La rareté de la main-d’œuvre constitue un enjeu de taille au N.-B.

Le vieillissement de la population, l’exode des jeunes et un faible taux d’immigration figurent parmi les facteurs ayant contribué à la pénurie de la main-d’œuvre au Nouveau-Brunswick depuis de nombreuses années.

Depuis quelques mois, les mesures d’aide financière mises en place par le gouvernement fédéral pour atténuer l’impact de la pandémie de la COVID-19 semblent aussi poser des défis à plusieurs petits employeurs de la province.

Le manque d’employés préoccupe plusieurs organismes qui ont pour mandat de représenter les intérêts des petites et moyennes entreprises, dont la Chambre de commerce et du tourisme du Grand Caraquet.

Selon Rebecca Preston, directrice générale de l’organisme, la rareté de la main-d’œuvre est un enjeu de taille auquel font face les entreprises de la région du Grand Caraquet, tous secteurs d’activités et barèmes salariaux confondus.

«Ce n’est pas nouveau pour eux, mais c’est évidemment une situation qui s’amplifie d’année en année, et qui est exacerbée depuis le début de la pandémie. Certains affirment ne pouvoir combler tous leurs quarts de travail, au point de devoir carrément en annuler. Ceci cause des fermetures temporaires, des retards de projets, des pertes de revenus et des inefficacités pour ces entreprises», explique-t-elle.

Plusieurs facteurs sont à l’origine de la situation, comme le vieillissement de la population, l’exode des jeunes, la diminution du nombre de travailleurs actifs. Plus récemment, des employeurs ont l’impression d’être en compétition avec les programmes d’aide gouvernementaux, comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui a depuis été remplacée par un programme d’assurance-emploi avec des critères assouplis.

«Nous sommes conscients de l’importance de ces programmes sociaux dans la communauté et qu’ils viennent en aide aux gens dans le besoin. Par contre, plus le problème s’intensifie, plus on entend de nos membres qu’ils se sentent incapables d’en parler publiquement par crainte d’être étiquetés comme insensibles aux travailleurs et de représailles. On entend aussi que certains d’entre eux se posent sérieusement la question, ‘‘Où ces gens vont-ils aller travailler quand les programmes seront épuisés et que les entreprises auront dû fermer?’’», explique Mme Preston.

Gaëtan Thomas, directeur général du Conseil économique du Nouveau-Brunswick, a aussi entendu des préoccupations similaires de la part de ses membres.

«Il a des soucis à propos des programmes, comme la PCU. Certains entrepreneurs m’ont dit, au plus fort de la pandémie, que des gens auraient préféré rester à la maison plutôt que de retourner au travail par crainte de la COVID-19. Ça se comprend. Il faut se rappeler par contre que les mesures sont temporaires et on ne croit pas que l’impact sera à long terme», exprime M. Thomas.

Solutions

Plusieurs pistes de solution existent, croit Rebecca Preston. Par exemple, les entreprises doivent adapter leurs plans d’attraction et de rétention des employés aux exigences de la main-d’œuvre d’aujourd’hui, en offrant de la flexibilité, de la formation et des occasions d’épanouissement personnel et professionnel.

Il faut aussi privilégier les investissements en technologie et une bonne communication de ses besoins auprès d’organismes locaux et provinciaux qui tentent de représenter leurs besoins.

Cela peut passer par une collaboration avec des établissements postsecondaires ou avec les différents paliers gouvernementaux qui ont le pouvoir de mettre en place différents incitatifs.

«Nous devons aussi travailler sur le rapatriement de nos jeunes, la rétention de nos étudiants et l’attraction de gens de l’extérieur.»
Gaëtan Thomas insiste aussi sur l’importance de l’immigration au Nouveau-Brunswick, plus particulièrement dans les régions rurales et éloignées des trois centres principaux urbains: Moncton, Fredericton et Saint-Jean.

Par contre, pour que ces efforts apportent de véritables récompenses, les régions doivent aborder l’immigration comme un problème à multiples facettes. Autrement dit, on ne peut pas simplement se contenter d’attirer de nouveaux arrivants en région. Il faut aussi s’assurer d’aborder d’autres questions, comme l’accueil, l’accès à des logements abordables et à du transport fiable.

«Il faut que toute la région travaille ensemble. Un nouvel arrivant ne peut pas avoir accès à un prêt d’une banque, car ils ne sont pas encore des résidents permanents. Le simple fait de se rendre au travail peut représenter un défi. Des entreprises ont fait des efforts en cette matière et elles offrent du transport à leurs employés. Ce n’est pas évident de venir en région quand on n’a pas de voiture et c’est l’une des raisons pour lesquelles les villes sont avantagées.»

L’effort pourrait en valoir la chandelle. Selon Gaëtan Thomas, la reprise et la croissance de l’économie vont nécessiter l’arrivée de 10 000 nouveaux résidents dans la province par année jusqu’en 2026, ce qui correspond aux objectifs fixés par le gouvernement provincial.

«Si on amène 10 000 immigrants au Nouveau-Brunswick par année jusqu’en 2026, le PIB de l’économie provinciale pourrait connaître une augmentation de 1,7 milliard $. La clé du succès sera de pouvoir répartir cette immigration partout dans la province pour combler les besoins en région.»