Pénurie d’infirmières: «Des relais de 24h, ce n’est pas humain»

Les infirmières tiennent depuis trop longtemps le système de santé à bout de bras. Marcia Richard est du nombre. Elle s’inquiète de voir certaines de ses collègues poussées au point de rupture.

Employée par le Réseau de santé Vitalité, Maria Richard est une infirmière en santé publique basée à Moncton. Vice-présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick, elle s’alarme des quarts de travail interminables et de la pression grandissante à laquelle est soumise sa profession.

En 2020, les membres œuvrant au sein des deux réseaux de santé ont accumulé près de 353 000 heures supplémentaires.

«Le manque de personnel, ça fait deux à trois ans qu’on le vit au quotidien. La pandémie a ouvert la plaie encore plus. Les infirmières étaient déjà épuisées, elles sont rendues frustrées.»

La syndicaliste insiste sur l’urgence de trouver des solutions avant que la situation ne s’aggrave.

«Ça va finir par éclater, lance-t-elle. Nos infirmières nous disent qu’elles ont dû faire des relais de 24h. Ce n’est pas humain. Le camionneur, le pilote d’avion n’ont pas le choix de s’arrêter au bout d’un moment. Nous, on a un code d’éthique professionnel, on n’a pas le droit d’abandonner notre patient. Si personne ne peut me remplacer après mon quart, je n’ai pas le choix de rester.»

Or, les conditions de travail difficiles se répercutent parfois sur la qualité des soins.

«Lorsqu’on est fatiguée, épuisée, stressée, on a plus de chance de faire des erreurs. Lorsqu’une infirmière fait une erreur, ça peut être dangereux pour le patient», alerte Maria Richard.

L’infirmière en santé publique estime que les autorités sanitaires n’auront pas d’autre choix que de regrouper certains services.

«À court terme, le gouvernement et les réseaux de santé pourraient avoir à envisager de fusionner les services lorsque cela est possible», dit-elle.

«Les deux régies sont rendues là. Il faut que les décideurs s’assoient à la même table et qu’on arrête de travailler en silo.»

Cela, croit-elle, pourrait limiter le nombre croissant de demandes d’invalidité de longue durée et les congés de maladie liés à l’épuisement professionnel.

L’infirmière en santé publique reconnaît que la régie francophone fait face à la concurrence du Réseau de santé Horizon en matière de recrutement. Selon elle, l’actuel engorgement des services d’urgence est toutefois la conséquence de problèmes non réglés depuis plusieurs années.

«Si je veux rester dans la région de Moncton et que je suis bilingue, je ne suis pas obligée d’aller au CHU Dumont. Quand on jase avec les nouvelles infirmières, on leur dit que ça ne fait pas de différence de regarder les conditions de travail, l’atmosphère de travail avant de décider où aller travailler.»

Elle constate d’ailleurs que le manque d’infirmières n’est pas aussi criant au Moncton Hospital.

«Ils n’ont pas la même problématique. Ça devrait dire quelque chose aux gestionnaires de Vitalité», souligne Mme Richard.

À ses yeux, la question des salaires doit être examinée pour endiguer la fuite des diplômé(e)s vers d’autres provinces. Préserver les conditions de travail sera également essentiel pour ne pas décourager les futures recrues.

Son syndicat a récemment demandé une réunion d’urgence avec le premier ministre et la ministre de la Santé. Selon l’organisation, 41% des infirmières atteindront l’âge de la retraite au cours des cinq prochaines années.