Petits réacteurs nucléaires: que fera-t-on des déchets?

Bien que le gouvernement du Nouveau-Brunswick et l’industrie des petits réacteurs nucléaires (PRM) ne cessent de dire que cette nouvelle technologie offrira une énergie propre pour la province, une étude de faisabilité indique qu’il faudra trouver des solutions de stockage à long terme pour les déchets produits par les PRM.

Mercredi, les gouvernements de l’Alberta, du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et de la Saskatchewan ont dévoilé une étude de faisabilité sur la mise au point et le déploiement de PRM.

Cette technologie expérimentale, espère-t-on, offrira une «source d’énergie propre pour faire face aux changements climatiques.»

Au Nouveau-Brunswick, deux entreprises tentent de commercialiser un PRM, ARC Clean Energy et Moltex Energy. Cette dernière tente aussi de développer un procédé de recyclage de combustible usagé issu de l’industrie nucléaire traditionnelle et qui servira à alimenter des PRM.

L’étude de faisabilité publiée mercredi indique toutefois «qu’il faudra trouver des solutions pour l’entreposage à long terme des déchets radioactifs» générés par les PRM que souhaitent commercialiser les deux entreprises du Nouveau-Brunswick avant de pouvoir en faire une industrie viable.

«Bien que les réacteurs pourront recycler leur carburant usagé et ainsi produire un volume réduit de déchets radioactifs avec un cycle de vie relativement plus court, il sera quand même nécessaire d’entreposer les déchets radioactifs issus de la conversion du combustible, du procédé de recyclage et du réacteur», peut-on lire dans le document produit par Ontario Power Generation, Bruce Power, Énergie NB et SaskPower.

Peu de risques selon les partisans

D’après Mike Holland, ministre du Développement de l’énergie, la gestion des déchets de cette nouvelle industrie nucléaire ne représente pas de défis particuliers.

«Les inquiétudes portent souvent sur la gestion des déchets. Grâce à la centrale de Pointe Lepreau, nous avons beaucoup d’expérience avec les déchets nucléaires au Nouveau-Brunswick. En plus, ce sera d’autant plus facile avec les PRM puisqu’ils utilisent beaucoup moins de combustible, donc il y aura moins de déchets à gérer», dit M. Holland.

Chez Moltex Energy, on explique que le procédé de recyclage de déchets nucléaires sur lequel l’entreprise travaille «produira moins de déchets».

Son procédé de recyclage vise à soumettre des déchets produits par des réacteurs traditionnels à une série de traitements chimiques afin d’en extraire du carburant pour les PRM. Moltex Energy reconnaît que les déchets de son procédé seront radioactifs, mais la majorité de ceux-ci seront d’intensité moyenne et donc plus facile et moins coûteux à gérer.

Des experts s’interrogent toutefois s’il est réellement plus facile de gérer ces nouveaux déchets.

Dans une étude publiée en 2018 dans le Bulletin of the Atomic Scientists, Allison Macfarlane, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique et spécialiste des déchets nucléaires, notait que les réacteurs à sels stables et les réacteurs à sels fondus, comme ceux que souhaitent développer ARC Clean Energy et Moltex Energy, pourraient «exacerber les problèmes d’entreposage et de traitement des combustibles usagés» en raison de la composition chimique inhabituelle de leur carburant.

Le problème, dit-elle aujourd’hui, c’est que les entreprises fournissent trop peu de détails sur leurs procédés, tous très différents.

«Dans le cas du procédé de recyclage de Moltex Energy, la vérité c’est qu’il est difficile de se prononcer puisque l’entreprise ne fournit pas suffisamment d’informations afin de comprendre si ce qu’elle propose est réaliste. On ne sait pas vraiment ce que sera la composition chimique de leurs déchets», dit Mme Macfarlane, qui a aussi été à la tête de la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis de 2012 à 2014.

Elle doute même que l’entreprise arrive à «recycler» le carburant usagé puisque plusieurs équipes ont déjà échoué.

«Personne sur la planète n’a réussi à le faire à l’échelle industrielle, explique-t-elle. Je reste ouverte d’esprit, mais ils ne m’ont toujours pas convaincue que ce serait possible.»

Des «avantages économiques et environnementaux»

L’Acadie Nouvelle a obtenu une copie du protocole d’entente signé par le Nouveau-Brunswick, l’Ontario et la Saskatchewan en décembre 2019. Celle-ci prévoit que les provinces collaborent afin de développer la filiale des PRM. L’Alberta s’est officiellement jointe au protocole d’entente mercredi.

Le document stipule notamment que les provinces s’engagent à «collaborer afin d’informer le public sur les avantages économiques et environnementaux de l’énergie nucléaire et des PRM».

Susan O’Donnell, membre de la Coalition pour un développement responsable de l’énergie, s’indigne du manque de transparence du gouvernement en ce qui a trait aux PRM.

«On dit toujours que les PRM vont offrir de l’énergie propre, mais pourquoi ne parle-t-on jamais des déchets? Je trouve choquant que le gouvernement signe un accord et accepte de faire la promotion d’une industrie, sans jamais ouvertement parler des risques, s’indigne-t-elle. C’est leur responsabilité de bien informer les citoyens afin qu’ils puissent contribuer à cette décision importante.»

Mike Holland se fait rassurant, affirmant que les risques associés aux PRM ont été pris en compte par le gouvernement provincial et que «la recherche indique que les bénéfices dépassent largement les risques».

Un problème aussi vieux que l’industrie

Allison Macfarlane, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique, rappelle que la gestion des déchets nucléaires demeure un problème partout sur la planète. Le Canada n’a d’ailleurs toujours pas trouvé de solutions à long terme pour l’entreposage de ses déchets nucléaires.

«Tous les pays avec des centrales devront probablement se résigner à stocker leurs déchets dans des dépôts en formation géologique profonde», explique Mme Macfarlane. Elle prédit que ces dépôts construits à des centaines de mètres sous terre seront nécessaires afin d’entreposer les déchets nucléaires de haute activité et d’activité intermédiaire.

Le gouvernement fédéral mène d’ailleurs des consultations publiques visant à moderniser la Politique canadienne en matière de déchets radioactifs. – JD