Tracadie: Denis Losier conservera-t-il son siège?

La politique municipale de Tracadie laisse peu de gens indifférents. La course à la mairie qui oppose Denis Losier à Jean-Yves McGraw risque de mobiliser plusieurs électeurs aux urnes le 10 mai prochain.

En 2016, un total de 4656 personnes ont donné leur appui à Denis Losier, un nouveau venu en politique municipale. Le maire sortant Aldéoda Losier avait terminé la soirée avec 3348 votes.

«Je n’avais pas vraiment considéré un avenir en politique, mais des proches m’ont amené à avoir une réflexion. Je trouvais qu’il y avait un genre de statu quo par rapport aux façons de faire dans la municipalité. Ça m’a incité, car j’étais persuadé que des changements devaient être faits», dit Denis Losier.

Les cinq dernières années n’ont pas été de tout repos au sein du conseil municipal et plusieurs dossiers ont fait les manchettes. Bien qu’il admet qu’il a parfois été rattrapé par son inexpérience, le nœud du problème, croit Denis Losier, résidait dans le fait que certains conseillers avaient du mal à accepter de changements majeurs.

«L’ancienne équipe de Aldéoda Losier avait quand même une majorité au conseil, donc on peut dire qu’il y a eu un choc culturel, le statu quo contre de nouvelles idées. Avec le regroupement de 2012, on a vendu un beau rêve aux gens des anciens DSL avec plusieurs possibilités. En arrivant, j’ai constaté avec les comptables une situation financière précaire qui ne permettait pas de garrocher de l’argent par les fenêtres. Il fallait faire des ajustements. Il y a eu des confrontations d’idées et de vision.»

Peu après son arrivée au pouvoir, Denis Losier a aussi demandé que toutes les rencontres, sauf celles qui doivent légalement avoir lieu à huis clos, soient publiques. Depuis quelques années, elles sont aussi diffusées sur YouTube en direct. Si le maire avoue que cette transparence n’a pas toujours été bonne pour l’image de la municipalité, elle a permis aux citoyens de Tracadie de réellement prendre part aux débats publics.

«J’ai vécu les cinq dernières années de façon particulière. Même si la presse a fait ressortir du négatif, il y a quand même des raisons pour cela. Quand je suis arrivé en 2016, tout était cloîtré. Il y avait des réunions de préparation avant les réunions ordinaires, donc il n’y avait presque pas de débats publics devant les citoyens. Comment les citoyens peuvent-ils connaître leurs représentants et leurs convictions si on n’ouvre pas les portes de la salle du conseil?»

Alors que sa première campagne s’est déroulée sous le thème, «Il faut que ça change», cette fois-ci, Denis Losier a adopté le slogan «Un maire solide».

Élu comme conseiller pour la première fois en 2005 dans l’ancienne Ville de Tracadie-Sheila, Jean-Yves McGraw est un habitué de la politique municipale. Cependant, à ses yeux, les cinq dernières années ont grandement terni la réputation de la Municipalité régionale de Tracadie.

S’il est élu maire, le «repositionnement de la municipalité» fera partie de ses priorités.

«Notre ville a toujours fait l’envie de bien des communautés dans le nord pour notre capacité d’attirer des investissements et des entreprises. Au cours des cinq dernières années, Tracadie a fait les manchettes et pas toujours pour les bonnes raisons. Ce n’est pas une situation pour attirer des investissements potentiels. Quand je parle de repositionnement, c’est de reprendre notre place pour continuer le développement et attirer des investisseurs potentiels. Nous n’avions plus l’image d’une ville où il fait bon vivre. Je voudrais qu’on se donne objectif de redorer notre blason.»

Qu’est-ce qui aurait été la cause de cette situation? Sans nommer son principal adversaire, Jean-Yves McGraw considère que son adversaire a manqué de leadership autour de la table du conseil.

«Il n’y a pas d’harmonie au conseil. Les gens qui suivent nos conseils voient plus souvent de la confrontation au lieu d’un conseil qui se respecte. Nos réunions ne sont pas productives. Il n’y a pas de conseil d’administration qui va siéger pendant 3 heures deux fois par semaine et être productif. Il y avait un manque de leadership et c’est ce que ç’a donné.»

En réalité, les deux hommes partagent certaines des mêmes préoccupations, comme le développement économique, l’environnement, le rapatriement de jeunes et la bonne gestion des finances publiques. Donner un sens d’appartenance aux résidents des quartiers ruraux, soit ceux des anciens DSL qui ont voté en majorité pour le regroupement de 2012, fait aussi partie des priorités. C’est leur façon de procéder à l’atteinte d’objectifs qui les distingue.

Par exemple, Jean-Yves McGraw a l’impression que la municipalité aurait pu en faire davantage au cours des dernières années pour leur donner ce sens d’appartenance.

«Si on a manqué notre coup quelque part, c’est de ne pas avoir insisté sur le fait d’avoir des comités de quartiers dans tous les quartiers, pas seulement quelques-uns. On a eu de bons résultats avec les comités qui ont été mis sur pied, et ce serait une façon de démontrer aux citoyens des quartiers ruraux qu’ils appartiennent à la municipalité.»