COVID-19: une candidate soulève des inquiétudes sur l’intégrité de processus électoral

Une candidate aux élections municipales de la Ville de Moncton craint que les mesures électorales spéciales mises en place par Élections NB pour répondre à la pandémie de COVID-19 représentent une menace à la tenue d’un scrutin démocratique.

Bien que la majorité des Néo-Brunswickois soient appelés aux urnes lundi prochain, ils devront patienter jusqu’au 25 mai avant de connaître les résultats des élections municipales, date à laquelle les citoyens de la région d’Edmundston voteront à leur tour.

En raison de cette situation particulière engendrée par la pandémie, Élections NB a décidé que l’ensemble des votes enregistrés lors des élections du 10 mai seront compilés à la suite du scrutin dans le Nord-Ouest, soit 15 jours plus tard.

Les urnes seront entreposées à Fredericton dans un édifice sécurisé jusqu’au jour du dépouillement et une webdiffusion a été prévue afin d’en assurer la transparence.

Hafsah Mohammad, qui brigue un poste de conseillère générale à la mairie de Moncton, est catégorique. Ces mesures représentent une menace à l’intégrité démocratique des municipales.

Ne pas dépouiller les urnes le jour même du scrutin — et transporter celles-ci dans un endroit centralisé à Fredericton — augmente les risques de fraude électorale, avance-t-elle.

«Normalement, on procède rapidement au comptage des votes après la fermeture des bureaux de scrutin devant de nombreux témoins, note Mme Mohammad. La fonction d’Élections NB est de s’assurer que le processus électoral est véritablement démocratique, mais les décisions prises cette fois ont pour effet de supprimer des garde-fous qui nous garantissent habituellement des élections démocratiques.»

Duff Conacher, cofondateur de l’organisme Democracy Watch, partage son avis.

«Compter les votes deux semaines après l’élection, c’est très problématique, a-t-il dit à l’Acadie Nouvelle. Chaque minute qui passe quand des votes sont laissés dans des urnes après la fermeture d’un bureau de scrutin augmente les risques de fraude électorale.»

Même si elle dit comprendre que la situation sanitaire dans la région d’Edmundston exigeait des mesures spéciales, Hafsah Mohammad juge que les autorités électorales auraient pu faire preuve d’un peu plus d’imagination.

Les électeurs habitant le Nord-Ouest inscrits sur la liste électorale d’une autre municipalité auraient très bien pu voter à distance avant le 10 mai afin que leur vote soit comptabilisé le jour même du scrutin. L’élection dans le Madawaska aurait ainsi pu se dérouler deux semaines plus tard.

Un processus sécuritaire

Invité à commenter les inquiétudes d’Hafsah Mohammad, Élections NB a affirmé que des «processus vérifiables et transparents seront utilisés pour entreposer en toute sécurité les résultats» et que plusieurs précautions ont été prises afin de s’assurer que la communication des résultats soit sécuritaire et transparente.

«Le concept de dépouillement et de communication des résultats électoraux centralisés n’est pas une nouvelle pratique au Canada ni dans d’autres juridictions, a écrit dans un courriel Paul Harpelle, directeur des communications d’Élections NB. Il a été utilisé lors de récentes élections administrées en Colombie-Britannique, en Saskatchewan, à St. John’s (Terre-Neuve), ainsi que par Élections Canada.»

Les scrutateurs auront l’occasion de surveiller le dépouillement des votes lors de la webdiffusion qui sera organisée à la suite du scrutin dans le Nord-Ouest, le 25 mai, ce qui leur permettra de «voir à peu près ce qu’ils verraient dans un bureau de vote le soir des élections», ajoute M. Harpelle, précisant qu’il aurait été impossible d’assurer la présence de l’ensemble des scrutateurs lors du dépouillement en raison des mesures sanitaires en place.

«Il y a plus de 1000 candidats en lice pour ces élections et il serait impossible d’accueillir autant de scrutateurs, explique-t-il. La diffusion en direct permet donc à chacun d’y avoir accès.»

Une réponse qui est loin de satisfaire Hafsah Mohammad.

«Même si les scrutateurs surveillent la webdiffusion, ils ne sont pas sur place, comment vont-ils vérifier les listes et s’assurer que les bulletins ne sont pas trafiqués? Une webdiffusion ne peut pas remplacer des témoins visuels», lance-t-elle.

Mme Mohammad, qui est aussi militante avec Grassroots NB, demande à Élections NB de revenir sur sa décision de transporter les urnes à Fredericton et de plutôt les confier aux directeurs des bureaux de scrutin jusqu’au dépouillement, devant des scrutateurs, le 25 mai.

«Si Élections NB n’est pas en mesure de se rendre compte qu’il s’agit d’importantes entorses aux mesures destinées à protéger le processus démocratique, c’est très inquiétant», analyse la candidate, qui dit avoir partagé ses préoccupations avec la directrice générale des élections, Kim Poffenroth, sans être convaincue par les réponses offertes.