Un appel à aider les «assistés sociaux» à travailler davantage

Le Front commun pour la justice sociale souhaite une augmentation des aides reçues par les bénéficiaires de l’assistance sociale qui travaillent. L’organisme a contacté une vingtaine de députés. Il a notamment donné une lettre à l’élu progressiste-conservateur de Moncton-Sud, Greg Turner.

«Je ne sais pas s’il va nous écouter», a confié la coprésidente provinciale du Front commun pour la justice sociale (FCJS), Johanne Petitpas, devant le bureau du député à Moncton.

Mais après quelques minutes d’attente, M. Turner est venu à la rencontre des militants sur le trottoir. S’il ne les a pas invités à entrer dans ses locaux, c’est par respect des règles de distanciation physique, selon lui.

«Merci d’être là, a-t-il lancé en riant de la fraîcheur du début mai. Le dialogue est très important. Nous voulons travailler avec les citoyens et nous sommes très ouverts.»

L’élu a assuré à l’Acadie Nouvelle qu’il n’avait pas encore d’opinion sur les revendications du FCJS, même s’il en avait une connaissance générale.

«Je veux regarder leurs arguments», a précisé M. Turner en montrant la lettre qu’il avait reçue.

Le député a promis quoi qu’il en soit de transmettre le document rapidement au premier ministre, Blaine Higgs.

«Nous voulons être sûrs que tout le monde travaille. Nous faisons bien, mais peut-être que nous pouvons faire mieux», a-t-il admis.

M. Turner a salué à ce propos les propositions des militants du FCJS.

«Ils ne sont pas là pour critiquer, s’est-il réjoui. Ces gens, ils viennent avec des solutions. C’est très utile.»

Augmenter de faibles revenus

Le FCJS souhaite que les bénéficiaires de l’assistance sociale puissent augmenter leur revenu par l’emploi plus facilement.

«Le gouvernement décourage le monde de travailler plus d’heures, a avancé Mme Petitpas en pensant aux tracasseries administratives. Il y a toutes sortes d’explications à donner sur les heures travaillées, les vacances, etc.»

Son association demande surtout au ministère du Développement social du Nouveau-Brunswick de revoir sa façon de calculer ses aides. Elle remet en cause ce que les fonctionnaires appellent «l’exemption de salaire».

En vertu de cette règle, par exemple, un célibataire qui gagne un salaire mensuel de 600$ et qui est admissible à une assistance transitoire de 537$ par mois, n’en reçoit que 222$, pour un revenu total de 822$. Le FCJS aimerait qu’il gagne en tout 1067$.

Diminuer le nombre «d’assistés»

Le regroupement indique que le nombre de bénéficiaires de l’assistance sociale qui ont travaillé en 2020 s’élève à 1236. Il pense qu’il pourrait augmenter grâce à ses propositions.

«Pour travailler, il faut du linge et de l’essence pour le char ou de l’argent pour l’autobus, illustre Mme Petitpas. Tu ne gaspilles pas [quand tu es pauvre].»

La coprésidente du FCJS fait valoir qu’une première expérience de travail à temps partiel peut amener à un travail à temps plein et à l’indépendance financière.

Son organisme fait du lobbying à ce sujet depuis février. Il a notamment rencontré le ministre du Développement social, Bruce Fitch.
Il avance que le cabinet pourrait appliquer ses propositions sans passer par l’Assemblée législative.

Éveiller l’intérêt politique

«Nous apprécions les suggestions présentées par le Front commun pour la justice sociale, note dans un courriel un relationniste du gouvernement, Robert Duguay. Elles seront étudiées dans le cadre de la réforme globale du programme de l’aide au revenu entreprise par le ministère du Développement social.»

Il annonce la soumission d’une proposition pour l’année à venir.

«Le gouvernement actuel veut que plus d’assistés sociaux trouvent de l’emploi», a remarqué le FCJS.

Blaine Higgs s’est par exemple déjà exprimé en défaveur des programmes d’assurance-emploi du gouvernement fédéral. Il les a jugés trop faciles d’accès et responsables de pénuries de main-d’œuvre dans la province.

Cependant, le FCJS montre qu’à court terme le gouvernement provincial récupérerait moins d’argent en mettant en place sa mesure.

«Il est important de souligner que le ministère n’est pas là pour faire de l’argent sur le dos des bénéficiaires d’assistance sociale», note-t-il dans sa lettre.

Du côté de l’opposition, le député Roger Melanson s’est déclaré d’accord «en principe» avec les revendications de l’association.

«Il ne faut pas que les gens qui sont sur l’assistance sociale et qui veulent intégrer le marché du travail soient punis ou désavantagés financièrement, pendant une période transitoire», a précisé le chef intérimaire du Parti libéral du Nouveau-Brunswick.

Avant de s’avancer plus, l’élu de Dieppe a toutefois indiqué vouloir discuter avec le FCJS