Nord-Ouest: la situation reste critique

La situation sanitaire demeure critique au Nord-Ouest. Des élus locaux partagent leurs impressions alors que la région a atteint les 135 cas actifs, lundi.

Durant le week-end de Pâques, la zone sanitaire 4 a appris que son seul hôpital capable de soigner des patients infectés de la COVID-19 arrivait bientôt à bout de ses capacités.

En date de lundi, 14 personnes étaient hospitalisées à Edmundston en lien avec le nouveau virus, dont huit demeurent aux soins intensifs.

Le transfert de patients vers d’autres hôpitaux aurait déjà commencé, une situation qui alarme le maire suppléant d’Edmundston, Éric Marquis.

En entrevue, lundi, ce dernier a souligné la fatigue qui accapare les citoyens du Nord-Ouest en cette troisième vague de COVID-19.

Il a toutefois assuré que son énergie à lui serait consacrée, au cours des prochains jours et semaines, à accélérer les efforts de vaccination dans la région.

«Avec les autorités de la ville d’Edmundston, on va travailler avec le Ministère de la Santé pour avoir des doses supplémentaires afin de vacciner plus rapidement notre région. On ne peut pas continuer comme ça. Il faut avoir des solutions rapides, il faut pouvoir aider notre région à se relever de cette situation-là», a-t-il avancé.

Le maire suppléant indique que les cliniques de vaccination communautaires qui ont eu lieu en fin de semaine furent un succès.

À Saint-Jacques, 763 personnes auraient été vaccinées jeudi et 759 autres samedi. D’autres cliniques sont prévues mardi et mercredi pour les personnes de 55 ans et plus.

Si M. Marquis respecte le plan de distribution de vaccins établi par le gouvernement provincial, il estime qu’il faudrait cependant prendre en compte l’état de la crise à Edmundston.

«Notre région n’est pas seulement frappée au niveau de la santé, elle est aussi frappée au niveau de la santé mentale et économique. On le sait, avec la zone rouge, on a plusieurs commerces et entreprises fermés, ce qui a des impacts catastrophiques sur notre économie. À l’heure actuelle, on veut travailler sur un plan pour assurer de recevoir plusieurs vaccins, mais éventuellement, il faudrait aussi un plan de relance, un plan de redémarrage pour nos PME.»

De son côté, le député d’Edmundston-Madawaska-Centre, Jean-Claude D’Amours, a aussi plusieurs craintes.

«De voir autant de gens aux soins intensifs, obligés de se battre pour leur vie, ça m’inquiète. On réalise que ça pourrait être n’importe qui d’entre nous. Il ne semble plus avoir d’âge», a-t-il témoigné.

Si la Santé publique n’a rapporté que trois nouveaux cas actifs dans la zone 4, lundi, le député D’Amours fait tout de même appel à la prudence.

Il rappelle qu’une bonne partie des sept cas annoncés samedi et des neuf cas annoncés dimanche font toujours l’objet d’enquête.

«En tant qu’individu, arrêtons de nous demander qu’est-ce qu’on aurait pu faire, aujourd’hui c’est qu’est-ce qu’on peut faire pour arrêter ça», a-t-il repris.

Celui qui avait fait pression sur le gouvernement provincial la semaine dernière pour accélérer les efforts de vaccination semble plus satisfait aujourd’hui.

«Je pense qu’il faut juste maximiser le nombre de vaccins disponibles», a-t-il indiqué.

«J’ai pu voir que des pharmacies ont fait des campagnes de vaccination massive durant la fin de semaine. Dans d’autres régions de la zone, la vaccination se déroule aussi.»

Le député ne réclame pas à la Santé publique de favoriser le Nord-Ouest à d’autres régions dans la distribution du vaccin.

Il juge qu’il faut plutôt rester «stratégique, mais équitable».

Le porte-parole en santé pour l’opposition officielle incite les citoyens de la zone 4 à se faire dépister à l’apparition du moindre symptôme.

Interrogé à savoir s’il voyait la nécessité d’organiser de nouvelles cliniques de dépistage massif dans la région, il souligne que le dépistage régulier semble fonctionner pour l’instant.

De son côté, le député de Victoria-La-Vallée, Chuck Chiasson, est aussi grandement préoccupé par le quasi-débordement à l’hôpital régional d’Edmundston.

Il dit toutefois n’avoir rien à reprocher à la réponse du gouvernement provincial devant cette crise régionale sans précédent au Nouveau-Brunswick, si ce n’est que l’absence d’aide offerte aux entrepreneurs.

«Honnêtement, je ne pourrais pas (proposer) rien d’autre de ce qui est fait à l’heure actuelle. Ils font des cliniques de vaccination supplémentaires. Nous sommes en zone rouge… La seule chose c’est qu’il y a des entreprises qui sont obligées de fermer et j’aimerais voir au moins un programme provincial qui pourrait les aider à défrayer leurs pertes.»

Au sujet de la vaccination, M. Chiasson partage l’avis de son collègue…

«Le plus de vaccins qu’on reçoit, le plus rapidement nous pouvons vacciner notre monde, c’est sur que c’est une bonne chose. Mais il faut partager avec le reste de la province. S’il y a des vaccins de surplus, par contre, c’est sûr et certain qu’on va les prendre ici dans la zone 4.»

La baisse de nouveaux cas actifs rapportés au cours des derniers jours donne espoir au député.

Il ne juge pas nécessaire de lancer un nouveau dépistage massif, si la tendance se maintient.

M. Chiasson souligne lui aussi que la fatigue de la COVID-19 se fait sentir plus que jamais ces temps-ci dans la région.

«Ça joue un rôle sur notre santé mentale, c’est sûr. On voit des gens qui risquent de perdre leur entreprise, qui risquent de perdre leur maison. Puis, il y a beaucoup de pression sur beaucoup de personnes. Les étudiants doivent vivre leur vie différemment. Les plus jeunes ne peuvent pas jouer avec leurs amis à l’école.»

Le député espère que le Nord-Ouest soit épargné d’un nouveau confinement total.

À quoi s’attendre pour la suite?

La médecin hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, Dre Jennifer Russell, a affirmé lundi après-midi que de nouvelles cliniques de dépistage massives ne sont pas envisagées pour le moment dans le Nord-Ouest.

«La façon dont le dernier (dépistage de masse) s’est déroulé, c’était vraiment bien fait. Mais nous n’avons pas de plans pour en faire d’autres, bien que c’est une situation que l’on continue de surveiller», a-t-elle affirmé.

La médecin précise qu’elle et son équipe n’ont pas confirmé de transmission communautaire dans la région récemment.

Plusieurs cas font l’objet d’une enquête, mais elle rappelle qu’il est commun de mettre quelques jours, voire semaines, à retracer les contacts étroits.

«Quand on craint une transmission communautaire, on fait le dépistage de masse. Mais pour l’instant, on croit que tous les cas sont liés donc on n’a pas trop d’inquiétudes pour la transmission communautaire. Ça peut arriver n’importe quand donc il faut être vraiment vigilant à ce moment ici.»

À savoir si la Santé publique envisageait encore d’envoyer des doses supplémentaires au Nord-Ouest, en plus de 3100 doses accordées la semaine dernière, Dre Russell s’est contentée d’affirmer que des discussions étaient à venir.

Enfin, au sujet du niveau d’alerte, elle laisse penser qu’aucun changement n’est sur la table pour le moment.

Une situation différente

Si le Nord-Ouest est passé au confinement total le 24 janvier alors qu’on y comptait 144 cas, c’est parce que la situation était différente, a expliqué Dre Russell.

«C’est une situation différente parce qu’une partie de la population a été vaccinée avec au moins une dose, dont ceux qui sont vulnérables dans les foyers de soins et résidences à long terme. Il en va de même pour les travailleurs de la santé», a-t-elle rappelé.

«On continue à surveiller la situation. La capacité des hôpitaux est vraiment quelque chose qui nous inquiète, mais on ne fait pas de changement dans les protocoles de la Santé publique pour l’instant.»

La Dre Russell reconnaît que les citoyens de la zone 4 sont épuisés. Elle continue par contre de les implorer de garder le cap en cette période critique.

L’Opposition réclame que les écoles du Nord-Ouest restent fermées

Francine Landry, la présidente du caucus de l’Opposition et députée de Madawaska-Les-Lacs-Edmundston, demande au gouvernement de garder les écoles de la région d’Edmundston fermées en raison de la crise actuelle.

Elle propose de passer à l’enseignement à distance pour le reste de la semaine au moins et de réexaminer la situation à ce moment-là.

«Les parents et les enseignants sont très préoccupés par le nombre de cas signalés dans les écoles, le nombre important de personnes qui s’auto-isolent et les deux récentes éclosions dans des foyers de soins de longue durée», a-t-elle déclaré dans un communiqué émis lundi.

«Je comprends tout à fait ce que ressentent les gens de notre région. Ils sont profondément inquiets pour la sécurité de leurs enfants et ont vraiment le sentiment que l’endroit le plus sûr pour eux jusqu’à ce que la situation actuelle s’améliore est la maison.»

Mme Landry réclame aussi au gouvernement d’annoncer le plus rapidement possible si les écoles seront fermées ou non.