Le ministre fédéral de l’Immigration estime que le Canada fait des progrès en matière d’immigration francophone hors Québec, un état de fait qui, selon lui, ne justifie pas la négociation d’une entente afin que ce dossier devienne une compétence partagée avec le Nouveau-Brunswick.

Depuis plusieurs années, la négociation d’une entente entre Fredericton et Ottawa afin que l’immigration devienne une compétence partagée figure parmi les priorités Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB).

Lors d’une interview avec l’Acadie Nouvelle, le ministre fédéral de l’Immigration, Marco Mendicino, a toutefois dit croire que pareille entente n’est pas nécessaire étant donné les progrès accomplis en matière d’immigration francophone à l’extérieur du Québec depuis quelques années.

«Il faut miser sur la collaboration et j’ai des rapports très positifs avec mon homologue du Nouveau-Brunswick. Il faut continuer dans cet esprit afin de bâtir sur les progrès réalisés en immigration», a-t-il expliqué.

Le Nouveau-Brunswick, explique-t-il, a déjà un certain contrôle en matière d’immigration grâce au Programme des candidats des provinces, une initiative qui permet aux gouvernements provinciaux de choisir son immigration en fonction de ses priorités économiques.

De plus, ajoute-t-il, son ministère collabore avec de nombreux organismes acadiens afin de faire progresser les enjeux de l’immigration francophone.

«Nous savons que l’immigration est essentielle à la vitalité de nos communautés francophones en contexte minoritaire», a-t-il dit au journal.

La preuve, dit-il, Ottawa s’est doté d’une cible de 4,4% d’immigrants francophones à l’extérieur du Québec à compter de 2023. La cible, établie il y a 15 ans, n’a toutefois pas encore été atteinte. En 2020, le taux d’immigration francophone hors Québec était de 3,61% et de 2,82% un an plus tôt.

Pour atteindre le seuil voulu, dit M. Mendicino, des changements ont été apportés au programme Entrée express, un «système mis en place pour gérer les demandes présentées dans le cadre de programmes clés d’immigration économique».

Depuis 2017, davantage de points sont attribués aux candidats possédant de solides compétences en français et ceux-ci ont été bonifiés l’an dernier.

«Ce sont de bonnes nouvelles et ces progrès sont bien reçus par toutes les communautés francophones hors Québec», dit fièrement le ministre, qui reconnaît néanmoins que le fédéral devra encore donner un coup de barre afin d’atteindre sa cible de 4,4%.

C’est la raison pour laquelle son ministère a investi «36 millions $ sur cinq ans pour consolider notre Parcours d’intégration francophone», un projet visant à «améliorer les services d’établissements francophones, l’établissement de collectivités francophones accueillantes et le renforcement du secteur de l’établissement francophone».

Bien que la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) accueille favorablement ces gains, l’organisme note que les bonnes intentions d’Ottawa doivent rapidement se traduire par des résultats.

«On n’a pas encore atteint la cible de 4,4% prévue pour 2023 en matière d’immigration francophone. Quand on considère que le Canada a accueilli beaucoup moins d’immigrants à cause de la pandémie, on parle ici d’environ 5000 nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes dans nos communautés, il y a encore loin de la coupe aux lèvres», a déclaré la FCFA dans un courriel.

Ottawa s’est doté d’une cible de 4,4% d’immigrants francophones à l’extérieur du Québec à compter de 2023. – Archives

La révision de la LLO comme levier

Le ministre Mendicino rappelle que le livre blanc sur la révision fédérale de la Loi sur les langues officielles (LLO) offre de nombreuses occasions afin d’améliorer l’immigration francophone hors Québec.

«Il y a une occasion pour explorer des mesures concrètes, comme la création d’un nouveau parcours pour attirer des professeurs de français. Je crois que ça nous permettrait d’augmenter significativement le niveau de français des immigrants et des Canadiens de partout afin qu’ils comprennent la valeur de cette langue», explique-t-il.

Certes, la politique en matière d’immigration francophone promise dans le cadre de la révision de la LLO s’avère une mesure intéressante, mais encore faudra-t-il que celle-ci «s’accompagne des ressources nécessaires» afin qu’elle soit efficace, dit la FCFA.

«Il faut que le FCFA et les Réseaux en immigration francophone soient associés au développement de cette politique, a expliqué un porte-parole de l’organisme. On s’attend aussi à un meilleur engagement des gouvernements provinciaux et territoriaux envers l’immigration francophone.»

Du côté de la SANB, on applaudit aussi les efforts du fédéral, mais on maintient que la spécificité du Nouveau-Brunswick justifie que le gouvernement provincial négocie une entente afin de partager le dossier de l’immigration.

«Nous avons un gros travail de sensibilisation à faire sur la spécificité du Nouveau-Brunswick en matière d’immigration francophone, tant avec le fédéral qu’avec le provincial, croit Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB. Les propos du ministre en sont un reflet et c’est notre rôle de mieux lui expliquer le dossier.»

M. Doucet dit qu’une rencontre avec M. Mendicino sera demandée afin de lui expliquer la nécessité d’une entente en matière d’immigration. La SANB, précise-t-il, a déjà rencontré Arlene Dunn, ministre responsable du dossier de l’Immigration au Nouveau-Brunswick, à ce sujet.

«On a eu des discussions préliminaires avec la ministre (Dunn), on essaye de faire de la sensibilisation avec elle et les discussions vont bien, ajoute M. Doucet. On sent une volonté et de l’ouverture pour que le dossier d’immigration francophone aille de l’avant, mais les priorités politiques peuvent rapidement changer. L’objectif c’est d’outiller la province afin qu’elle comprenne bien les enjeux et qu’elle puisse aller négocier avec Ottawa. Nous n’en sommes pas encore là, on travaille sur le dossier, mais ultimement, ça doit se jouer entre la province et le fédéral.»

D’ici 2024, le Nouveau-Brunswick souhaite que le tiers des immigrants qui s’installent dans la province maîtrisent le français.

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