Des experts de la santé craignent que le grand public ne considère pas le portrait complet lors de l’analyse de l’efficacité des vaccins contre la COVID-19.

Et ils s’inquiètent que cela provoque une hésitation inutile à un moment où le déploiement de la vaccination au Canada doit s’accélérer.

Le vaccin Oxford-AstraZeneca récemment approuvé et le vaccin de Johnson & Johnson, qui pourrait être le prochain en ligne à être autorisé, ont montré une efficacité de 62 et 72% dans la prévention des infections à la COVID-19 dans leurs essais cliniques respectifs.

Par rapport à l’efficacité de 95% des vaccins à ARNm de Pfizer-BioNTech et Moderna, cela semble être une différence flagrante. Mais des experts soulignent que lorsqu’il s’agit de prévenir l’hospitalisation ou la mort par la COVID-19, les données d’essais ont montré que les quatre vaccins étaient parfaits.

« Ce sont les résultats sur lesquels les Canadiens devraient se concentrer, car c’est vraiment ce que nous voulons éviter », a déclaré Charles Weijer, bioéthicien à l’Université Western.

Charles Weijer dit comprendre pourquoi le public se tourne vers ces chiffres, car nous sommes habitués à l’efficacité en matière de traitements contre les maladies.

Un traitement anticancéreux efficace à 95% serait préférable à un traitement à 60 ou 70%, a-t-il indiqué, mais les vaccins et autres interventions de santé publique doivent être analysés différemment.

Le Dr Sumon Chakrabarti, spécialiste des maladies infectieuses à Mississauga, en Ontario, a expliqué que l’efficacité d’un essai clinique est calculée en comparant le nombre de personnes qui ont contracté la COVID-19 après avoir reçu un vaccin au nombre de celles qui l’ont contracté après avoir reçu un placebo.

Beaucoup de ceux qui ont été infectés après avoir reçu un vaccin lors des essais ont souffert d’une maladie bénigne, selon les données, ce qui, selon le Dr Chakrabarti, n’est pas une grande préoccupation.

S’accrocher aux mauvais chiffres peut être problématique, a-t-il ajouté, si cela conduit à penser que les vaccins AstraZeneca ou Johnson & Johnson sont inférieurs.

« Quand vous regardez les décès et les hospitalisations, peu importe que ce soit Johnson & Johnson, AstraZeneca, Pfizer ou Moderna, c’était vraiment incroyable », a déclaré Sumon Chakrabarti. « Des milliers de participants ont été injectés dans le bras lors des essais, et pas une seule personne est décédée, pas une seule personne n’a été hospitalisée. »

Sumon Chakrabarti est d’avis que le moment des essais peut avoir eu un impact sur les statistiques d’efficacité, Pfizer et Moderna ont testé leur produit alors que les dommages causés par la COVID-19 étaient relativement plus faibles dans certaines parties du monde. Johnson & Johnson et AstraZeneca, quant à eux, ont réalisé leurs essais plus tard, lorsque la circulation augmentait et que davantage de variants transmissibles se propageaient à un rythme rapide.

Bien que cela puisse signifier que l’efficacité des vaccins à ARNm dans la prévention des infections est inférieure à 95%, le DR Chakrabarti fait remarquer que cela ne change pas l’absence d’hospitalisation et de décès lors des essais.

Ce seront les chiffres clés pour l’avenir, a-t-il indiqué. Bien que le nombre de cas puisse continuer à augmenter malgré le déploiement des vaccins au Canada, les restrictions pourraient être levées à mesure que les décès et les hospitalisations baissent.

« À l’heure actuelle, nous avons trois outils qui empêchent la mort et l’hospitalisation et qui peuvent nous aider à sortir de cette situation », a déclaré le DR Chakrabarti. « Donc mon message est juste de recevoir le vaccin que vous pouvez obtenir en premier. »

Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) du Canada a déclaré cette semaine qu’il ne recommandait pas le vaccin AstraZeneca pour les personnes de plus de 65 ans, arguant que les essais n’offraient pas suffisamment de preuves d’efficacité dans ce groupe d’âge. Santé Canada a déclaré quelques jours plus tôt que des données réelles suggèrent que le vaccin est efficace chez les populations plus âgées.

La France et l’Allemagne, qui n’avaient pas initialement recommandé AstraZeneca pour les seniors, ont depuis annulé cette décision.

Charles Weijer croit que si la communication entourant le vaccin d’AstraZeneca n’a peut-être pas été efficace cette semaine, il est possible d’ajuster le message concernant d’autres vaccins en fonction des paramètres qui comptent le plus.

Charles Weijer affirme que le pragmatisme d’un vaccin à dose unique comme celui de Johnson & Johnson pourrait être « extrêmement important » pour le déploiement du vaccin au Canada. Mais les gens doivent être prêts à l’accepter.

« Si les gens pensent:  » Eh bien, je vais attendre pour un vaccin que je perçois être meilleur « , c’est une erreur », a déclaré Charles Weijer. « La clé est de nous faire tous vacciner le plus rapidement possible. »

Le Dr Chakrabarti prévoit que certains rejetteront le vaccin d’AstraZeneca, ajoutant que les responsables de l’administration du vaccin doivent mettre en place un plan B pour s’assurer que les doses ne sont pas gaspillées.

Bien qu’il s’inquiète que le « puits ait été empoisonné » autour d’AstraZeneca, le Dr Chakrabarti est d’avis que c’est aux experts en communication de la santé publique d’éviter cela à l’avenir.

« Si nous mettons ces vaccins sur un pied d’égalité et examinons les mêmes paramètres importants, ils fonctionnent tous de la même manière », a-t-il déclaré. « C’est ce que le message devrait être. »

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