Investissement de près de 100 millions $ au N.-B. pour le logement abordable

Les gouvernements provincial et fédéral investissent 98,3 millions $ pour soutenir le logement locatif abordable pour les familles à faible revenu au cours des sept prochaines années.

L’initiative vise à soutenir 6700 ménages dans la province. L’investissement est partagé à parts égales entre Fredericton et Ottawa.

L’Allocation Canada – Nouveau-Brunswick pour le logement offrira des prestations mensuelles oscillant entre 300$ et 475$ aux familles en fonction de leurs revenus et la communauté où ils habitent. Les familles admissibles pourront en bénéficier pendant une durée maximale de trois ans.

Afin de se qualifier, le revenu annuel brut des foyers devra se situer entre 14 200$ et 38 000$.

Ces nouvelles aides s’inscrivent dans la Stratégie nationale sur le logement du gouvernement fédéral, a expliqué Ahmed Hussen, ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, lors d’une conférence de presse vendredi, à Moncton.

«Nous sommes déterminés à faire en sorte que chaque Canadien ait un chez-soi sûr et abordable, a dit M. Hussen. Beaucoup trop de gens sont forcés de faire un choix impossible entre payer leur loyer et leurs épiceries et la pandémie de COVID-19 n’a fait qu’empirer les difficultés sur le plan du logement. Malheureusement, en temps de crise, les personnes les plus touchées sont souvent les plus vulnérables.»

Dominic LeBlanc, ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, a aussi souligné que la COVID-19 a mis en évidence les failles du filet social du Canada.

«Il est normal que l’on s’attende à ce que notre pays puisse fournir aux plus vulnérables un logement sécuritaire, un besoin humain fondamental», analyse M. LeBlanc, qui est aussi député de la circonscription de Beauséjour.

Le ministre du Développement social du Nouveau-Brunswick, Bruce Fitch, s’est réjoui de la flexibilité offerte par cette «initiative novatrice.»

«Cette aide va directement aux familles. Si elles décident de déménager dans un autre logement, la prestation va les suivre, explique-t-il. Ce n’est pas une aide conditionnelle. Les familles auront le choix de s’en servir pour payer leur loyer, l’épicerie, les frais de garderie ou le transport.»

Les bénéficiaires de l’Allocation Canada – Nouveau-Brunswick pour le logement pourront également s’inscrire dans un programme de formation professionnelle ou dans un programme d’études postsecondaires de un à deux ans sans que leurs prestations soient affectées.

«D’ici la fin des trois années de l’allocation, nous prévoyons que l’augmentation du revenu gagné viendra combler la fin de l’allocation», a expliqué Daniel Allain, ministre des Gouvernements locaux, lors du point de presse.

Une aide qui ne ratisse pas assez large

Soeur Auréa Cormier, secrétaire du chapitre de Moncton du Front commun pour la justice sociale du Nouveau-Brunswick, applaudit les nouvelles aides qui permettront aux «plus démunis à se sortir d’appartements délabrés et à trouver de meilleurs logements.»

«C’est une aide d’un montant substantiel, c’est très positif parce que la mesure vise les enfants, note sœur Cormier. Il y a beaucoup d’enfants qui grandissent dans la pauvreté et qui n’ont pas tellement de chance. Je trouve ça beau qu’on cible les familles.»

Malheureusement, note-t-elle, de nombreuses personnes qui auraient elles aussi besoin d’aides vont encore passer dans les mailles du filet.

«Ils auraient pu ratisser plus large parce que les aides sont restreintes aux familles qui travaillent à faible revenu. C’est triste, ça donne l’impression que pour les décideurs, il y a les bons pauvres et les mauvais pauvres. Aider les parents qui travaillent à faible revenu, c’est tout à fait acceptable sur le plan politique. Se pencher sur les besoins des personnes incapables de travailler et qui dépendent de l’aide sociale qui est largement insuffisante, ça l’est moins.»

Pendant l’annonce de vendredi, M. Fitch a dit reconnaître que les Néo-Brunswickois «méritent d’avoir des logements adéquats et abordables.» Ceux qui ne se qualifient pas pour l’Allocation Canada – Nouveau-Brunswick pour le logement pourront toutefois bénéficier d’autres aides du ministère du Développement social, a-t-il précisé.

D’ici deux ans, Fredericton espère construire 151 nouveaux logements sociaux. Au cours des dix prochaines années, la province souhaite atteindre 1200 nouveaux logements supplémentaires.

Pas d’élections à l’horizon, dit Dominic LeBlanc

Depuis quelques semaines, le gouvernement fédéral multiplie les annonces d’investissements à Moncton. Doit-on y voir un signe d’élections hâtives?

Fin mars, Ahmed Hussen, ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, annonçait un prêt de 16 millions $ pour un projet immobilier de 38 appartements dans la région.

Une semaine avant, Ottawa accordait un appui de 3,4 millions au projet d’habitation de l’organisme Marée Montante.

Jeudi, Dominic LeBlanc, ministre des Affaires intergouvernementales, donnait les détails entourant un imposant centre de recherche fédéral de 700 millions $ qui verra le jour à Moncton, le «projet d’investissement en infrastructure fédéral le plus important du Canada atlantique depuis la construction du pont de la Confédération.»

Le lendemain, M. LeBlanc et ses collègues annonçaient encore près de 50 millions $ pour soutenir le loyer des familles à faible revenu.

«Il y a peut-être des élections qui s’en viennent», lance en riant Roger Ouellette, politologue et professeur à l’Université de Moncton.

Interrogé à ce sujet vendredi, Dominic LeBlanc a démenti que le gouvernement Trudeau souhaite une campagne électorale.

«Nous ne sommes pas du tout à la recherche d’une élection, notamment parce que nous sommes dans une troisième vague de COVID et c’est très difficile dans plusieurs régions du pays», a dit M. LeBlanc, précisant que c’est le Parti conservateur du Canada qui semble avoir un appétit pour un scrutin.

Quoiqu’en dit le ministre, Roger Ouellette croit qu’il est assez évident que les libéraux préparent leur machine électorale.

«C’est un gouvernement minoritaire, ils espèrent avoir une majorité, donc ils préparent le terrain, analyse-t-il. Les stratèges voulaient des élections au printemps, mais à cause de la troisième vague de COVID-19, ce que j’entends, c’est qu’elles seront plutôt déclenchées autour de la mi-août pour un vote vers la fin septembre.»