Selon le premier ministre Blaine Higgs, le gouvernement doit se pencher sur les facteurs qui empêchent le Nouveau-Brunswick d’attirer et de garder des infirmières, et il croit que la capacité de s’exprimer dans les deux langues officielles pourrait être l’un de ces obstacles.

Le premier ministre a évoqué cette idée lors de la période de questions à l’Assemblée législative.

Le chef de l’opposition officielle, Roger Melanson, a interrogé Blaine Higgs au sujet de mesures de recrutement agressives utilisées par d’autres provinces, telles que l’Île-du-Prince-Édouard et le Québec, pour recruter des infirmières.

Le premier ministre a répondu que le Nouveau-Brunswick a des «barrières» à l’embauche qui n’existent pas dans d’autres provinces.

«Peut-être qu’il est maintenant le temps de regarder notre système de santé en entier et de voir quelles barrières empêchent les gens de rester, de vivre et de travailler ici au N.-B, dans tous les cas, et ça inclut la capacité de parler les deux langues officielles. (…) Avons-nous besoin de former (les gens) sur la langue après qu’ils sont diplômés et qu’ils peuvent travailler afin de garder les gens ici?»

Des infirmières unilingues anglophones sont déjà employées au Nouveau-Brunswick. Plusieurs postes d’infirmières disponibles au sein du Réseau de santé Horizon n’affichent que l’anglais comme langue essentielle.

Le premier ministre a quelque peu approfondi sa pensée plus tard, en mêlée de presse.

Il estime que la question de la langue pourrait représenter un obstacle qui n’est pas présent dans les autres provinces quant à l’embauche de travailleurs au N.-B., même s’il ne croit pas qu’il s’agit de l’obstacle principal.

À son avis, le gouvernement doit se pencher sur la question et examiner les taux de rétention des infirmières nouvellement diplômées au N.-B. pour identifier ces obstacles.

Il affirme aussi que le gouvernement a l’intention de respecter ses obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles.

Lors de la période de questions, le chef de l’opposition officielle a aussi interrogé le premier ministre à savoir si la Loi sur les langues officielles serait respectée si le gouvernement cherche à fusionner des services de santé entre les réseaux de santé, tel que le premier ministre l’a suggéré la semaine dernière.

«Les réalités de notre province sont mises de côté pour (faire de ceci) un enjeu de langue. Ce n’est pas un enjeu linguistique, c’est un enjeu de santé», a rétorqué le premier ministre.

Il a aussi affirmé que le Nouveau-Brunswick se met des bâtons dans les roues en «se faisant compétition» en matière de ressources.

Selon lui, le Nouveau-Brunswick doit pouvoir offrir «les meilleurs soins de santé au pays», que ce soit «dans un hôpital anglais ou dans un hôpital français».

Au Nouveau-Brunswick, les deux réseaux de santé Vitalité et Horizon ont la responsabilité de servir les patients dans la langue officielle de leur choix.

Kris Austin, chef du People’s Alliance, a réagi favorablement à la suggestion du premier ministre d’embaucher davantage de travailleurs unilingues, quitte à leur apprendre le français par la suite.

«La province doit faire ce qui est raisonnable et nécessaire pour offrir des services dans les deux langues officielles dans toutes les institutions gouvernementales, y compris les hôpitaux. Mais il y a aussi une réalité sur le terrain, il n’y a pas suffisamment d’infirmières tout court, encore moins d’infirmières bilingues. Je pense que cela va de soi, tu embauches en fonction de la compétence dans la profession en premier, et tu travailles sur la langue ensuite.»

Et le salaire?

Le chef intérimaire du Parti libéral, Roger Melanson, estime que le premier ministre écarte d’autres questions plus importantes en parlant d’enjeux linguistiques.

«Ce n’est pas un enjeu de compétition, le problème est que le gouvernement provincial ne veut pas investir suffisamment dans la rétention et le recrutement de ressources humaines dans les différentes professions de santé», croit le chef de l’opposition officielle Roger Melanson.

Kevin Arseneau, député vert de Kent-Nord, croit que le premier ministre tente de créer de la confusion sur l’enjeu de la main-d’œuvre en santé. Les réseaux de santé ne se font «absolument pas» compétition, selon lui.

«On a un problème généralisé de main-d’œuvre au N.-B. et on refuse de voir les vrais problèmes. On tente encore une fois de blâmer le fait qu’il y a deux régies de santé et (de blâmer) le bilinguisme. On a un problème généralisé de recrutement, nos salaires sont bas, nos conditions de travail sont pourries», déplore Kevin Arseneau, député vert de Kent-Nord.

Blaine Higgs a affirmé mardi que la question des salaires «pourrait être l’une des raisons» pour lesquelles le N.-B. a de la difficulté à attirer des infirmières, mais qu’il y a d’autres obstacles qui sont uniques à sa province.

La semaine dernière, le premier ministre a aussi identifié les conditions de travail des infirmières comme un aspect à améliorer.

Selon des chiffres compilés par la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers en 2020, les salaires d’infirmières immatriculées au N.-B. sont les plus bas au Canada à l’exception de ceux de certaines infirmières au Québec.

Le salaire annuel d’une infirmière immatriculée au bas de l’échelle salariale au N.-B. est de 63 700$, alors que cette infirmière toucherait 68 700$ en Nouvelle-Écosse et 66 900$ à l’Île-du-Prince-Édouard.

Pénurie d’infirmières: des recommandations d’ici la fin mai

La ministre de la Santé Dorothy Shephard aura en main des recommandations pour améliorer le sort des infirmières de Moncton d’ici la fin du mois, selon un énoncé de la ministre envoyé à l’Acadie Nouvelle mardi soir.

La pénurie d’infirmières se fait particulièrement sentir au Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont ces derniers temps.

La fin de semaine du 7 et 8 mai, des ambulances ont dû être déroutées vers le Moncton Hospital du réseau Horizon en raison du manque de main-d’œuvre.

Des médecins ont également dû effectuer des tâches habituellement réservées aux infirmières.

La ministre de la Santé, Dorothy Shephard, a rencontré des représentants du Syndicat des infirmières du N.-B., des deux réseaux de santé et d’Ambulance NB et l’Extra-Mural mardi afin de discuter de pistes de solutions.

La semaine dernière, la ministre a affirmé que la question de fusionner des services entre les deux réseaux de santé serait abordée lors de cette réunion.

Elle affirme par courriel que d’autres réunions sont prévues.

«Le CHU Dumont et le Moncton Hospital sont deux des plus grands hôpitaux de notre province. Ils fournissent des soins exemplaires aux Néo-Brunswickois. Nous pouvons certainement trouver des moyens pour qu’ils puissent travailler ensemble et se soutenir encore plus qu’ils ne le font déjà. Et c’est à Moncton, de toutes les villes de cette province, où nous pouvons trouver une façon de faire qui respecte les droits linguistiques des patients et de nos employés. Rien de moins n’est acceptable.»

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