Le gouvernement fédéral investit 56 millions $ afin de soutenir la conception et le développement technologique des petits réacteurs modulaires (PRM) au Nouveau-Brunswick, une décision décriée par les écologistes du Nouveau-Brunswick.

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, en a fait l’annonce, jeudi matin, lors d’une conférence de presse à Saint-Jean.

D’après M. LeBlanc, qui a fait l’annonce au nom du ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, et de la ministre responsable de l’Agence de promotion économique du Canada Atlantique, Mélanie Joly, l’investissement permettra d’appuyer le développement de la boucle Atlantique, tout en contribuant à rendre l’économie du Nouveau-Brunswick plus résiliente.

«L’avenir énergétique du Canada atlantique passe par la décarbonatation», a-t-il déclaré.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, s’est réjoui des investissements fédéraux, y voyant un pas de plus afin que la province devienne un chef de file mondial de ce secteur.

«En investissant dans ces réacteurs, nous favorisons non seulement la mise en place d’une expertise locale, mais nous contribuons également à créer les conditions idéales pour attirer les meilleurs talents», a affirmé M. Higgs, ajoutant que cette industrie naissante contribuera à la croissance d’autres entreprises de la province.

Un pas de plus vers une première centrale

Près de cinq millions iront à Énergie NB afin que la société d’État prépare le site de Pointe Lepreau pour «l’aménagement et la démonstration de PRM.»

Énergie NB a confirmé à l’Acadie Nouvelle que les fonds serviront à préparer le site pour la construction du premier réacteur d’ARC Clean Energy, l’une de deux entreprises à s’être installées au Nouveau-Brunswick dans l’espoir de devenir la première société à commercialiser un PRM sur la planète.

Le Centre de recherche sur l’énergie nucléaire de l’Université du Nouveau-Brunswick reçoit pour sa part 561 750$.

Le plus gros de la somme annoncée jeudi, soit 50,5 millions $, ira à l’entreprise Moltex Energy Canada, l’autre entreprise qui souhaite commercialiser un PRM en sol néo-brunswickois.

Les fonds proviendront du Fonds stratégique pour l’innovation (FSI) et du programme Croissance économique régionale par l’innovation. Moltex s’est notamment engagée à créer ou à maintenir 48 emplois à temps plein dans le cadre de l’entente de financement du FSI. L’entreprise a toutefois été incapable de dire combien de personnes travaillent aujourd’hui dans ses bureaux de Saint-Jean puisque des employés en Ontario et en Angleterre collaborent aux projets menés au Nouveau-Brunswick.

Le chef de la direction pour l’Amérique du Nord de Moltex Energy, Rory O’Sullivan, s’est lui aussi réjoui des investissements visant à appuyer la conception de leur réacteur «innovateur» et d’installation de recyclage de déchets nucléaires.

«Nous faisons un pas de plus vers la production d’énergie propre, fiable et abordable au Nouveau-Brunswick, tout en soutenant la croissance économique», a dit Rory O’Sullivan.

«C’est de l’écoblanchiment»

Susan O’Donnell, professeure spécialisée dans l’adoption des technologies et les questions environnementales à l’Université du Nouveau-Brunswick, s’indigne que l’industrie nucléaire tente de se dépeindre comme étant «propre.» S’il est vrai qu’elle «émet peu de gaz à effet de serre», elle génère néanmoins des polluants dangereux, ajoute-t-elle.

«C’est de l’écoblanchiment et des relations publiques, déplore Mme O’Donnell. Le plus grand problème de l’industrie nucléaire, ce sont les déchets radioactifs et le meilleur moyen pour eux de les éliminer, c’est de faire comme s’ils n’existent pas.»

D’après elle, l’intention de Moltex de développer une technologie visant à recycler les déchets nucléaires de Pointe Lepreau afin qu’ils servent de combustible dans leurs nouveaux réacteurs n’est que de la poudre aux yeux.

«Ce procédé va créer d’autres formes de déchets toxiques, des liquides radioactifs. On ne peut pas vraiment parler de recyclage», dénonce Mme O’Donnell.

Jusqu’à ce jour, Moltex Energy Canada a reçu un peu plus de 55 millions $ en fonds de la province et du fédéral pour développer ses technologies nucléaires. ARC Clean Energy a pour sa part reçu 25 millions $ en fonds publics, sans compter les 5 millions $ accordés à Énergie NB afin d’appuyer la construction du premier réacteur ARC à Pointe Lepreau.

Jusqu’à ce jour, près de 86 millions $ ont été puisés des coffres de l’État afin d’appuyer cette technologie expérimentale, déplore le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick.

«On dépense plus d’argent en recherche et développement sur une technologie qui n’a pas fait ses preuves qu’on en dépense pour réduire nos gaz à effets de serre dès maintenant, a déclaré dans un communiqué Louise Comeau, directrice du programme de changements climatiques et d’énergie du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick. Ces 86 millions $ auraient pu servir à accorder des incitatifs d’achats de 3000$ pour mettre 28 000 véhicules électriques sur nos routes ou encore des rabais de 5000$ pour moderniser 17 000 foyers.»

Sachant que chaque véhicule émet annuellement près de 5 tonnes de CO2, le Conseil de conservation estime que les investissements publics dans les PRM ont privé la province de réductions annuelles d’émissions de près de 143 000 tonnes.

Réactions partagées dans l’opposition

Le Parti libéral du Nouveau-Brunswick a applaudi l’annonce de jeudi, se félicitant d’avoir été le premier parti à investir dans le secteur des PRM.

«On comprend qu’il y a encore un peu d’incompréhension dans la technologie, mais du côté environnemental, on croit quand même que si on veut réduire nos émissions de carbone, il faut utiliser la science qui est à notre disposition», dit René Legacy, député libéral de Bathurst-Ouest-Beresford.

Chez le Parti vert, on estime plutôt que l’annonce du fédéral laisse présager des élections.

«Le Parti libéral doit s’attendre à des élections bientôt et ils s’inquiètent de perdre la circonscription de Saint-Jean, mais ils ouvrent une boîte de pandore de déchets radioactifs», dénonce David Coon, chef du Parti vert.

M. Legacy s’interroge néanmoins à savoir d’où viendra le financement privé que devra obtenir l’industrie si elle souhaite toucher à une partie des fonds publics annoncés par le gouvernement Higgs en février. Fredericton, dit-il, doit s’assurer que les bailleurs de fonds privés doivent se traduire par des retombées pour la province.

«L’idée derrière ça, ce n’est pas juste d’avoir l’énergie verte, c’est de créer une chaîne d’approvisionnement et du développement économique pour bâtir ces petits réacteurs nucléaires ici et les vendre ailleurs», conclut M. Legacy.

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