Dieppe: les élus votent pour une ville plus dense

Les conseillers municipaux de Dieppe ont apporté des modifications au plan d’aménagement et au zonage de leur ville. Ces décisions majeures ont pour but d’augmenter la densité de population ainsi que l’offre de logements multifamiliaux.

«Depuis 20 ans, les citoyens de Dieppe ont la volonté assumée de développer un centre-ville qui se distingue de ceux des communautés voisines. Pour ça, il faut augmenter la densité de population», a soutenu le maire Yvon Lapierre.

Son conseil municipal a donc créé une «zone résidentielle urbaine» autour du centre-ville, comprenant les rues Virginia, Harold, Cousteau et Normandie, par exemple. À l’intérieur, le nombre autorisé de logements par terrain est passé de deux à quatre.

L’urbaniste de la Municipalité, Alexandre Girard, prévoit que cette mesure permettra de faire croître légèrement la densité de population du secteur. Il espère aussi qu’elle encouragera des projets de logements abordables.

«Le Conseil a pour principe de reconnaître et de maintenir le caractère résidentiel et le gabarit de petite et moyenne taille des bâtiments existants au pourtour du centre-ville», précise néanmoins le nouvel arrêté.

La ville entière concernée

La densification de Dieppe ne s’arrêtera pas au centre-ville. Les élus de la municipalité ont également facilité la construction de logements multifamiliaux au-delà.

M. Girard indique par exemple que des promoteurs pourront dorénavant faire construire des immeubles le long du boulevard Dieppe, à l’extrémité est de la communauté, sans devoir réserver le rez-de-chaussée à des commerces.

L’urbaniste raconte que le conseil municipal a reçu beaucoup de demandes de modification de zonage de la part de promoteurs. Ceux-ci avaient acheté des terrains à l’écart des lieux achalandés afin de construire des habitations multifamiliales et des maisons en rangée. Ils se confrontaient cependant aux interdictions des arrêtés de la Ville.

C’était le cas par exemple pour un immeuble aujourd’hui en construction au milieu de maisons situées le long des rues Amirault et Lafayette, au sud de la municipalité.

Règles de constructions retirées

«On a décidé de voir s’il y avait la possibilité d’enlever certaines exigences, se souvient M. Girard. On a dû aussi s’adapter à une nouvelle tendance chez les promoteurs, qui proposaient de moins en moins de maisons unifamiliales.»

L’urbaniste souligne l’attention que la Ville a donnée à l’avis des Dieppois, dans un sondage et lors de discussions au conseil municipal.
En fait, l’étude d’opinion effectuée en février rassemble les opinions de 300 résidents. Et ceux-ci s’opposent majoritairement à la construction d’habitations multifamiliales et de maisons en rangées dans leur quartier.

La Ville a néanmoins cherché à savoir comment intégrer le mieux possible ces bâtiments dans le cadre bâti existant. Elle incite maintenant les promoteurs à orienter leurs édifices vers la rue (pour le sentiment de communauté) et à incorporer des éléments architecturaux «de haute qualité».

«Ce serait des briques, de la pierre ou du bois à la place du vinyle, par exemple, précise M. Girard. C’est pour avoir un meilleur cadre bâti.»

Un conseiller inquiet

Le conseiller municipal, Ted Gaudet s’est inquiété des décisions du conseil en matière d’urbanisme après leur adoption à la fin de la dernière réunion du conseil.

«Ces changements auront des répercussions pour le bien ou pour le mal dans les années à suivre, a-t-il déclaré. Je me pose des questions sur la façon dont on fait face à ces défis.»

L’élu du quartier 3 pense que les arrêtés de sa ville laissent trop de liberté aux promoteurs immobiliers, au détriment des citoyens avoisinant leurs projets.

«C’est difficile pour les habitants de les contester, a-t-il remarqué. Pourtant, les gens devraient pouvoir s’impliquer dans un changement de l’endroit à l’intérieur duquel ils ont acheté.»

M. Gaudet cible surtout l’érection d’immeubles de plusieurs étages survenant au cœur de lotissements, des années après la construction des maisons.

C’est ce que les habitants des rues Nathalie et Guylaine subissent, notamment. En réponse à leurs protestations, la Ville a répondu que l’arrêté de zonage permettait la construction d’un édifice de cinq étages derrière chez eux depuis 2003.

«On devrait se pencher sur les droits acquis, a plaidé M. Gaudet en entrevue avec l’Acadie Nouvelle. Pourrait-on mettre des limites? Par exemple, cinq ans si aucun projet n’a lieu sur le terrain?»

Un maire déterminé

L’intervention du conseiller municipal en faveur de l’écoute des citoyens a semblé déplaire à M. Lapierre. Le maire a indiqué que son administration effectuait une «révision juridique» de ses déclarations pendant la dernière réunion du conseil municipal.

«La chose principale est de considérer l’intérêt de toute notre communauté dans son entier et pas par secteur», a-t-il aussi répliqué.

M. Lapierre a rappelé que l’étalement urbain augmentait le coût de livraison des services pour une municipalité (eau, transports en commun, etc.). Il a fait aussi le lien entre communauté durable et densité de population.