Conduite dangereuse ayant causé la mort: une femme pourrait éviter la prison en raison d’un traumatisme

Une demande plutôt inusitée de la défense a forcé, vendredi, le juge Larry Landry a ajourné sa décision en lien avec la sentence d’une femme reconnue coupable de conduite dangereuse ayant causé la mort.

Il y a près de six ans, le véhicule que conduisait Kendra MacDonald, âgée de 37 ans de Dalhousie, a percuté celui de Theresa Carrier qui roulait en sens inverse. Cette dernière est décédée sur les lieux de l’accident.

La tragédie s’est produite précisément le 28 août 2015 en après-midi sur l’autoroute 11 à la hauteur de Dalhousie Junction.

Infirmière au Service de traitements des dépendances, Mme MacDonald revenait chez elle après une journée de travail particulièrement éprouvante. Son véhicule aurait quitté sa voie dans une courbe avant de heurter celui de Mme Carrier. Sur la scène, aucune trace d’accélération ni de freinage de la part de Mme MacDonald.

Celle-ci a subi son procès en janvier dernier à la Cour du Banc de la Reine de Campbellton devant juge seul. Des témoins qui suivaient de loin l’accusé ont rapporté que sa conduite était instable, son véhicule titubant dans sa voie. Au terme du procès, le juge Landry a trouvé l’accusée coupable de conduite dangereuse. Selon lui, elle aurait dû s’apercevoir que sa conduite était inappropriée et s’arrêter avant de provoquer un accident. Mais l’irréparable s’est plutôt produit.

L’accusée était de retour en cour vendredi afin de connaître sa sentence. Sur ce point, la Couronne et la défense sont aux antipodes.

Selon le procureur de la Couronne responsable du dossier, Me Yves Duguay, plusieurs facteurs aggravants jouent contre l’accusé, le plus important étant la mort de Theresa Carrier. Se basant sur des cas similaires, il suggère un terme carcéral de trois ans suivi d’une interdiction de conduire de cinq ans par la suite

Du côté de la défense, Me Mikaël Bernard fait plutôt appel à la compassion du juge Landry.

Quelques semaines avant l’accident, l’accusée avait subi une expérience des plus traumatisantes, soit un cambriolage en pleine nuit par deux hommes qui en ont profité pour l’abuser sexuellement.

La victime venait à peine d’effectuer un retour progressif au travail lorsque l’accident s’est produit. Elle a été diagnostiquée comme souffrant du trouble de stress post-traumatique à la suite de ces deux événements survenus coup sur coup à l’été 2015.

«Sa sentence, elle l’a vit depuis le jour où, par sa faute, Mme Carrier a perdu la vie», a lancé l’avocat, précisant que l’accident n’était pas lié à la vitesse, l’alcool, la drogue, ou le textage au volant.

Selon ce dernier, chaque dossier doit être analysé de façon individuelle et des exceptions peuvent avoir lieu selon le contexte. C’est pourquoi qu’en dépit de la gravité de l’infraction reprochée à sa cliente, il suggère au juge que celle-ci ne soit pas envoyée en prison.

«Personne n’y gagnerait de voir Mme MacDonald derrière les barreaux, ni ses deux jeunes jumelles, ni la société en général, ni la famille de la victime», a lancé Me Bernard.

Il suggère plutôt une période de probation supervisée de trois ans, 300 heures de travaux communautaires, ainsi qu’une interdiction de conduite de deux années.

Mme MacDonald, qui travaille désormais comme aide à domicile, a tenu à adresser quelques mots à la cour.

«Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé le 28 août 2015. Le moment où on m’a annoncé que j’avais été impliquée dans un accident et qu’une personne était décédée par ma faute est resté incrusté dans ma mémoire. Il ne se passe pas une journée sans que j’y repense et que je me sente coupable d’avoir enlevé la vie à un autre être humain et privé quelqu’un d’une mère, une sœur, une amie», a lancé l’accusée.

En raison de la grande divergence entre les soumissions des deux parties, et particulièrement de la demande de la défense de ne pas imposer un terme carcéral – ce qui est généralement le cas pour ce genre d’accusation –, le juge Landry a décidé de prendre le dossier en délibéré pendant quelques jours.

Les parties seront de retour en cour lundi.