Retour progressif des élèves de Listuguj à leur école de Campbellton

Après plusieurs mois d’absence en raison des restrictions frontalières du Nouveau-Brunswick pour réduire la propagation de la COVID-19, les élèves du secondaire de la Première Nation autochtone de Listuguj ont enfin pu regagner leurs classes mardi matin.

«Je suis vraiment content qu’ils soient de retour à l’école, de pouvoir enfin revoir mes amis.»

Le commentaire de Jayden Parent reflète bien l’enthousiasme de nombreux élèves du Sugarloaf Senior High School qui, comme lui, étaient impatients de renouer avec leurs consœurs et confrères de Listuguj.

C’est que l’école secondaire de Campbellton était bien vide depuis octobre dernier, date où le gouvernement du Nouveau-Brunswick a fermé la porte aux jeunes élèves de cette communauté autochtone gaspésienne en raison de la COVID-19. Et pour cause, cette clientèle représente pratiquement le tiers de la population de cette institution secondaire anglophone.

Depuis l’automne donc, les élèves ne pouvaient plus assister en personne à leurs cours, du moins à l’intérieur de leur école située à Campbellton, au Nouveau-Brunswick. Des enseignants se déplaçaient plutôt dans la communauté autochtone afin de livrer leurs cours en complément à l’enseignement à distance.

Cette décision de fermer la frontière aux élèves, rappelons-le, était fortement critiquée. Elle avait même mené à une manifestation.

Intransigeant sur la question, le ministre de l’Éducation, Dominic Cardy, a toutefois fait volte-face le mois dernier après que la Première Nation autochtone de Listuguj ait annoncé avoir vacciné la grande majorité de sa population, incluant les élèves de 16 ans et plus.

Mardi, l’heure était aux retrouvailles officielles. Le directeur de l’établissement, Michael O’Toole, avoue qu’il était fort soulagé de revoir enfin ses élèves de l’autre côté de la Restigouche être de retour dans ses corridors.

«L’atmosphère était vraiment formidable, positive et réconfortante. Tout le personnel et les étudiants ont accueilli les élèves de Listuguj avec des signes de bienvenue et des acclamations. Tout le personnel et tous les étudiants sont visiblement heureux et ravis d’être enfin réunis», a souligné le directeur.

Tous les élèves de Listuguj n’ont toutefois pas encore fait leur grande rentrée. C’est qu’à l’instar des autres établissements du secondaire de la province, le modèle d’apprentissage est toujours mixte. Le retour se fera donc en deux temps, soit mardi pour les étudiants du groupe A, et mercredi pour ceux du groupe B. En tout, cela représente environ 104 étudiants.

M. O’Toole précise qu’aucune restriction supplémentaire n’a été imposée aux jeunes élèves de la Première Nation de Listuguj, c’est donc dire qu’ils possèdent les mêmes privilèges de mobilité que les élèves néo-brunswickois.

Le directeur du SSHS n’était pas le seul à se réjouir du retour des élèves. C’est également le cas du chef de la Première Nation autochtone, Darcy Gray, qui a fortement milité pour l’abolition de la frontière pour ses jeunes citoyens.

«Je trouve cela très excitant et merveilleux de voir nos élèves retourner à l’école. J’aurais aimé être là pour les accueillir en cette première journée», a-t-il indiqué au journal.

Bien qu’heureux de ce revirement de situation, ce dernier se fait toutefois réaliste. Il se dit particulièrement préoccupé par le nombre croissant de cas de la COVID-19 et de l’apparition de variants un peu partout à travers le Canada. Du coup, il est conscient que la situation demeure fragile et que si elle se détériore dans la région, elle pourrait forcer un retour en arrière.

«Si c’est le cas par contre, s’il est nécessaire de revenir à la situation que nous avons vécue au cours des six derniers mois, nous serons prêts», promet-il.

Mieux vaut tard que jamais

Lui-même ancien directeur d’école, le député provincial de Campbellton-Dalhousie, Guy Arseneault, s’est également réjoui de voir les élèves de Listuguj réintégrer graduellement leur établissement scolaire.

«L’éducation est un service essentiel, même en temps de pandémie. Je suis content de voir que le ministre (Cardy) le concède enfin. Mon seul regret, c’est que ce revirement de situation survient tard dans l’année scolaire, j’aurais préféré que ça bouge plus rapidement. À vrai dire, on n’aurait jamais dû leur interdire l’accès à l’école, c’était une mauvaise décision dès le départ», indique le député libéral, disant espérer que le gouvernement en poste aura appris de son erreur afin de ne pas la répéter à l’avenir.

«Au moins, cette décision arrive avant la fin de l’année scolaire. Ainsi les jeunes auront du temps pour se côtoyer. C’est important pour eux, surtout pour ceux qui arrivent à la fin de leur parcours scolaire et qui prendront de nouvelles directions après leur graduation», dit le député.

Celui-ci poursuit en indiquant qu’il est maintenant temps pour Fredericton de rouvrir au plus vite sa frontière avec la MRC d’Avignon en Gaspésie, une ouverture anticipée pour le moment au 19 avril.

«On ne doit pas attendre, on est prêt pour la bulle. On a vu les effets de cette fermeture auprès de la santé mentale des jeunes privés de leurs amis. Et bien les adultes qui sont privés de leurs proches et de leur famille de l’autre côté de la rivière vivent la même chose», souligne M. Arseneault.