Un propriétaire de Moncton tente d’augmenter leur loyer de 2000$

Surprise, colère, soulagement. Josh Murphy et Nikki Fournier sont passés par toutes les émotions au cours des deux derniers jours. Le propriétaire de leur appartement a voulu augmenter leur loyer de 205%, avant de se raviser face à une avalanche de protestations.

L’avis d’ajustement de loyer a été un choc pour Josh Murphy et Nikki Fourniers, parents d’un garçon de huit mois et locataire d’un appartement de deux chambres au 170 avenue Joyce. Le document signé à la date du 15 mai par le propriétaire de l’immeuble, Serge Babin, leur annonce une hausse invraisemblable.

«Cet avis vous informe qu’au 1er septembre 2021, le loyer mensuel de l’unité que vous occupez actuellement augmentera de 2000$ pour atteindre 2975$ par mois.»

Dans sa lettre, l’auteur justifie la décision par les hausses des coûts d’assurance, de la taxe foncière, de la taxe d’eau et égouts, des frais de déneigement et de ramassage des déchets.

«C’est un comportement criminel, mais légal», peste Josh Murphy.

Selon le couple le propriétaire aurait évoqué la présence de leur bébé au moment de leur présenter l’avis. «Il nous a dit que nous n’étions pas à notre place ici et que l’immeuble n’héberge pas les enfants», affirme le père de famille.

Estomaqué, furieux, ce dernier s’est de suite tourné vers les réseaux sociaux pour faire connaître sa situation et a pris contact avec plusieurs journalistes. Très vite, son message s’est répandu comme une traînée de poudre, suscitant des milliers de partages et de réactions outrées.

Il faut rappeler ici que l’âge et la situation familiale sont des motifs de discrimination en vertu de la Loi sur les droits de la personne. «La Loi interdit toute discrimination par des fournisseurs de logement. Ils ne peuvent refuser de louer ou de vendre une propriété à des personnes parce qu’elles accompagnées de leurs enfants ou d’un membre de leur famille qui est sous leur garde», précise la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick sur son site internet.

Le couple rapporte également avoir reçu une menace d’éviction après s’être plaint du service de déneigement. Il a déposé d’autres plaintes depuis après qu’un véhicule ait fréquemment occupé leur place de stationnement.

«J’ai demandé à plusieurs locataires, personne d’autre n’est concerné par la hausse», assure Josh Murphy. «Nous n’avons jamais manqué ou été en retard pour un seul paiement de loyer au cours des deux années et demie où nous avons vécu ici. Nous n’avons jamais reçu de plaintes.»

Débordé par les messages de soutien, le locataire finalement a eu droit à une bonne surprise lundi après-midi: un appel du propriétaire lui assurant qu’il revenait sur sa décision.

«La seule chose qu’il m’a demandé, c’est d’arrêter de faire de sa vie un enfer en m’adressant aux médias», s’amuse le jeune homme.

Josh Murphy ne compte pas pour autant s’arrêter là, il souhaite créer un regroupement de locataires pour organiser la riposte en cas d’abus. «Cela empêcherait un propriétaire de faire cela à une seule personne alors que tout le monde peut déclencher une grève des loyers. C’est soit qu’il perd un locataire, soit il les perd tous, lance-t-il. Si le gouvernement ne veut pas nous aider, nous devons nous entraider!»

De son côté, Serge Babin refuse tout commentaire.

Dans la province, les locataires ne bénéficient d’à peu près aucune protection contre les augmentations de loyer excessives et les évictions.

Au cours des derniers mois, les cas de hausses de loyer abusives se sont multipliés à Moncton.

Le gouvernement provincial a présenté plus tôt ce mois-ci le résultat d’un examen de la situation du logement locatif.

Le rapport recommande de mieux encadrer les hausses de loyer au Nouveau-Brunswick, notamment en limitant leur fréquence à une fois par année. Mais il ne propose pas la mise en place d’un système de contrôle des loyers comme le réclamait notamment la Coalition pour les droits des locataires du N.-B. Le gouvernement poursuit son étude du dossier, mais le premier ministre s’est déjà montré réticent à l’idée d’imposer un plafonnement.