accueilli les élèves qui sont arrivés à l’aéroport, puis les a suivis virtuellement pendant leurs 14 jours d’isolement sur le campus. Elle organise aussi des causeries sur internet.

«Plusieurs nous ont fait part d’une situation difficile», déplore quand même Mme Landry.

En plus d’être isolés, les nouveaux étudiants internationaux sont perdus, selon le président de l’AÉÉICUM. Il remarque recevoir beaucoup de questions sur la façon de prendre l’autobus ou de payer un abonnement téléphonique, par exemple.

Mme Landry observe également que les nouveaux élèves étrangers sont désorientés. Elle assure pourtant que son équipe donne des consultations d’accompagnement virtuelles.

«Je me demande si tous ceux qui le voulaient en ont tiré profit, s’interroge M. Vall. Maintenant, l’administration envoie juste un courriel pour annoncer ses services. Beaucoup ne le voient pas ou ne le comprennent pas.»

Plus largement, tous les étudiants internationaux qui étudient à distance peuvent rencontrer des difficultés de connexions à internet. Ceux qui suivent leurs leçons et passent leurs examens depuis leur pays sont de plus confrontés au décalage horaire (de 4h entre le Nouveau-Brunswick et la Mauritanie, par exemple).

«On essaye d’être le plus flexible possible, indique Mme Landry. Les professeurs sont par exemple censés enregistrer leurs cours.»

M. Vall insiste enfin sur les problèmes financiers dont peuvent souffrir ses pairs. Ils ont eu plus de difficultés que les années précédentes à trouver du travail l’été dernier, selon lui, et n’ont pas accès à l’assurance emploi. Le coût de leurs études est en plus environ deux fois plus élevé que celui des étudiants canadiens (13 800$).

«La majorité des personnes qui vont à la banque alimentaire de la Féécum (Fédération des étudiantes et étudiants du Campus universitaire de Moncton) sont des étudiants internationaux», constate le président de l’AÉÉICUM.

Nombre d’étudiants internationaux en baisse

Le nombre de nouvelles inscriptions d’étudiants internationaux en septembre à l’Université de Moncton était de 123 en 2020, soit 97 de moins qu’un an auparavant.

Cette diminution aura des répercussions sur les quatre prochaines années, selon la direction des communications, des affaires publiques et du marketing de l’établissement.

Les étrangers représentent 22,3% de la population étudiante de l’U de M durant cette session d’hiver.

Ils sont 774, soit 31 de moins qu’un an avant dans un contexte d’une hausse globale du nombre d’inscriptions.

Cette baisse est toutefois moins grave que celle prévue par l’U de M dans son dernier budget: une diminution d’environ 200 étudiants pour l’année 2020-2021.