La pandémie est très difficile pour les gîtes du passant et ça ne s’annonce pas mieux cet été

L’industrie hôtelière a été malmenée par la pandémie de la COVID-19. Les opérateurs de beds & breakfast et de gîtes du passant n’y échappent pas. Et l’incertitude est au rendez-vous en prévision de cet été.

«Une chance que j’avais les reins un peu solides, car je ne m’en serais pas sortie. Et même là, les perspectives pour l’été à venir me font peur.»

Louise Durepos a connu un bon mois de mars grâce à l’industrie de la motoneige. Une bouffée d’air frais qui a fait du bien, sans toutefois être suffisante pour faire oublier la disette des mois précédents. En raison des éclosions dans la zone 4 et des précipitations tardives de neige, les affaires ont roulé au ralenti, à l’image de sa dernière année en fait.

Bien installé dans la forêt du Restigouche-Ouest, le Gîte du Repos jouit d’une réputation enviable. Il est achalandé à l’année. L’été ce sont les amateurs plein-air. L’automne, l’endroit est pris d’assaut par les randonneurs venus admirer les couleurs des arbres. Et l’hiver, bien entendu, ce sont les motoneigistes. Mais l’endroit dépend beaucoup des touristes de l’extérieur de la province.

2020 a chamboulé du tout au tout ce fragile équilibre. Quand la fermeture des frontières est survenue, ce fut la valse des annulations. Du jour au lendemain, Mme Durepos s’est littéralement retrouvée sans clients.

«De mars 2020 à mars 2021, j’ai peut-être fait 10% de ce que je ferais en une année normale», raconte l’entrepreneure.

Afin de limiter ses pertes, elle n’a ouvert que deux chambres, débranché des réfrigérateurs, annulé des lignes téléphoniques, abaissé son forfait de câble et d’internet.

«J’ai tout fait pour réduire les dépenses, et encore aujourd’hui je fais mon inventaire de nourriture pratiquement au jour le jour», ajoute-t-elle.

Heureusement, elle a pu compter sur des équipes de travailleurs venus installer la haute vitesse dans la région pour la garder occupée.

«C’est ce qui m’a sauvé la vie», confie-t-elle, faisant preuve d’un optimisme modéré pour les mois à venir.

À l’image de nombreux autres établissements de type gîtes et B&B, la dernière année a été passablement difficile pour le Gîte du Repos près de Saint-Quentin. – Gracieuseté

Agonie

Dans la Péninsule acadienne, il reste aujourd’hui bien peu de ces types de commerces. La Maison touristique Dugas de Caraquet est l’un des derniers derniers survivants. Situé à quelques coups de pédales de la piste cyclable qui fait la fierté de la région, l’endroit a aussi connu une baisse significative de ses activités l’an dernier.

«La pandémie a pratiquement signé l’arrêt de mort de l’industrie des gîtes et B&B conventionnels, car on peut difficilement respecter la distanciation dans ces lieux. C’est difficile de respecter le deux mètres de distance dans un corridor qui ne le fait même pas», explique Guy Beaucage, responsable des lieux.

Cette mort ne serait toutefois que temporaire, précise-t-il, notant qu’il y aura inévitablement un après-COVID.

Chez lui, il a pu s’en tirer grâce à ses entrées individuelles. Reste que, comme ailleurs, il a écopé en raison de l’absence des touristes de l’extérieur de la province. Sa dernière saison fut 80% moindre que la précédente.

«C’est énorme. En fermant nos frontières, on s’est assuré d’être épargnés par la COVID-19 – du moins dans notre région -, mais nous n’avons pas été épargnés des conséquences sur nos commerces. Il y a des commerces similaires au mien qui ont été vendus, d’autres qui sont en ventes, et d’autres encore risquent de ne pas survivre», commente-t-il.

Comment anticipe-t-il la saison à venir? Bien malgré lui, il avoue craindre qu’elle soit difficile, même possiblement davantage que la précédente.

«Je ne crois pas que les frontières avec le reste du pays ouvriront à temps pour nous permettre de sauver la saison touristique. Notre clientèle principale habite à 900 km de route d’ici, elle a besoin de savoir tôt si elle peut planifier venir ici. Si ce n’est pas nous, ces touristes iront tout simplement ailleurs», croit-il.

Du coup, son but cette année n’est pas tant de faire de l’argent que d’éviter d’en perdre trop. L’objectif principal est  d’être encore là lorsque les choses se replaceront.

Au Gîte du Repos, l’enthousiasme est aussi mitigé.

«Honnêtement, j’ai bien peur que ce soit semblable à l’an dernier. Tant que les frontières ne seront pas ouvertes, ce sera difficile. C’est bien beau le tourisme intérieur, mais dans notre cas ce ne fut pas suffisant. J’ai donc peur que si ça ne change pas, ça ne sera pas suffisant cette saison non plus», estime Louise Durepos.

Dans les faits, la patience de sa propriétaire a atteint sa limite. À contrecœur, elle a récemment mis son rêve à vendre.

«La pandémie m’a fait réaliser bien des choses, et l’une d’elles c’est que je ne voulais plus de ce stress-là. D’ici à ce qu’une vente se concrétise, je vais quand même faire les choses en fonction que je serai en opération cet été», a exprimé l’entrepreneure.