Le recrutement, la priorité de Vitalité

La pénurie de personnel infirmier et de médecins est assurément le plus grand défi auquel est confronté le réseau de santé Vitalité. Cet enjeu majeur était au coeur des discussions de la dernière réunion de son conseil d’administration.

200 infirmières recherchées

Pas moins de 200 postes d’infirmières sont vacants à travers le réseau et le vieillissement de la profession risque d’accentuer la problématique. Signe encourageant, la régie francophone a enregistré plus d’arrivées que de départ l’an dernier.

De nombreuses infirmières continuent toutefois de jeter l’éponge, épuisées par le manque de main-d’œuvre et la surcharge de travail qu’elle occasionne. Au cours des trois dernières années, les heures supplémentaires réalisées par le personnel soignant sont à la hausse.

«Il y a des changements de carrières. Certaines quittent le réseau de santé pour des milieux où les conditions de travail sont plus intéressantes avec des horaires du lundi au vendredi, de 8h à 16h», expose Johanne Roy, vice-présidente aux Ressources humaines.

On dit désormais vouloir mieux prendre soin des soignants. Chacun à un rôle à jouer pour rendre le travail en milieu hospitalier plus facile, souligne la dirigeante.

«On travaille sur une culture de travail plus bienveillante, plus reconnaissante, pour un milieu de travail sain et sécuritaire. C’est un effort collectif, l’ensemble des gestionnaires, des employés doivent collaborer, s’entraider pour que les gens soient heureux d’aller travailler pour Vitalité.»

La campagne de recrutement menée à travers le pays l’an dernier n’a pas porté ses fruits en raison de la pandémie. Le gouvernement provincial a promis d’intensifier ses efforts. De nouveaux fonctionnaires ont d’ailleurs été embauchés pour guider les infirmières étrangères dans leurs démarches. Fredericton envisage aussi d’offrir des incitatifs financiers aux étudiantes et aux nouvelles diplômées pour les convaincre d’exercer leur profession dans la province.

Mais, le nombre de jeunes néo-brunswickois décline. «On essaie donc d’identifier des infirmières auxiliaires qui voudraient devenir infirmières enregistrées, puis les accompagner et les encourager à suivre une formation, explique Johanne Roy. Il faut privilégier une multitude de petites réponses, on sait qu’il n’y aura pas de solution magique.»

Le réseau de santé se penche aussi sur la répartition des rôles et réfléchit à confier à d’autres employés certaines tâches effectuées par les infirmières.

«On doit penser à une offre de soins qui n’est uniquement basée sur les infirmières, indique la PDG du réseau de santé francophone, Dre France Desrosiers. «Cette profession extraordinaire mérite d’être repensée parce que, souvent, on ne présente pas la facette la plus intéressante de cette vocation.»

Difficile rétention des médecins spécialistes

Le Nouveau-Brunswick ne forme tout simplement pas suffisamment de spécialistes. Dans le secteur francophone, les deux tiers d’entre eux sont originaires de l’extérieur de la province. On manque surtout de psychiatres, d’anesthésistes et de pédiatres.

En 2020, la régie de santé a dû composer avec le départ de 11 médecins spécialistes, seulement compensé en partie par huit embauches.

«Souvent ce sont des raisons familiales, pour se rapprocher des proches qui sont à l’extérieur de la province», indique Dre Natalie Banville, vice-présidente aux Services médicaux. En revanche, le taux de rétention des médecins originaires du Nouveau-Brunswick est très élevé.

Treize postes de spécialistes sont vacants dans le Restigouche, et 17 autres dans la région d’Acadie-Bathurst. «C’est un défi de recruter à ces endroits-là», reconnaît Dre Banville. «On ne forme que 30 étudiants en médecine par année. C’est une tâche colossale.»

C’est aussi dans le Nord de la province que Vitalité cherche à recruter le plus grand nombre de médecins de famille: 17 dans le Nord-Ouest, 12 dans le Restigouche, 14 dans la zone Acadie-Bathurst.

Pour tenter d’y remédier, le ministère de la Santé a créé récemment des mesures incitatives pour encourager l’installation dans les régions rurales. Depuis le 1er octobre, les primes peuvent s’élever jusqu’à 80 000 $, contre 35 000 $ auparavant.

Un médecin peut toucher l’incitatif maximal s’il choisit de pratiquer pendant au moins quatre ans en zone rurale, c’est-à-dire à plus de 40 km de Moncton, de Fredericton ou de Saint-Jean.

Les progressistes-conservateurs ont supprimé le système de facturation en septembre 2019. Il existait depuis 1992. Il permettait au gouvernement provincial de décider du nombre maximum de médecins dans les villes, pour les encourager à s’installer en zone rurale.

Recrutement agressif

Le réseau de santé ne ménage pas ses efforts pour séduire les futurs médecins. Ses équipes de recrutement participent à des foires d’emploi à travers le Canada et à l’étranger. Vitalité tente aussi d’inciter les jeunes néo-brunswickois à se lancer dans des programmes d’étude reliés au domaine de la santé.

«On a créé un outil de suivi des candidats pour connaître toutes les personnes qui ont démontré un intérêt, qui sont en formation pour garder contact avec eux. On a aussi rencontré les étudiants en médecine pour connaître leurs besoins», illustre Dre Banville.

Les besoins du Nouveau-Brunswick en matière de recrutement en spécialités ne sont pas pris en compte dans les centres de formation du Québec.

Recruter un médecin en Acadie, c’est aussi lui trouver un logement, répondre à ses questions sur la région, lui prévoir un comité d’accueil.

Plusieurs comités de recrutement régionaux ont été formés pour cela.

«On a offert un accueil privilégié aux médecins remplaçants. On a pu en recruter plusieurs et on croit que d’ici septembre, on n’aura plus besoin de médecins remplaçant aux urgences dans la Péninsule», se félicite Dre Banville.

«La rémunération reste peu compétitive en comparaison aux autres provinces canadiennes. Notre seule façon de compétitionner, c’est de mettre l’emphase sur la qualité de vie que l’on a ici.»