Ottawa veut permettre la pêche autochtone de «subsistance convenable» en saison 

La ministre fédérale des Pêches, Bernadette Jordan, a publié mercredi un plan pour permettre aux pêcheurs autochtones de homards de «pêcher en vue d’assurer un moyen de subsistance convenable» pendant les saisons commerciales.

Alors que l’Assemblée des chefs mi’kmaqs de la Nouvelle-Écosse, où il y a eu d’importantes tensions entre les pêcheurs autochtones et non autochtones en 2020, ait déclaré que la dernière proposition d’Ottawa était «inacceptable», la Coalition des organismes de pêche de l’Atlantique et du Québec, qui comprend l’Union des pêcheurs des Maritimes, voit les changements proposés par la ministre Jordan comme un premier pas dans la bonne direction.

«On voudrait qu’il ait justement plus de communications de ce genre de la part de Pêches et Océans et le bureau de la ministre pour donner les faits sur la réglementation de ce qui peut et ne pas être fait dans les pêches commerciales, y compris celles des Premières nations», dit Martin Mallet, directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes.

L’organisme Mi’gmawe’l Tplu’taqnn, qui représente les intérêts de neuf communautés mi’kmaques du Nouveau-Brunswick n’a pas donné de suite à notre demande d’interview. Dans le passé, l’organisme a annoncé sa volonté d’instaurer une pêche de subsistance pour les Mi’kmaqs du Nouveau-Brunswick.

Mme Jordan explique que son plan permettrait une pêche à «subsistance convenable» pendant la saison commerciale réglementée par le gouvernement fédéral, grâce à des permis délivrés en vertu de la Loi sur les pêches. Elle dit que sa proposition n’augmenterait pas la quantité totale de pêche menée dans les eaux du pays.

La ministre a aussi fait valoir qu’elle devait s’assurer que les stocks demeurent «sains et durables», ajoutant que c’est pour cette raison qu’il existe des saisons réglementées.

Le plan permettrait également aux collectivités des Premières Nations de vendre des prises aux transformateurs.

La ministre Jordan affirme que la sécurité doit rester une priorité et promet une présence fédérale accrue et coordonnée sur l’eau et sur terre au printemps, y compris des agents de pêche, appuyés par des navires de la Garde côtière canadienne.

«C’est absolument nécessaire qu’il ait une présence accrue dans les régions où on pense où il pourrait avoir plus de tensions», croit Martin Mallet.

D’autre part, pour la Coalition des organismes de pêche de l’Atlantique et du Québec, la préservation des ressources fait aussi partie des préoccupations.

«On demande une pêche sécuritaire pour tous, mais quand on parle de sécurité, ce n’est pas seulement l’aspect sécurité publique, ça veut aussi dire la conservation de la ressource. Les règlements mis en place pour la conservation doivent être suivis par tous les participants de la pêche commerciale. Même si une pêche pour des revenus modérés est un peu plus artisanale, elle demeure une pêche de nature commerciale, donc on demande que la pêche de subsistance soit faite à l’intérieure des mesures de conservation actuelle, et cela comprend à l’intérieur des saisons de pêches actuelles», ajoute M. Mallet.

La Coalition espère que Pêches et Océans permettront aux pêcheurs non autochtones de participer davantage au dialogue afin de «contribuer à une pêche durable et forte pour tous».

«Bien qu’un certain dialogue ait commencé avec le MPO et soit apprécié par l’industrie, les pêcheurs non autochtones ont besoin d’un processus défini pour être à la table. C’est encore plus urgent si les plans avec les Premières Nations sont différents l’un de l’autre et à court terme», peut-on lire dans un communiqué publié par l’organisme.

Le plan de la ministre Jordan peut être utilisé pendant que les communautés des Premières Nations et le gouvernement négocient un accord de réconciliation sur les droits de pêche autochtones.

Les Premières Nations Sipekne’katik et Potlotek ont intenté des poursuites contre le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, les deux affirmant que les règlements existants entravaient leur droit issu de traités de pêcher en vue d’assurer un moyen de subsistance convenable.

Les pêcheurs autochtones de la Nouvelle-Écosse soutiennent qu’une décision de la Cour suprême du Canada de 1999 confirme le droit des Mi’kmaq de pêcher pour un «moyen de subsistance convenable» quand et où ils le souhaitent, même hors saison.

La décision avait toutefois été clarifiée par le tribunal, qui avait précisé qu’Ottawa pouvait réglementer le droit des Mi’kmaq à des fins de conservation et à d’autres fins limitées.

Le chef de la Première Nation Sipekne’katik, Mike Sack, a déclaré que son groupe n’était pas impressionné par le nouveau plan du gouvernement.

La Première Nation a lancé sa propre pêche l’automne dernier dans la baie Sainte-Marie, en dehors de la saison de réglementation fédérale. Des membres de la communauté ont été victimes de violence de la part de résidants non autochtones, ce qui a entraîné la destruction d’un entrepôt de homards et l’incendie d’une camionnette.

  • Avec des extraits de la Presse canadienne