Il faut fusionner tout le Restigouche, dit le maire de Dalhousie

Alors que les travaux de défrichage sur la réforme sur la gouvernance locale battent leur plein, le maire de Dalhousie n’y va pas de main morte. Il suggère à Fredericton de fusionner le Restigouche, avec ou sans son consentement.

Personne ne pourra reprocher à Normand Pelletier de manquer d’audace et de ne pas être fidèle à ses convictions.

Nouvellement élu par acclamation, le maire de Dalhousie met d’emblée ses cartes sur la table pour de chaudes discussions avec ses confrères des autres municipalités. Il prône notamment l’abolition des DSL et le regroupement des municipalités du Restigouche afin de ne former qu’une seule et même entité.

À la limite, il se dit à l’aise avec le modèle prôné dans le rapport Finn, soit la création de trois municipalités: une pour l’est du territoire, une pour le centre et une pour l’ouest.

Ce message, le maire l’a prononcé lundi soir lors de la dernière rencontre de son conseil municipal avant la tenue des élections. Il en avait aussi fait part la semaine précédente en personne au ministre des Affaires municipales et de la Gouvernance locale, Daniel Allain, lors de son passage au Restigouche dans le cadre de sa tournée provinciale.

«Je lui ai dit que mon souhait était de voir le Restigouche être fusionné et qu’il ne devait pas attendre d’avoir l’unanimité des élus pour procéder, car sinon ça n’arrivera jamais. C’est le temps idéal pour le gouvernement d’effectuer un tel changement. Le parti au pouvoir n’a aucun siège à perdre ici, probablement aucun à gagner non plus, alors qu’il en profite pour avoir le courage de faire enfin ce qui aurait dû être fait il y a 20 ans», soutient M. Pelletier.

Les propos du maire ne sont pas nouveaux en soi. Au cours de son mandat, celui-ci a souvent soulevé la question ainsi que celle de la régionalisation des services. Il a même tenté certains rapprochements avec la ville voisine de Campbellton au cours des derniers mois.

Selon lui, les municipalités doivent s’unir et se serrer les coudes dans l’optique de renverser la vapeur.

«Quand on regarde comment les régions d’Edmundston et de Miramichi ont fleuri depuis leur fusion respective, on voit bien que c’est ce que ça prend ici aussi si nous voulons prospérer, attirer des jeunes et des entreprises. En ce moment, on n’avance plus. Pire, on recule et même très rapidement», dit-il.

Celui-ci estime qu’en se regroupant – en partie ou en totalité -, la région y gagnerait en expertise, notamment en ayant les moyens de se doter d’agents de développements économiques, touristiques et autres.

«Les municipalités sont des gestionnaires, mais elles ne sont pas expertes dans tous les domaines. On n’a pas non plus la capacité de mettre la main sur ces ressources de façon individuelle. En se regroupant par contre, on peut accroître notre potentiel, avoir des gens qui se consacrent à ces choses à 100%», croit-il.

Le discours de M. Pelletier, les élus de la CSR-Restigouche l’ont entendu et le connaissent. Mais beaucoup de nouveaux visages siégeront autour de la prochaine table. Le maire de Dalhousie espère que son message sera mieux reçu. Qu’à cela ne tienne, il n’entend pas changer son propos pour autant.

«Les cinq dernières années, j’ai tenté d’aborder à quelques occasions la discussion sur la régionalisation des services, l’avenir et le partage des coûts, l’avenir de nos centres sportifs régionaux (Palais des glaces de Dalhousie et Centre civique de Campbellton), et c’était toujours une patate chaude. Personne ne voulait ni en parler ni attaquer ces enjeux. Mais le statu quo n’est plus possible, il faut que ça bouge. Je vais continuer d’apporter ces sujets à la table, mais je vais aussi continuer de marteler mon message à Fredericton», dit-il.

Pas peur des fusions

Les propos du maire de Dalhousie n’ont pas semblé ébranler outre mesure son confrère d’Atholville, Michel Soucy, également président de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick.

«Avoir moins de municipalités et moins de DSL dans notre région, ce n’est pas quelque chose qui m’effraie, pourvu qu’on soit capable de respecter les communautés d’intérêts.»

Celui-ci parle d’ailleurs avec expérience. Sous sa gouverne, sa municipalité a pris de l’expansion en incorporant deux DSL voisins, Val-d’Amour et Saint-Arthur. Dans les faits, même s’il n’a jamais été aussi vocal que son confrère sur le sujet, M. Soucy partage sensiblement sa position. Comme M. Pelletier, il croit que certains choix devront être faits en matière de gouvernance locale et que Fredericton ne pourra faire autrement que de les imposer.

«Idéalement, ce serait bien si tout pouvait se faire sur une base volontaire. Mais si on attend le consentement de tout le monde, ça ne va jamais se produire. C’est certain qu’il y aura des gens qui ne sont pas d’accord, mais il faut penser à long terme, à ce qu’il y a de mieux pour notre province et nos régions. Personnellement, je crois que c’est possible de fusionner ici (et ailleurs) sans perdre nos identités et en faisant en sorte que tout le monde y gagne», croit-il

La SANB favorable à une pleine municipalisation 

À plus large échelle que la seule région du Restigouche, la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick appuie le concept de la pleine municipalisation dans la province.

Par voie de communiqué, l’organisme a ainsi démontré sa solidarité avec l’AFMNB en appuyant sa démarche face à la réforme municipale. Les membres de l’AFMNB, rappelons-le, ont récemment voté majoritairement en faveur de regroupements basés sur les groupes d’intérêts.

«Il est évident depuis de nombreuses années que le système de gouvernance locale au Nouveau-Brunswick engendre de nombreux enjeux de taille», affirme Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB, qui soutient du coup la vision révisée du rapport Finn.

M. Doucet concède que cette réorganisation passera sans doute par la réduction du nombre d’entités de gouvernance locale. Mais pour lui et la SANB, cette réduction est essentielle pour le développement de l’ensemble des collectivités acadiennes et francophones.

«Certains craignent que ces regroupements risquent de nuire au sentiment d’appartenance que les gens entretiennent à l’égard de leur région. Toutefois, je pense que cette réforme nous présente plutôt une occasion en or d’enfin en finir avec nos guerres de clochers pour arriver à un sentiment d’appartenance plus inclusif sur le plan régional, sans pour autant effacer l’identité propre de nos villages», estime M. Doucet.