Véhicules électriques: la sensibilisation ne suffit pas

Fredericton mise sur les forces du marché et la sensibilisation afin d’atteindre les objectifs d’électrification des transports qu’elle s’est fixée, une stratégie qui ne suffira pas à convaincre les Néo-Brunswickois de prendre le virage électrique, selon plusieurs observateurs.

Le Plan d’action sur les changements climatiques du Nouveau-Brunswick, adopté en 2016, prévoit que la province va «travailler dans le but d’avoir 2500 véhicules électriques (VE) sur les routes du Nouveau-Brunswick» en 2020. En 2030, la cible est de 20 000.

Cinq ans plus tard, nous sommes loin du compte.

D’après le ministère des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie, à qui incombe cette mesure du plan d’action, il y avait 437 VE immatriculés dans la province l’an dernier, soit 17% de la cible de 2020. Aujourd’hui, ce chiffre est passé à 646.

D’ici neuf ans, c’est 19 354 VE qui devront s’ajouter à ce nombre si la province espère s’acquitter de ses engagements. Invité à préciser comment il y arrivera, le ministère des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie s’est réjoui que le nombre de VE ait augmenté de 30% en un an, la preuve que les «investissements dans les bornes de recharge encouragent les Néo-Brunswickois à envisager» cette option de transport.

«Le ministère est fier que le Nouveau-Brunswick soit la première province entièrement connectée, a déclaré un porte-parole dans un courriel. Énergie NB continue de travailler à la promotion de l’adoption du VE avec son réseau de recharge et par le biais de programmes éducatifs.»

Cette sensibilisation servira notamment à déboulonner certains mythes voulant que «le VE ne puisse pas répondre aux besoins des Néo-Brunswickois.»

«Les gens ont peur de se retrouver bloqués sans station de recharge, alors qu’en fait la plupart des recharges se font à la maison», explique le ministère.

On retrouve aujourd’hui 255 bornes de recharge publiques partout sur le territoire de la province et la distance moyenne entre deux bornes est de 65 km.

Que fait le N.-B. pour atteindre sa cible?

Bien que la sensibilisation et un réseau de bornes de recharge font partie de mesures nécessaires pour convaincre les citoyens d’adopter des véhicules verts, l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB) considère que le gouvernement ne va pas assez loin afin d’atteindre son objectif de voir 20 000 VE sillonner les routes de la province d’ici 2020.

«On peut faire des charges rapides partout, c’est déjà un bon début, mais encore faut-il qu’il y ait des utilisateurs de cette infrastructure», dit Joël Olivier, directeur des services aux membres à l’AFMNB.

L’AFMNB, qui a récemment organisé une série de conférences afin de permettre aux Néo-Brunswickois d’en apprendre davantage sur les VE, estime que l’on devra s’inspirer des approches prises par la Colombie-Britannique et le Québec si l’on souhaite véritablement atteindre les objectifs d’électrification de la province.

C’est que le principal frein à l’acquisition des VE demeure le prix, dit M. Oliver. Au Nouveau-Brunswick, même en bénéficiant de l’incitatif d’achat fédéral, un VE coûte en moyenne 10 000$ de plus qu’un véhicule à essence.

Pour pallier ces prix plus élevés, les gouvernements fédéral et québécois ont mis en place des incitatifs d’achat, ce qui a contribué à faire de la Belle Province la championne canadienne de la VE.

«Les incitatifs au Québec font en sorte que ça devient plus intéressant puisque les VE ne sont plus qu’à quelques milliers de dollars au-dessus du prix d’achat d’une voiture à essence. Ça permet de rentabiliser un VE assez rapidement puisque son coût d’opération annuel est d’environ 1500$ de moins qu’un véhicule classique», ajoute Joël Oliver.

Les incitatifs d’achat de VE au Canada

Le Canada offre aux contribuables des incitatifs à l’achat pour les VE. Il s’agit d’une réduction de 5000$ à l’achat pour les voitures avec la plus grande autonomie.

Au Québec, les citoyens peuvent bénéficier de réductions pouvant atteindre 13 000$ grâce à l’incitatif provincial de 8000$ qui s’ajoute à la mesure fédérale. En Colombie-Britannique, l’incitatif d’achat maximal est de 3000$. Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a aussi annoncé, en février, une aide pouvant atteindre 3000$.

L’Association pulmonaire du Nouveau-Brunswick (APNB), qui dispose elle aussi d’un programme de sensibilisation sur l’électrification des transports, croit également que Fredericton gagnerait à imiter ce qui se fait ailleurs.

«Les incitatifs d’achat ont joué un rôle significatif pour faire augmenter le nombre de VE ailleurs au pays. Nous sommes emballés de voir que la Nouvelle-Écosse a elle aussi annoncé une mesure semblable, la semaine dernière, puisque cette province, comme le Nouveau-Brunswick, a peu de VE sur ses routes», dit Alyse Wilton, gérante des programmes de santé communautaire et environnementale de l’APNB.
Pas de mesure à l’horizon

Le ministère des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie reconnaît lui aussi que «la différence de prix entre les VE et les véhicules à essence» explique en partie pourquoi sa cible de 2020 n’a pas été atteinte. Le gouvernement n’envisage pas pour autant d’instaurer de mesure d’aide financière et préfère s’en remettre aux lois du marché.

«La plupart des experts s’entendent pour dire que la parité des prix d’achat aura lieu d’ici 2025 et que cela devrait servir de point de bascule pour que de nombreux Néo-Brunswickois entrent sur le marché des véhicules électriques», a écrit un porte-parole.

«On est très loin des objectifs définis par la province en 2016, déplore M. Oliver. Aujourd’hui, on en est au quart de la cible de 2020, donc si les choses restent comme ça, la province n’atteindra jamais son but de 20 000 en 2030. On demande donc au gouvernement de mettre en place un soutien financier afin d’aider les citoyens à acquérir ce type de véhicule. Il faudrait aussi aider les concessionnaires et les professionnels à adopter les VE parce que ça prend des techniciens certifiés pour faire leur entretien.»

Il faut noter que l’’AFMNB n’a pas émis de position officielle sur la mise en œuvre d’un incitatif provincial.