Les vannes du pont-jetée entre Moncton et Riverview ont été fermées de manière permanente, mardi, mettant en quelque sorte fin à plus de 50 ans de lutte pour la restauration de la rivière Petitcodiac.

Il s’agit de l’une des dernières étapes du projet visant à remplacer le pont-jetée de la rivière Petitcodiac par un nouveau pont partiel reliant Riverview et Moncton.

Cette ultime fermeture des vannes avait pour objectif de rétablir et rediriger l’écoulement de la rivière Petitcodiac sous le nouveau pont, qui devrait ouvrir l’automne prochain, un projet qui aura coûté plus de 61 millions $.

Alors que la partie supérieure du pont-jetée sera démantelée, les vannes et sa structure en béton seront bientôt recouvertes de roches et serviront à bâtir une partie des voies d’accès au nouveau pont.

«La Petitcodiac était autrefois l’une des rivières les plus menacées au Canada. Aujourd’hui, nous sommes dans l’un des plus grands projets de restauration de rivière. C’est toute une transformation, c’est fabuleux», se réjouit Ronald Babin, l’un des membres fondateurs des Sentinelles Petitcodiac, un groupe fondé en 1999 afin de lutter pour la restauration de la rivière.

50 ans de lutte

Dès sa construction en 1968, le pont-jetée – communément appelé le causeway dans la région de Moncton – a fait l’objet de critiques en raison du préjudice qu’il a causé à rivière Petitcodiac en l’empêchant de couler librement.

«Dès le début, dans les années 1960, le pont-jetée a été dénoncé et toutes sortes d’initiatives ont été organisées pour s’y opposer au cours des décennies suivantes, mais celles-ci n’ont jamais abouties», se souvient Ronald Babin, qui est aujourd’hui président du conseil d’administration des Sentinelles.

D’après lui, c’est toutefois la mise sur pied des Sentinelles, il y a 22 ans, qui a permis de rallier Acadiens, anglophones et Premières Nations à la sauvegarde de la rivière grâce à «l’importance historique et culturelle» de celle-ci pour chacune de ces communautés.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Sentinelles demandent à ce que le nouveau pont qui remplacera le causeway porte le nom de Pont Petitgotiag, un hommage au travail mené par ces trois communautés afin de restaurer la rivière.

«Il y a eu plusieurs jalons importants pour la restauration de la Petitcodiac, mais je dirais que 2021 marque un important point dans l’histoire de cette lutte», note pour sa part Michel Desjardins, qui a lui aussi été président des Sentinelles pendant plusieurs années.

Des leçons pour les militants

Pour Ronald Babin, cette saga d’un demi-siècle illustre bien à quel point les groupes militants doivent parfois s’armer de patience.

«Il faut y croire et y tenir, mais il faut surtout avoir de bons arguments et une bonne communication pour arriver à ses fins», analyse M. Babin, précisant que les Sentinelles n’ont pas hésité à faire appel aux tribunaux afin de remporter leur lutte.

Malgré l’appui populaire que se sont construit les Sentinelles au fil des années, Michel Desjardins constate que le projet de restauration de la Petitcodiac a longtemps été source de division entre les communautés de la grande région de Moncton.

Aujourd’hui, alors que la rivière a repris une partie de sa vigueur à la suite de l’ouverture permanente des vannes du pont jeté en 2010, il note toutefois qu’il s’agit d’un projet rassembleur.

«Depuis une dizaine d’années, il y a eu une belle réconciliation autour de la rivière, dit M. Desjardins. La Ville de Riverview, où il y a eu beaucoup de résistance au projet, a été parmi les premières à saisir les occasions présentées par la restauration de la rivière, notamment en installant des panneaux d’interprétation le long de ses berges.»

La restauration de la Petitcodiac va permettre d’élargir la rivière et de rétablir son chenal. La région gagnera ainsi «un peu de temps afin de trouver des solutions à la montée des eaux causée par les changements climatiques», de mentionner Ronald Babin.

Une rivière restaurée et plus propre

L’année 2021 est aussi importante pour la Petitcodiac puisque la qualité de son eau sera grandement améliorée grâce à la mise à niveau de centre d’épuration des eaux usées du Grand Moncton, une autre mesure essentielle à la restauration de la rivière.

«Le centre d’épuration a maintenant un bioréacteur qui traite les eaux usées de manière beaucoup plus efficace», explique M. Desjardins, qui est aujourd’hui président de TransAqua, la Commission des eaux usées du Grand Moncton.

Grâce à ce bioréacteur, installé en décembre, «la vaste majorité des solides qui se retrouvent dans les eaux usées sont consommés par des bactéries.» Cet été, un système de traitement aux rayons ultraviolets sera aussi mis en service afin d’éliminer un certain nombre de produits résiduels, notamment des bactéries comme E. coli.

«Ces systèmes vont nous permettre de dépasser les normes fédérales en matière de qualité des effluents, ce qui va améliorer l’environnement du bassin versant et toute la vie aquatique qui s’y trouve», se réjouit M. Desjardins.

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