L’église Sainte-Anne-de-Ristigouche détruite dans un incendie

Véritable pièce du patrimoine de la Baie-des-Chaleurs, l’église Sainte-Anne-de-Ristigouche, située dans la Première nation de Listuguj en Gaspésie, a été la proie d’un violent incendie lundi soir.

Selon les autorités policières, le brasier aurait débuté vers 10h30.

«L’incendie semble avoir pris naissance à l’arrière du bâtiment. Dès l’arrivée des pompiers, il y avait déjà beaucoup de flammes et de fumée sur les lieux. Ça n’a pas pris beaucoup de temps avant que ça devienne hors de contrôle», explique le porte-parole de la police de Listuguj, Jesse Doiron.

En tout, une vingtaine de pompiers des brigades de Listuguj, Pointe-à-la-Croix et Campbellton ont lutté contre le sinistre.

En raison du brasier, le chemin Riverside à Listuguj a été fermé par mesure de précaution pendant de nombreuses heures. L’intensité des flammes a aussi forcé l’évacuation de quelques résidences avoisinantes. Certaines ont même dû être aspergées afin d’être préservées des nombreux tisons qui volaient dans les airs.

«Les pompiers ont essayé de sauver l’église du mieux qu’ils pouvaient, mais il n’y avait pas grand-chose à faire. Le feu s’est rapidement propagé au toit. Heureusement, on ne déplore aucun blessé», ajoute M. Doiron, soulignant que l’enquête devrait débuter au cours de la journée.

Les flammes ont par ailleurs épargné le bâtiment adjacent à l’église qui abritait les bureaux du Secrétariat Mi’gmawei Mawiomi, une branche du gouvernement Mi’gmaq de la Gaspésie. Cela dit, l’endroit aurait été lourdement endommagé par l’eau et la fumée. Le toit de l’immeuble s’est même affaissé.

On ne connaît pas encore la cause de l’incendie. Certains témoignages laissent toutefois entendre qu’il aurait pu prendre naissance dans la cuisine du presbytère. La responsable de la paroisse, qui demeurait sur place, aurait réussi à sortir à temps avant que l’incendie ne devienne hors de contrôle.

À noter que l’établissement était toujours utilisé pour la célébration de messes et autres cérémonies.

Dans les faits, le conseil de bande de la Première nation de Listuguj planchait sur un projet de remise en valeur de l’église.

Perte patrimoniale

«C’est une perte immense non seulement pour la population de Listuguj, mais pour toute celle de notre grande région. C’est très triste.»

Président de la Société historique Machault, Michel Goudreau est toujours consterné de la perte de ce qu’il qualifie d’un véritable joyau du patrimoine de la Baie-des-Chaleurs. C’est que cette église était l’une des plus anciennes de la Gaspésie.

Simple chapelle au départ, son histoire remonte vers 1771, soit une dizaine d’années après la Bataille de la Ristigouche. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette église est frappée – voire détruite – par un incendie. La version actuelle datait des années 1912-1913. Elle a été l’objet d’un incendie en 1926, mais ce dernier était de moindre importance et n’avait pas rasé l’édifice.

L’église Sainte-Anne-de-Ristigouche était beaucoup plus qu’une simple église. Pendant plusieurs années, elle a été le théâtre de grands rassemblements et même de pèlerinages, notamment pour la célébration de la fête de la Sainte-Anne.

«Dans les années 1950-1970, c’était une fête extrêmement populaire. Des gens de partout en Gaspésie et du Nord du Nouveau-Brunswick venaient assister aux cérémonies. Avant l’arrivée du pont, les traversiers ne suffisaient pas à la demande lors de cette fête», raconte M. Goudreau, rappelant l’histoire voulant que le politicien Charles Van Horne ait profité de cette congestion annuelle pour démontrer aux fonctionnaires d’Ottawa la nécessité de construire un pont entre la Gaspésie et le Nouveau-Brunswick.

Il s’agit du second bâtiment historique à crouler sous les flammes en autant d’années dans le secteur de Listuguj. En 2020, la maison Busteed – plus vieille maison de la Gaspésie – avait été incendiée par des vandales.