Décès du prince Philippe, à l’âge de 99 ans

Le prince Philippe, duc d’Édimbourg et mari de la reine Élisabeth, est mort à l’âge de 99 ans.

Son décès a été annoncé vendredi matin par le palais de Buckingham.

Il a été le cinquième homme de l’histoire à avoir été le mari d’une reine au pouvoir, et a laissé sa marque et sa personnalité sur une fonction qui n’avait pas de rôle constitutionnel formel. Ce faisant, il a beaucoup aidé la monarchie à s’ajuster à un monde vivant de grands changements.

Ses manières informelles et son côté accessible, qui sont restés des caractéristiques de l’homme au cours de toutes ses années passées au palais de Buckingham, contrastaient avec la personnalité plus «collet monté» de sa femme, la reine Élisabeth II.

L’éducation stricte de la reine, sa formation afin d’occuper son rôle de monarque et sa conscience professionnelle bien enracinée lui donnaient parfois une apparence retenue en public, alors que Philippe se comportait avec une apparente désinvolture, tout en retenant un air naturellement digne.

Il avait un esprit vif et incisif. Au coeur d’une époque de fusées, de puissances atomiques et de satellites terrestres, il tenait à l’oeil les innovations scientifiques et était excessivement bien informé sur une vaste gamme de sujets.

Mais le désir du prince de faire connaître le fond de sa pensée lui a causé des ennuis tout au long de sa vie avec une série de gaffes fort publicisées.

Une anecdote typique de son sens de l’humour date de l’époque où le Royaume-Uni se démenait avec une récession en 1981. «Tout le monde disait vouloir plus de temps pour des loisirs, avait-il dit. Et maintenant, ils se plaignent d’être sans emploi.»

Le prince était un homme énergique. Il pilotait des avions à réaction et ses propres hélicoptères. Lors d’un tour de l’Amérique latine, il a piloté son propre avion pour la majeure partie du trajet.

Son esprit impromptu l’a amené au Canada en 1958 lorsqu’il a interrompu un voyage de retour vers l’Angleterre pour se rendre à Springhill, en Nouvelle-Écosse, le site d’un désastre minier qui avait tué 74 hommes.

Le maire Ralph Gilroy a présenté le prince aux survivants avec ces quelques paroles informelles «Les gars — voici Son Altesse Royale, le prince Philippe». Ce côté informel et sa grâce naturelle ont été mis en évidence lors d’une visite non annoncée à Mme Harold Raper, qui venait tout juste d’enterrer son mari, quelques heures auparavant.

«Le prince est juste entré et a tenu mes mains dans les siennes jusqu’à ce que je me lève, a-t-elle raconté. Je ne l’avais même pas entendu entrer.»

Philippe de Grèce est né le 10 juin 1921 à Mon Repos, la maison de son père sur l’île de Corfou, en Grèce. Il était le fils unique du prince Andrew, mort en 1944.

Sa mère, la princesse Alice, a vécu plus tard comme religieuse sur une autre île grecque, Tinos.

Le prince a eu une enfance mouvementée. À 12 mois, il avait quitté Corfou dans un bateau de guerre britannique lors d’une période trouble en Grèce.

Il a commencé l’école à Saint-Cloud, en banlieue de Paris, où l’enfant aux cheveux blond paille envoyait des lettres espiègles à ses amis, qu’il signait Philippe de Grèce.

Grand sportif, le jeune Philippe a aussi été l’un des meilleurs matelots du collège Gordonstoun et il a été choisi au prestigieux Royal Naval College de Darthmouth, où il a commencé ses études en 1939.

C’est là qu’il a rencontré, à 18 ans, la princesse Élisabeth, âgée alors de 13 ans. Ils ont joué au cricket ensemble et Philippe a impressionné la jeune Élisabeth par sa capacité d’engouffrer les crevettes et les desserts glacés.

Du haut de ses deux mètres, Philippe a toujours eu fière allure. Et sa romance avec la jeune princesse anglaise a été l’un des événements les plus captivants de l’époque d’après-guerre au Royaume-Uni.

Le prince Philippe de Grèce, qui sera appelé plus tard lieutenant Philippe Mountbatten, a rapidement impressionné les Britanniques. Mais ce n’était pas tout le monde à la cour qui était sous le charme de Philippe. Certains voyaient d’un mauvais oeil le fait qu’il venait d’ailleurs, alors que d’autres le trouvaient trop impétueux.

«Ils sentaient qu’il était trop brutal, mal élevé et sans instruction», a relaté Tommy Lascelles, le secrétaire particulier de George VI, cité dans la biographie de la reine Élisabeth, écrite par Sarah Bradford.

Alors qu’il était sixième dans l’ordre de succession au trône de Grèce, Philippe a renoncé à son droit de succession et est devenu un sujet britannique naturalisé en février 1947.

Le roi George VI, le père d’Élisabeth, a annoncé les fiançailles du couple le 9 juillet 1947. Le mariage hautement médiatisé a eu lieu à l’abbaye de Westminster le 20 novembre suivant. Six rois et sept reines ont assisté à la cérémonie.

Philippe et Élisabeth se sont établis en premier au palais de Buckingham. Philippe est demeuré dans la Marine, mais son service a été entrecoupé par les naissances de Charles, le 4 novembre 1948, et d’Anne en 1950. Le prince Edward est pour sa part né en 1964.

Le prince Philippe a pris sa retraite de la Marine en juillet 1951. Ses jours en tant que commandant de la frégate Magpie ont été «les plus beaux jours de (sa) carrière de matelot», a-t-il témoigné.

La vie du jeune couple a pris une tournure dramatique et tragique le 6 février 1952. Alors que la princesse et le prince étaient en visite officielle au Kenya, et qu’ils prévoyaient se rendre en Australie, le roi George VI est mort subitement. Le couple est rapidement revenu à Londres pour commencer son long règne.

Le prince Philippe n’a pas accepté facilement son nouveau rôle au sein de la famille royale.

L’un des points de discorde a surgi lorsque la reine, sous le conseil du premier ministre Winston Churchill, a choisi de donner à ses enfants son nom de famille, Windsor, au lieu du nom de famille de leur père, Mountbatten.

«Je suis le seul homme au pays qui ne peut pas donner son nom à ses enfants», aurait-il dit à ses amis.

Huit ans plus tard, l’année où son deuxième fils est né, la reine Élisabeth a adouci le ton. Elle a décrété que bien qu’elle et ses enfants soient connus comme des Windsor, d’autres membres de la famille royale porteraient les deux noms.

En 1957, Philippe est nommé prince du Royaume-Uni et reçoit le titre de duc d’Édimbourg.

Le prince Philippe était directement issu du 20e siècle autant que le prince Albert était issu de l’époque victorienne. Albert était rigide, renfermé et réservé. Philippe était direct et vigoureux.

Certains avaient douté qu’il puisse passer outre son image de séducteur avec son penchant pour le polo du dimanche et pour les yachts.

D’autres lui reprochaient de conduire sa voiture trop rapidement, ou le croyaient trop étourdi.

Le prince Philippe avait bel et bien ses propres opinions. Parfois, il ne cachait pas son impatience à l’égard de la presse. Une fois, à Gibraltar, il avait bombardé les photographes d’arachides. Puis, à l’exposition florale de Chelsea de Londres, il avait arrosé au boyau un photographe qui le pourchassait.

En une rare déclaration d’amour publique, la reine avait rendu hommage à son mari lors de son anniversaire.

«C’est quelqu’un qui n’accepte pas facilement les compliments, mais il a été, tout simplement, ma force et mon soutien toutes ces années et moi — comme toute sa famille, ce pays et plusieurs autres pays —, je lui suis plus redevable qu’il ne le pense ou qu’il ne le sache», avait-elle déclaré.