Fermeture des écoles du Nord-Ouest: le débat se poursuit

La décision de fermer ou non les écoles du Nord-Ouest en cette période de crise appartient au gouvernement provincial. Néanmoins, Luc Caron, le directeur général du District scolaire francophone Nord-Ouest (DSFNO), affirme avoir pleinement confiance dans les décisions de la Santé publique. Le débat se poursuit.

Il y a ceux qui refusent d’envoyer leurs enfants à l’école en raison du nombre de cas dans la région, du débordement à l’hôpital et du risque d’une nouvelle obligation d’auto-isolement.

Puis, il y a ceux qui jurent que l’école est toujours l’un des meilleurs milieux pour les jeunes, à la fois pour leur santé physique, leur santé mentale, leur éducation et même leur sécurité alimentaire.

Luc Caron, du District scolaire Nord-Ouest, s’est rangé derrière le ministère de l’Éducation et la Santé publique, qui font partie de ce deuxième groupe.

Il a indiqué qu’il partageait les inquiétudes des parents et des enseignants en cette période «complexe», mais qu’il continuait de faire confiance aux avis des experts.

Voici l’analogie qu’il a utilisée, jeudi matin lors d’un point de presse, pour justifier sa position.

«Je compare ça un peu à une alarme à feu. Si l’arme à feu sonne, on ne se questionne pas, on sort de la maison. On appelle le 911, on appelle les pompiers, nos experts. Ils viennent chez nous, ils font les analyses et investigations nécessaires et quand ils disent que notre maison est sécure, on fait confiance à nos pompiers(…)», a-t-il illustré.

«Tout de suite, on a des alarmes qui sonnent dans notre système. La Santé publique a fait le travail qu’elle avait à faire. Les écoles ont été fermées, le traçage de contacts a été fait et ils n’ont pas hésité à prolonger les fermetures (au besoin). On a continué l’enseignement virtuel lorsque c’était nécessaire et tout de suite, malgré tout le travail qui a été fait et le fait qu’on nous confirme que nos endroits sont sécuritaires pour les jeunes (…), on se retrouve avec une situation où des gens remettent en question les recommandations de nos experts.»

De plus, le directeur général a indiqué, comme le ministre de l’Éducation l’a fait mercredi, que les mesures qui ont été mises en place par la Santé publique dans les écoles avaient déjà fait leurs preuves.

«Maintenant, est-ce que les mesures qu’on a mises en place ont évité toutes éclosions dans nos écoles? Non. Il n’y aura jamais de situation parfaite (…) mais en bout de piste, nous avons fait confiance à ces gens-là et on a eu de bons résultats malgré tout ce qui s’est passé.»

Le taux d’absentéisme dans les écoles du Nord-Ouest qui étaient ouvertes mardi et mercredi était d’environ 15%, selon le District. Dans la grande région d’Edmundston, ce taux était plutôt de 25 à 30%.

M. Caron a tenu à remercier, lors du point de presse, la majorité des parents qui accordent toujours leur confiance au système d’éducation. D’une autre part, il a adressé la situation des parents qui refusent d’envoyer leurs enfants à l’école tant que la situation sanitaire ne s’améliore pas.

«On respecte ça. On ne peut pas empêcher un parent de faire ainsi, mais on va continuer de respecter leur décision. Est-ce qu’il y aura des retards scolaires pour ces enfants-là? C’est possible, mais on va composer avec ces retards-là et avec la situation du mieux qu’on peut. Tout de suite, on n’a pas les réponses à tout.»

Pour le moment, le personnel enseignant n’est pas responsable d’assurer un suivi avec les élèves qui restent à la maison, mais peuvent le faire à leur propre discrétion.

Le directeur général a confirmé que certains enseignants étaient toujours absents au DSFNO cette semaine, sans préciser combien.

Ce n’est pas nécessairement par crainte, a-t-il toutefois précisé. Certains seraient toujours en auto-isolement.

M. Caron a aussi souligné qu’en date de jeudi, environ 80% des enseignants du Nord-Ouest qui œuvrent à ce niveau étaient vaccinés.

Retour au secondaire à temps plein

Le 12 avril approche à grands pas et il est toujours prévu que les élèves du secondaire retournent à l’école à temps plein. Sauf que jeudi, la Santé publique a annoncé que cette consigne ne s’appliquerait pas aux jeunes qui fréquentent une école située dans une région en phase rouge.

L’Association francophone des parents du Nouveau-Brunswick et la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick demandent tout de même au gouvernement de revenir sur cette décision.

L’arrivée des variants de la COVID-19, la difficulté, voire l’impossibilité dans certaines écoles de mettre en place des mesures sanitaires strictes, et les effets sur la santé mentale des jeunes seraient au cœur de leurs inquiétudes, peut-on lire dans un communiqué.

«Face à la propagation du variant qui infecte maintenant une proportion importante de jeunes dans les provinces voisines, les parents s’inquiètent de voir s’entasser les élèves dans des écoles bondées où il sera impossible de maintenir une distanciation physique. Comment va-t-on s’assurer que les jeunes puissent être en sécurité à l’école?», se questionne Chantal Varin, directrice générale de l’AFPNB.

Le président de la Fédération des jeunes, Simon Thériault, affirme lui aussi que le retour à temps plein angoisse ses camarades.

«Les jeunes sont également très inquiets de devoir faire face à un nouveau changement et à la mise en place de nouvelles routines, trois mois avant la fin de l’année. On remarque que l’anxiété est accentuée chez les élèves du secondaire qui voient leurs examens approcher», a-t-il expliqué par l’entremise du même communiqué.

À l’aube du retour à temps plein au secondaire pour les régions en phase jaune et orange, les deux Associations signalent qu’elles sont interpellées par plusieurs parents et jeunes inquiets et anxieux qui ne comprennent pas pourquoi précipiter ce retour alors que l’année scolaire est presque terminée.

«Ils craignent en effet que la fréquentation des écoles à temps plein facilite la propagation du virus et de nouveaux variants et engendre de nouvelles éclosions de la COVID-19 dans toute la province.»

Anxiété chez le personnel scolaire

Gérald Arsenault, le président de l’Association des enseignants et enseignantes francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB), est en faveur d’un retour temporaire à l’enseignement virtuel au Nord-Ouest. Les enseignants sont épuisés, avance-t-il.

La propagation du variant britannique, et les confinements préventifs qu’il entraîne, exacerbe la pénurie de main-d’œuvre et surcharge le personnel, selon lui.
«S’il y a un cas du variant dans une école ou une industrie ou quoi que ce soit, c’est toute la famille qui doit s’isoler, beaucoup plus que lorsque le premier virus circulait. Ça met une énorme pression parce que les gens ne peuvent pas aller travailler, et même si le virus est dans une industrie, si le partenaire est un enseignant ou une enseignante, ils ne peuvent plus aller à l’école et ce sont ses pairs qui doivent le couvrir.»

M. Arseneault estime que le niveau d’anxiété des enseignants au Nord-Ouest est au plus haut ces temps-ci.

Il est primordial que le gouvernement assure une meilleure communication avec ceux-ci et avec l’ensemble du personnel scolaire, a-t-il affirmé.

«Il ont beau dire que c’est sécuritaire, mais ce n’est pas juste une question de sécurité, c’est une question de communication ici. Je pense que les gens ont besoin d’être rassurés et ils ne le sont pas.»

Le président de l’Association fait appel au leadership du ministre de l’Éducation – le même leadership dont il a fait preuve au début de la pandémie – pour protéger et soulager les enseignants.

«Dominic Cardy, il y a plus d’un an, a démontré un grand leadership en agissant en premier au niveau canadien. Il a même été cité au niveau mondial. On lui demande le même leadership pour la zone 4 (…) De prendre les bonnes décisions pour rassurer les gens et diminuer leur niveau d’anxiété afin qu’ils puissent fonctionner le plus normalement possible.»