L’avenir de Tracadie au sein de la CSR est remis en question 

La place de la Municipalité régionale de Tracadie au sein de la Commission de services régionaux de la Péninsule acadienne risque de revenir à l’avant-scène après les prochaines élections municipales. La lenteur administrative serait au cœur des préoccupations.

Les deux candidats à la mairie, Jean-Yves McGraw et Denis Losier, estiment que «le processus inefficace» nuit au développement économique de la municipalité.

Denis Losier promet même de retirer Tracadie de la CSRPA, ce qui permettrait à Tracadie de gérer ses propres services, dont celui de l’aménagement, responsable de l’émission de permis de construction.

«Chaque semaine, la municipalité ainsi que le maire reçoivent des appels et des plaintes concernant le service actuel. Des propriétaires de maison et des entrepreneurs qui attendent des semaines et des mois pour des réponses et pour avoir un permis, il faut que ça cesse!», a récemment déclaré Denis Losier sur Facebook.

Il estime que la MRT serait en mesure d’offrir un service plus rapide et efficace, sans occasionner une augmentation de taxes.

Étant la plus grande municipalité de la Péninsule acadienne, la MRT contribue 472 063$ au service d’urbanisme de la CSRPA sur un budget total de 1,33 million $. La MRT a déjà fait bande à part en 2019 en refusant de participer à la création d’un service de collecte de déchets pour l’ensemble de la Péninsule. Un contrat de 1,14 million $ a été offert à une entreprise de la région pour une période de deux ans.

Selon les règlements provinciaux, sauf entente contraire des parties, le membre (municipalité ou communauté rurale) qui souhaite se retirer doit donner un avis d’au moins deux ans à une commission de services régionaux.

Pas à la hauteur

Le débat soulevé par Denis Losier n’est pas nouveau. Son prédécesseur Aldéoda Losier avait aussi évoqué la possibilité de créer un nouveau service d’urbanisme.

Jean-Yves McGraw croit aussi que les services offerts par la CSRPA ne sont pas à la hauteur des attentes des résidents de Tracadie. La lenteur des procédures administratives aurait freiné les démarches de certains investisseurs, dit-il.

Tout comme son adversaire à la mairie, M. McGraw s’engage à améliorer le service d’urbanisme, mais il croit que la solution passe par la négociation.

«Si la CSRPA est prête à collaborer et à modifier certaines dispositions pour rendre l’urbanisation plus efficace, je pense que ce serait bénéfique pour notre grande région de rester unis et de continuer de bonnes collaborations avec elle et pour le reste de la Péninsule acadienne. À titre d’exemple, notre municipalité doit obtenir un employé à temps plein au bureau satellite de la municipalité pour faciliter l’efficacité du processus et la prestation des services auprès de nos 16 000 personnes.»

Et contrairement à son adversaire, il croit qu’un retrait de Tracadie de la CSRPA coûtera plus cher aux contribuables à long terme.

«Présentement, nous sommes un regroupement et les coûts sont partagés avec l’ensemble de la Péninsule acadienne. Oui nous payons davantage, car nous sommes une plus grande municipalité, mais il reste que les coûts sont partagés et il y a une économie d’échelle.  Nous devrons payer le coût du service, quel qu’il soit.»

Qu’est-ce qui cause un délai?

D’après les données de la CSRPA, 286 permis de construction ont été délivrés dans la MRT en 2020, sur un total de 933 émis dans la Péninsule acadienne dans son ensemble.

Selon Benjamin Kocyla, directeur de la planification et urbaniste à la CSRPA, quelques facteurs expliquent les raisons pour lesquelles certains dossiers connaissent des délais.

À l’heure actuelle, un délai de deux jours est nécessaire après le dépôt initial d’une demande pour permettre une première analyse du dossier et pour communiquer avec le demandeur et lui donner une liste de documents à fournir pour compléter la demande. Si le projet nécessite un plan de construction, un délai de 5 jours est nécessaire.

Lorsque le projet nécessite de fournir un plan de construction, un délai de cinq jours s’ajoute pour finaliser la correction.

«Ce qui prend le plus de temps en général, c’est de recevoir une demande complète du client. Souvent les plans de constructions sont manquants ou incomplets. Nous avons un délai pour le traitement des nombreux courriels que nous recevons, mais si un client fournit dès le départ une demande complète, alors l’émission du permis est assez rapide. Les délais sont très variables et dépendent de la complexité de chaque projet.»

Certaines municipalités de la Péninsule acadienne, dont Caraquet, ont récemment entrepris des démarches pour faciliter le processus pour les citoyens, à condition de respecter les normes préétablies par la CSRPA. Dorénavant, aucun permis de construction ne sera requis pour certains projets, comme le changement de portes ou de fenêtres si on ne modifie pas les dimensions ni l’emplacement.

Les citoyens peuvent aussi réparer et installer de la finition intérieure résidentielle, remplacer du revêtement intérieur, la toiture et des murs d’habitation, sauf s’il s’agit de nouvelle maçonnerie; remplacer une clôture ainsi que construire un poulailler et installer un abri temporaire, comme une serre, sans permis.

Le Village de Bertrand serait aussi en train d’envisager des mesures semblables.