Blaine Higgs traité de raciste après avoir qualifié des Premières Nations de «super riches»

Le premier ministre Blaine Higgs s’est attiré une pluie de critiques mercredi. Il a affirmé à la radio que le partage de la taxe de vente aux Premières Nations crée des communautés autochtones «super riches», au détriment des Néo-Brunswickois non autochtones, pour justifier sa décision de mettre fin à ces accords.

Le premier ministre a fait cette déclaration controversée lors d’une entrevue à l’émission Information Morning Fredericton de la CBC.

Les accords de partage permettent de rembourser aux Premières Nations une bonne partie de la taxe de vente sur les produits vendus par les entreprises situées sur les réserves.

Ces remboursements valaient 47 millions $ en 2019-2020, et ce chiffre pourrait grimper à 75 millions $ d’ici 2031-2032, selon le gouvernement.

Le premier ministre a répété à plusieurs reprises que ces accords ne respectent pas les «principes fondamentaux» du Canada en matière de fiscalité et qu’environ 40% des remboursements sont versés à un faible pourcentage de la population des réserves.

Un auditeur lui a demandé pourquoi ne pas prélever une taxe sur les riches entreprises telles que Irving et McCain s’il est «si préoccupé par l’équité des revenus de la taxation».

Le premier ministre a répondu que les accords créent des communautés autochtones «super riches» qui «ne partagent pas avec d’autres populations».

À la suite de cela, le député Kevin Arseneau a vertement critiqué le premier ministre sur Twitter mercredi avant de supprimer son tweet.

Le député Kevin Arseneau du Parti vert. – Archives

«Higgs est un raciste et un impérialiste, on l’a toujours su. Il n’a pas changé du tout depuis le temps du (Confederation of Regions). Les gens qui le gardent (au pouvoir), son personnel, les ministres de son cabinet et son caucus sont complices. Plusieurs pensent comme lui, d’autres se ferment les yeux et (ne disent rien)», a écrit le député de Kent-Nord sur Twitter.

«Nous n’allons pas honorer les commentaires de M. Arseneau par une réponse», a rétorqué Nicolle Carlin, directrice des communications du Cabinet du premier ministre, lorsque l’Acadie Nouvelle l’a contactée

C’est David Coon, le chef du Parti vert, qui a demandé à Kevin Arseneau de supprimer son tweet.

«Je n’appuie pas des insultes quelles qu’elles soient et je lui ai demandé de supprimer son tweet. Kevin est un représentant passionné de sa circonscription qui comprend la plus grande communauté de Premières Nations du Nouveau-Brunswick. Le tweet n’était pas acceptable, mais je comprends sa colère», confie le député de Fredericton-Centre.

Malgré la réaction de son député, David Coon croit que c’est Blaine Higgs qui devrait s’excuser.

«Il s’est comporté de manière honteuse envers les chefs autochtones. Je crois que M. Higgs devrait s’excuser de son comportement.»

Il souligne que les chefs des Premières nations ont appris presque en même temps que tout le monde que les accords allaient prendre fin au cours des prochains mois.

Le chef Terry Richardson, de la Première Nation de Pabineau, croit que le premier ministre ne connaît pas la réalité des gens des réserves.

«S’il veut vraiment voir comment ça se fait qu’on vit sur une réserve, il peut venir ici et je vais lui montrer pourquoi.»

Il estime que le premier ministre doit reconnaître que l’argent remis aux Premières Nations en vertu de ces accords n’est pas jeté par les fenêtres – il est réinvesti au Nouveau-Brunswick.

«Ça nous donne la chance d’améliorer les programmes pour lesquels on n’a pas assez d’argent.»

Il explique que Pabineau a construit deux maisons pour des membres de sa communauté avec ces fonds l’an dernier, et que l’argent sert aussi à maintenir une bonne qualité de vie pour les aînés.

«Ça nous donne la chance de vivre comme les autres gens du Nouveau-Brunswick.»

Bill Ward, chef de la Première Nation de Metepenagiag, a mal encaissé la déclaration de Blaine Higgs.

«C’est dégueulasse. Où sont les “réserves super-riches”? On compare quelques millions à des MILLIARDS», a-t-il écrit sur Twitter.

Il existait déjà un manque de confiance entre les Premières Nations et le gouvernement provincial avant l’annonce de mardi.

Le gouvernement de Blaine Higgs a refusé pendant des mois de mener une enquête publique sur le racisme systémique envers les autochtones dans la foulée de la mort de Chantel Moore et Rodney Levi cet été.

Les deux Autochtones sont morts aux mains de la police à 7 jours d’intervalle.

Le gouvernement a annoncé la création d’un poste de commissaire pour enquêter sur le racisme systémique dans la province le mois dernier.

Plusieurs groupes autochtones ont toutefois critiqué cette initiative puisqu’ils n’ont pas été consultés sur sa mise en oeuvre. Ils ont aussi déploré le manque de pouvoirs de ce poste, qui ne pourra pas convoquer des témoins et qui aura un budget limité.