Charles Maltais: une sentence de 13 ans pour avoir tué sa mère

Charles Maltais de Val-d’Amour au Restigouche a écopé de 13 années de prison après avoir causé la mort de sa mère, Lucille Maltais, âgée de 71 ans, en octobre 2016.

Accusé initialement de meurtre au deuxième degré, l’homme de 44 ans a reconnu sa culpabilité en décembre dernier en échange d’une accusation réduite d’homicide involontaire sur la personne de sa propre mère, ainsi qu’à une accusation d’incendie criminel. Le procès devait initialement se tenir au début de l’année devant juge et jury.

La sentence a été prononcée vendredi par le juge Fred Ferguson qui a accepté la proposition conjointe des deux parties, soit 13 ans pour l’homicide involontaire de Mme Lucille Maltais en plus d’une autre année – à être purgée de façon concomitante – pour l’incendie criminel.

Incarcéré depuis mai 2019, M. Maltais verra du coup le temps purgé être soustrait, ce qui lui vaudra un total de 10 ans et quelques semaines d’incarcération.

L’incendie en question est survenu le 22 octobre 2016 au matin au 4 rue Melanson à Val-d’Amour. À l’arrivée des pompiers, l’incendie était déjà virulent dans certaines sections de la résidence. Il a été néanmoins maîtrisé rapidement. Lorsqu’ils ont été en mesure de pénétrer à l’intérieur, les pompiers ont découvert, étendus sur un lit, le corps sévèrement brûlé d’une femme plus tard identifié comme la propriétaire des lieux, Lucille Maltais, 71 ans.

Le seul autre occupant des lieux était son fils, Charles.

Une autopsie effectuée plus tard sur le corps de la victime a toutefois conclu que la cause du décès n’était pas liée directement à l’incendie, mais plutôt à une strangulation. Dans un accès de rage, l’accusé aurait frappé sa mère à plusieurs reprises. Celle-ci serait décédée des suites de cette altercation.

Incendie volontaire

La preuve présentée en cour par la poursuite a démontré que la nuit précédant la tragédie, le fils de Mme Maltais avait consommé une grande quantité d’alcool et de stupéfiants (drogues dures).

Au matin du 22 octobre, des caméras installées chez des voisins l’ont filmé quittant la résidence familiale en direction d’Atholville. Sur son chemin, il a été intercepté par un patrouilleur de la GRC pour cause de vitesse excessive. Le policier n’ayant pas décelé d’odeur suspecte d’alcool chez l’automobiliste, il ne l’a pas arrêté.

Charles Maltais aurait ensuite continué son chemin vers une station-service (Ultramar) où une caméra le montre en train de remplir trois bidons d’essence, bidons qui seront retrouvés plus tard non loin de la scène du crime.

Une fois de retour chez sa mère, l’accusé a déclenché deux incendies à l’étage principal, dont l’un sous le lit même de sa mère alors que celle-ci y gisait, décédée.

Peu de temps après le drame, M. Maltais s’est envolé vers la Colombie-Britannique où il s’est notamment enregistré dans une clinique de désintoxication. Il a finalement été arrêté en mai 2019 à Lower Mainland (C-B).

Justice pour Lucille

Vendredi au Palais de justice de Campbellton, les témoignages des sœurs, nièces et neveux de la défunte ont été lus par les avocats de la Couronne. Une nièce de la victime, Carole Landry, est toutefois venue parler en personne des effets pervers de ce drame au sein de la famille.

«Aujourd’hui, nous obtenons enfin justice pour Lucille», a-t-elle lancé au juge, lui faisant néanmoins remarquer que personne dans la famille n’était heureux malgré tout.

Car l’horreur de cette tragédie a causé bien des souffrances et des traumatismes au niveau des proches de Mme Maltais.

«C’est difficile de dire adieu à quelqu’un, alors imaginez dans de telles circonstances. Ce fut également traumatisant pour toute la communauté, car pendant longtemps les gens ont vécu dans la crainte qu’il y ait un meurtrier en liberté parmi eux», a ajouté Mme Landry.

Pour sa part, l’avocat de M. Maltais, Me Luc Roy, a tenu à mettre le geste de son client en perspective sans toutefois tenter de l’excuser. Il a rappelé à la cour que M. Maltais était fortement intoxiqué au moment des faits, mais aussi qu’il a exprimé des remords sincères et qu’il a endossé la pleine responsabilité de son geste en reconnaissant sa culpabilité, évitant du coup un long procès. L’avocat a également souligné que depuis son incarcération, son client n’a reçu aucune visite et qu’il n’a plus de contact avec sa famille, signe que sa sentence a déjà commencé.

Quant à l’accusé, celui-ci n’a pas voulu s’adresser à la cour.

Geste cruel

Dans sa décision, le juge Ferguson a indiqué que la peine imposée cadrait avec la jurisprudence canadienne pour ce genre de crime. Cela ne l’a toutefois pas empêché d’avoir des mots très durs envers l’accusé, n’hésitant pas à dépeindre son crime d’horrible et de cruel. Condamnant d’abord avec vigueur les féminicides, en hausse un peu partout au pays, il lui a rappelé que sa sentence le suivra bien au-delà des barreaux.

«La reconnaissance de votre culpabilité est un premier pas dans la bonne direction, mais vous devrez vivre avec ce crime sur votre conscience pour le reste de votre vie. Cette femme vous a donné la vie, elle a pris soin de vous, elle vous a aimé vous et votre sœur. Sa mort sera votre sentence à vie», a indiqué le juge.