Blaine Higgs lance un défi au Dr Ngola 

Tout en refusant de s’excuser auprès du docteur Jean-Robert Ngola, le premier ministre Blaine Higgs le met au défi de renoncer à son droit à la vie privée. Il affirme que cela lui permettrait de révéler des informations dont il dispose sur le médecin.

Si le Dr Ngola lui promet qu’il ne le poursuivra pas pour enfreinte à la vie privée, Blaine Higgs s’engage à «révéler toute l’information» dont il dispose au sujet de cette affaire afin de «mettre fin à la discussion».

M. Higgs ne s’est pas excusé envers le docteur Jean-Robert Ngola malgré l’ultimatum lancé par les avocats du médecin du Restigouche vivant désormais au Québec. Ils ont demandé des excuses publiques dans les sept jours suivant l’abandon des procédures.

Le médecin était accusé d’avoir enfreint la Loi sur les mesures d’urgence en ayant omis de s’isoler à son retour d’un voyage au Québec. La Couronne a toutefois conclu vendredi que la probabilité d’une condamnation était trop mince pour justifier la tenue d’un procès.

M. Ngola a été pointé du doigt comme cause de l’éclosion du Restigouche en mai et juin 2020, peu après que le premier ministre Blaine Higgs a mentionné, lors d’un point de presse, qu’un travailleur de la santé «irresponsable» ne s’était pas isolé à son retour au N.-B., sans toutefois nommer le docteur.

«Nous étions impatients d’appeler le premier ministre à la barre des témoins», écrivent par courriel Joel Étienne et Christian Michaud, les avocats du médecin.

Ils disent avoir fait face à de l’obstruction quant à l’obtention de preuve de la part du Bureau du premier ministre et de la Sécurité publique du N.-B.

«Le peu de documents que nous avons pu obtenir était choquant (…) Nous étions même sur le point de déposer une demande d’abus de procédure devant les tribunaux.»

Lorsqu’un journaliste lui a demandé à répétition s’il existe de l’information qui n’a pas été divulguée à la défense, Blaine Higgs a répondu que l’information n’a jamais été partagée publiquement.

Le premier ministre Higgs n’a pas voulu préciser la nature de ce qu’il veut révéler, sinon qu’il s’agit d’informations dont il disposait au début de toute cette affaire.

«Je n’ai jamais révélé le nom de quiconque dans tout ceci. C’est un exemple d’une situation qui était réelle et qui a eu des répercussions. Mais si on me donne l’autorisation de le faire, tout le monde saura ce que je sais», a dit Blaine Higgs en mêlée de presse.

Il a aussi écarté l’idée de divulguer ces informations en chambre, ce qui pourrait le protéger d’éventuelles poursuites en raison du privilège parlementaire.

«Je ne m’inquiète pas du risque. Je n’essaie pas de me cacher derrière le processus législatif.»

Les avocats du Dr Ngola sont d’avis que cette sortie publique de Higgs contredit l’affirmation des avocats du gouvernement qu’ils n’avaient aucun document, communication ou preuve du Cabinet du premier ministre en lien avec l’affaire Ngola.

«Si M. Higgs a d’autres preuves, rien ne l’empêche de nous les envoyer à nous, les avocats du Dr Jean-Robert Ngola. De cette façon, Dr Ngola n’aura pas à renoncer à son droit à la vie privée comme le demande M. Higgs.»

De l’ingérence, croit un député

Le député libéral Rob McKee croit que le premier ministre s’est ingéré dans le processus judiciaire.

«Ça veut dire qu’il est en possession d’information privée que seul le bureau du procureur devrait avoir en ce qui concerne la poursuite publique contre le docteur. Pourquoi est-ce que le premier ministre est en possession de ces informations?»

M. McKee croit que Blaine Higgs doit s’excuser.

Le jour de l’abandon des procédures, le procureur Me Sébastien Michaud a annoncé que de nouveaux éléments de preuve fournis par la défense avaient réduit la probabilité d’obtenir une condamnation.

Ces preuves n’ont pas été rendues publiques en cour, mais il s’agirait d’une correspondance entre un haut fonctionnaire du gouvernement Higgs et l’un des policiers responsables de l’enquête. Cet échange porte à croire qu’il y aurait eu apparence d’ingérence politique dans cette affaire, d’après la défense.

Le chef du Parti vert, David Coon, estime que le premier ministre ferait mieux de laisser les choses où elles sont.

«L’affaire judiciaire est tombée à l’eau, point final. Le premier ministre doit cesser son obsession avec le Dr Ngola.»