Regain d’optimisme dans l’industrie touristique

Après une année de vaches maigres, les nouvelles encourageantes s’enchaînent pour le secteur touristique, qui s’autorise désormais à rêver à une saison faste cet été.

Le gouvernement Higgs souhaite la réouverture de la bulle de l’Atlantique dès le 19 avril et table sur la réouverture des frontières avec le reste du Canada vers la fin juin ou le début du mois de juillet, à condition que la province puisse vacciner une part suffisante de sa population d’ici là.

Cette perspective redonne espoir aux propriétaires de lieux d’hébergement, aux restaurateurs et autres gérants d’attractions touristiques, durement frappés par la pandémie.

«Ça va être une très grosse année si on peut ouvrir la frontière», s’enthousiasme Martin Albert, directeur général du centre de Villégiature Deux Rivières à Tracadie.

Avant que la COVID-19 ne change nos vies, près de 85% de la clientèle de l’établissement provenait du Québec. L’an dernier, le complexe avait réussi à se tirer d’affaire en attirant des visiteurs du sud du Nouveau-Brunswick.

Mais depuis quelques jours, les appels en provenance de l’extérieur de la province se multiplient. «On voit maintenant que les gens du Québec osent réserver, note M. Albert. Ils sont confiants de pouvoir voyager, nous sommes déjà pratiquement complets pour la fin juillet jusqu’à début août. Et la moitié des réservations viennent de l’Ontario et du Québec!»

Le téléphone des Chalets Parlee Beach, à Shediac, ne dérougit pas non plus. Des touristes de l’Ontario et du Québec ont déjà planifié leurs prochaines vacances en bord de mer, et n’hésitent pas à prendre le risque de devoir changer leurs plans à la dernière minute. Comme d’autres, l’entreprise a choisi de rendre sa politique d’annulation plus flexible cette année.

«Nos clients sont tellement optimistes, se réjouit la gérante, Yvette Landry-Smith. Environ 60% de nos chalets sont déjà réservés par des résidents d’autres provinces.»

Au Village historique acadien, on espère l’arrivée d’autobus remplis de touristes en provenance de la Belle Province. L’attraction de Bertrand est déjà inscrite à l’itinéraire d’une vingtaine de ces voyages organisés par diverses agences touristiques.

«De nombreuses réservations de groupe ont été repoussées à 2021 alors l’ouverture de la frontière avec le Québec, c’est la grande nouvelle qu’on attend parce que le marché québécois représente 65% de nos visites, explique Mylène Dugas, agente des relations publiques et du marketing. Si ça a bien lieu en juillet, ce sera la fête! Ça permettrait une belle reprise pour cet été, l’industrie en a grand besoin. Beaucoup de gens ont des fourmis dans les jambes, tout le monde se croise les doigts!»

Un vent de liberté

Yannick Mainville, directeur du développement touristique de l’Office du tourisme de la Péninsule Acadienne, estime que la possibilité d’une réouverture des frontières cet été est une «lumière au bout du tunnel».

«Il faudra que la décision soit prise au moins un mois avant, prévient-il. Ça permettrait à l’industrie touristique de se préparer. Tout de suite, les opérateurs ne savent pas trop sur quel pied danser.»

Si la pandémie a amené un bon nombre de résidents du sud du Nouveau-Brunswick à découvrir le nord de la province, Yannick Mainville doute que le phénomène aura la même ampleur une fois que les restrictions frontalières seront levées.

En tout cas, le dépôt du budget a permis de confirmer que le programme d’incitatif au voyage ExploreNB sera reconduit cette année, et que l’enveloppe dédiée au tourisme augmentera de 1,3 million $ pour 2021-2022.

Contrairement aux croisières internationales, les sorties d’une journée sur des petits bateaux seront permises sur les eaux canadiennes au cours de la prochaine période estivale, ce qui devrait donner une bouffée d’oxygène aux opérateurs qui proposent des excursions en mer dans la baie de Shediac ou dans le Sud-Ouest.

Carol Alderdice, la directrice générale de l’Association touristique du N.-B., se demande toutefois si cela sera suffisant pour réparer les dégâts. Pour rappel, le taux d’occupation des établissements hôteliers du Nouveau-Brunswick a chuté de 78% en juillet 2019 à 29% en juillet 2020.

«Certains exploitants n’ont pas ouvert l’été dernier et plusieurs n’ouvriront pas non plus cet été», souligne-t-elle. Selon Statistique Canada, le nombre d’entreprises néo-brunswickoises en activité dans le secteur touristique est passé de 1430 en octobre 2019 à 1084 en octobre 2020.