Système national de garderies: une mesure bien accueillie au N.-B.

L’annonce de la création d’un système pancanadien de garderies lors du budget fédéral de lundi est applaudie par de nombreux intervenants du milieu de la petite enfance au Nouveau-Brunswick.

«Ça fait longtemps que ce genre de mesure aurait dû être mise en place», dit Michel Côté, directeur général de l’Association régionale de la communauté francophone de Saint-Jean (ARCF).

Le premier budget de Chrystia Freeland, présenté lundi, prévoit 30 milliards $ sur cinq ans afin d’instaurer un programme national de garderies. D’ici l’an prochain, Ottawa espère réduire de 50% les frais de garde préscolaire. En 2026, l’objectif est d’avoir des frais de garde à 10$ par jour à l’échelle du pays.

L’ARCF, qui gère le seul centre de la petite enfance francophone à Saint-Jean, s’en réjouit.

«C’est très exigeant, financièrement, pour les parents de payer les montants qu’on leur demande pour nos services de garderie. Il y a beaucoup de gens qui décident donc de ne pas retourner sur le marché du travail», explique M. Côté, qui précise que les frais de garde mensuels pour les 0 à 24 mois s’élèvent à près de 800$ dans les centres de la petite enfance (CPE) de l’ARCF.

Elki Imbeault, propriétaire de la garderie Roche Papier Ciseaux, à Moncton, croit lui aussi qu’un programme public permettra une certaine «uniformisation» des services de garde en petite enfance, ce qui se traduira par des retombées positives.

«Si on arrive à faire en sorte que la majorité des enfants vont être capables d’aller dans des milieux de garde accrédités, toute la société va en bénéficier», affirme M. Imbeault.

Bon pour l’économie

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB), qui revendique la mise en place d’un système de garde universel depuis plusieurs années, se réjouit de la nouvelle mesure puisqu’elle aura un impact «direct sur l’économie, la santé et l’éducation.»

Ottawa prévoit d’ailleurs que son programme pourrait permettre jusqu’à 240 000 travailleurs de réintégrer le marché du travail.

«On souhaite que le gouvernement provincial s’engage à rapidement collaborer avec le fédéral pour mettre en place le programme afin que la population néo-brunswickoise puisse en profiter», affirme la présidente du RFNB, Monique Brideau.

Pour l’instant, le gouvernement du Nouveau-Brunswick semble peu emballé par les intentions du gouvernement de Justin Trudeau.

À la suite de la présentation du budget de lundi, le premier ministre Blaine Higgs a laissé entendre que la promesse du gouvernement Trudeau vise surtout à récolter des votes auprès des parents des grands centres où les frais de garde sont beaucoup plus élevés. Une analyse que ne partage pas Monique Brideau.

«Ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas de problème d’accès à des services de garde au Nouveau-Brunswick, déplore-t-elle. Ici aussi, les services de garde coûtent cher et il y a une réelle difficulté à trouver des places en garderie pour tous les enfants de la province.»

Une réalité avec laquelle doit composer la communauté francophone de la région de Saint-Jean, dit Michel Côté.

«Nous opérons l’une des plus grosses garderies francophones au Nouveau-Brunswick et l’on manque de place, explique-t-il. Nous avons de grosses listes d’attente, et en tant que seul CPE francophone de la région, ça crée une pression supplémentaire parce que si l’on ne prend pas les enfants, ils s’en vont dans les garderies anglophones. Dans un contexte minoritaire comme le nôtre, c’est très important que l’on puisse offrir ce service.»

Rendre la profession plus attrayante

Bien qu’un service de garde pancanadien permettra à un plus grand nombre de parents d’envoyer leurs enfants dans un CPE, la mesure pourrait-elle aggraver la crise de personnel des garderies?

«Nous avons déjà de gros problèmes afin de trouver suffisamment de ressources humaines pour opérer et on doit faire du recrutement à l’international. Nous avons une éducatrice qui arrive de Tunisie avec sa famille la semaine prochaine et une autre qui arrive de France en mai. Il va falloir rendre cette profession plus attrayante», s’inquiète M. Côté.

C’est justement pour répondre «aux défis de recrutement et de rétention» que le RFNB espère que le programme s’accompagne aussi «d’une augmentation des salaires des éducatrices.»

«Il faut faire en sorte qu’il y ait des places en garderie pour tous les enfants de la province, dans un établissement qui opère dans la langue de leur choix, et que ces services soient aussi accessibles dans les milieux ruraux et les communautés autochtones», ajoute Monique Brideau.