Budgets de rigueur à l’Université de Moncton, licenciements et disparition de programmes en français à l’Université Laurentienne, compressions au campus Saint-Jean, le portrait de l’éducation postsecondaire en milieu minoritaire est morose. Ottawa, qui vient de débloquer 121 millions $ sur trois ans pour appuyer le secteur, s’apprête à intervenir.

Comment sera distribuée l’enveloppe? Qui en profitera? Cela reste à définir, explique la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly.

«J’aurai l’occasion de travailler avec les différents intervenants d’institutions postsecondaires pour entendre leur point de vue sur la façon de déployer ces fonds-là», déclare-t-elle, en entrevue avec l’Acadie Nouvelle. «Le but, c’est qu’il y ait une équité. On sera là pour aider certaines universités en crise, mais aussi aider les institutions postsecondaires en général au pays.»

Les finances des institutions postsecondaires ont été fragilisées par la pandémie et les arbitrages budgétaires de certaines provinces, souligne la ministre. Si l’éducation et la formation sont du ressort des provinces, le gouvernement fédéral peut jouer un rôle de protection des minorités linguistiques en utilisant son pouvoir de dépenser.

«On a certainement entendu le cri du cœur d’étudiants, de professeurs et de recteurs d’universités francophones en milieu minoritaire, souligne la ministre Joly. Une communauté minoritaire a besoin d’institutions fortes pour maintenir sa vitalité.»

Habituellement, le soutien fédéral porte sur le développement des infrastructures universitaires, par l’entremise d’un financement partagé avec la province. Il s’agira cette fois de bonifier l’offre éducative existante. «Ce sont des fonds de programmation, pour offrir davantage de cours ou améliorer le cursus scolaire, pas pour des actifs immobiliers, précise Mme Joly. C’est une nouveauté, tout est à créer.»

Est-ce que le financement fédéral devra s’accompagner d’une contribution financière provinciale équivalente?

«Ce sera une décision à prendre, répond la ministre. Ce n’est pas vrai que le gouvernement fédéral sera là pour éponger des coupures faites par des provinces. On ne veut pas créer un incitatif aux coupures. Nous ne sommes pas là pour prendre la place des gouvernements provinciaux.»

Une main tendue à Blaine Higgs

La ministre Joly appelle aussi le gouvernement néo-brunswickois à collaborer dans le dossier des garderies. La mesure phare du budget 2021-2022, soit le projet de création de places de garderie à 10 $ au Canada, a été accueillie froidement par le premier ministre progressiste-conservateur.

Il fait valoir que les frais de garde sont plus élevés dans d’autres provinces et que le programme a été pensé avant tout pour l’Ontario et la région de Toronto.

«Je trouve toujours cela intéressant quand le gouvernement lance un chiffre en l’air. Et ce qu’ils font avec ce chiffre – et c’est un élément caché dans tout ça – c’est qu’ils engagent toutes les provinces à participer à raison de 50 % avant même de les avoir consultées», a-t-il déploré cette semaine.

De son côté, l’équipe de Justin Trudeau prévient que l’engagement de 30 milliards $ sur 5 ans pour la création d’un système pancanadien de garderies devra se réaliser main dans la main avec les provinces.

«On espère que le gouvernement Higgs répondra présent. Il pourrait voir une plus grande participation des femmes à l’économie», exprime Mélanie Joly.

Son livre blanc sur les langues officielles publié le 19 février propose d’ailleurs que la Loi reconnaisse explicitement que les programmes destinés à la petite enfance font partie intégrante du parcours en éducation dans la langue minoritaire.

«Il va de soi qu’il faut un système de garderie en français pour intégrer en français les enfants le plus rapidement possible», ajoute-t-elle.

Langues officielles: «les choses avancent bien»

La responsable du dossier de la modernisation de la loi sur les langues officielles à Ottawa n’est toujours pas en mesure de fournir un échéancier précis, mais a déjà promis qu’un projet de loi fédéral sera déposé d’ici la fin de 2021.

«Les choses avancent bien, assure-t-elle. À ce stade, j’ai consulté sept des treize provinces et territoires. J’espère finaliser ma consultation au cours des deux ou trois prochaines semaines.»

Sa feuille de route proposait notamment l’obligation pour les juges de la Cour suprême d’être bilingues, le renforcement des pouvoirs du commissaire aux langues officielles, ou encore l’enchaînement dans la loi du programme de contestation judiciaire.

Son gouvernement souhaite aussi accorder aux travailleurs d’entreprises privées de compétence fédérale du Québec et de «régions à forte présence francophone» le droit de travailler en français, mais aussi obliger l’employeur à communiquer avec ses employés en français, interdire la discrimination à l’égard d’un employé pour la seule raison qu’il ne parle que le français ou qu’il ne connaît pas assez une autre langue, et donner aux consommateurs le droit d’être informés et servis en français.

Un comité d’experts, qui inclut l’Acadien Donald Savoie, a été chargé de se pencher sur la question, notamment pour établir les possibilités de recours et définir ce que l’on entend par une région à forte présence francophone. Leurs recommandations sont attendues le 8 mai.

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