Fermetures par temps chauds: la plupart des écoles privées de climatisation

La majorité des écoles néo-brunswickoises n’a pas été construite de façon à fonctionner durant l’été. Le problème, c’est qu’il faut chaud de plus en plus tôt et de plus en plus tard.

Durant la période hivernale, les fermetures d’écoles sont envisagées lorsque le mercure frôle les -40, donc un froid considéré comme étant extrême. Cela dit, il n’existait pas, jusqu’à tout récemment, de lignes directrices en matière de fermeture préventive reliée à la chaleur extrême.

Le ministère de l’Éducation a toutefois établi un point de référence à ce chapitre, soit lorsque le mercure avoisine 40 degrés avec l’indice humidex.

Dans les deux cas toutefois, la marque demeure suggestive et le soin de déterminer la fermeture revient aux districts en collaboration avec les établissements. Comme pour la fermeture l’hiver, cette décision est prise afin de ne pas mettre à risque la santé des élèves et s’assurer de leur bien-être.

Fermer les écoles par beau temps, Marc Pelletier, directeur général du DSF-NE, n’avait encore jamais vécu cela en 28 ans de carrière.

«On est habitué à des fermetures d’écoles pour cause de froid. On a déjà eu aussi des journées chaudes par le passé, mais c’est la première fois que je dois composer avec une fermeture pour cause de chaleur extrême. Cela dit, je suis conscient que ça risque maintenant d’arriver davantage, surtout avec les changements climatiques», estime-t-il.

Mardi, le district a pris la décision d’ouvrir ses établissements, et ce, même si le mercure était pratiquement similaire à celui de la veille. Dans certaines écoles plus près de la mer, ouvrir les fenêtres a suffi à refroidir les lieux. Ailleurs toutefois, avec l’accumulation de chaleur de la journée précédente, la chaleur demeurait accablante.

«Il a fait chaud dans certaines écoles, on en est conscient», dit le directeur général.

Le problème c’est que toutes les écoles – la très grande majorité en fait – n’ont pas de système de climatisation. La raison? Elles n’ont pas été conçues originalement pour une utilisation estivale. La climatisation est donc un luxe que peu ont eu la chance d’obtenir.

Dans les faits, seulement cinq écoles du DSF-NE sur un total de 34 possèdent une climatisation. Il s’agit des écoles Terre des jeunes de Paquetville, L’Étincelle de Sainte-Marie–Saint-Raphaël, Marguerite Bourgeoys de Caraquet, Aux quatre vents de Dalhousie, et La Mosaïque du Nord de Balmoral.

Dans ce dernier cas, l’école a été construite en 2011 et possède un système géothermique pour régulariser sa température. Toutefois, seul le système de chaleur a été utilisé depuis son ouverture.

«On a été pris au dépourvu lundi, car il aurait fallu renverser le système et on ne l’a jamais tenté auparavant. On n’a pas voulu courir de chance, on a préféré attendre pour procéder à des tests afin de vérifier la performance du système», souligne M. Pelletier.

Le DSF-NE n’est pas le seul à avoir un problème avec la climatisation. Dans le Sud-Est de la province (DSF-Sud), seulement les écoles Sainte-Anne de Fredericton, le Carrefour Beausoleil de Miramichi, l’école Régionale de Baie Sainte-Anne et l’école Samuel-de-Champlain de Saint-Jean ont pu proposer de la climatisation à leurs élèves lundi. Dans l’ouest (DSF-Nord-Ouest), aucun établissement n’aurait la climatisation.

Même les neuves

Difficile d’expliquer pourquoi la climatisation a été incluse dans les devis de certaines écoles et non pour d’autres. Mais il est encore plus difficile d’expliquer pourquoi – avec ce que l’on sait depuis plusieurs années sur les changements climatiques – les récents gouvernements n’ont pas cru bon installer un tel système dans certaines écoles flambant neuves.

C’est le cas au Galion des Appalaches de Campbellton (2018). Pire, cette école a même été construite avec une fenestration accentuée de sorte à favoriser une plus grande luminosité et l’entrée de la chaleur, donc en somme pour sauver des coûts en énergie.

Des journées comme lundi dernier s’avèrent donc particulièrement problématiques.

Selon Marc Pelletier, le ministère de l’Éducation devra se pencher sur la question, à savoir s’il serait judicieux d’inclure la climatisation comme critère obligatoire pour la construction des futures écoles.

«Cette décision ne nous appartient pas, mais je pense qu’une réflexion s’impose. Les écoles ont été construites avec l’idée qu’elles ne seraient pas utilisées l’été, donc qu’elles n’ont pas besoin de climatisation. Mais les temps changent et on voit qu’à certains moments, on pourrait rafraîchir les lieux dès le mois de mai et même jusqu’en octobre», souligne-t-il.

Le président de l’Association des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick (AEFNB), Gérald Arseneault, croit lui aussi que la province devrait revoir les normes de construction des écoles pour y inclure l’ajout d’un système de climatisation.

Comme le directeur général du DSF-NE, il s’étonne que des établissements flambants neufs en soient dépourvus. Il cite pour sa part le cas de l’école Arc-en-ciel qui a ouvert ses portes à Oromocto en septembre 2020. Cette dernière a dû renvoyer ses élèves faute de pouvoir refroidir l’air ambiant.

«Ajouter un système d’air conditionné est beaucoup plus dispendieux lorsque ce n’est pas fait à la construction», plaide M. Arseneault.

Ses collègues souhaitent-ils que des travaux soient entrepris dans chacune des écoles?

«Rien n’est impossible, tout est une question de volonté politique. Il y a un coût attaché à ça. À quel rythme est-ce que ce gouvernement est prêt à ouvrir son portefeuille pour répondre à ce besoin-là?», répond le président de l’AEFNB.

Interpellé sur la question, le ministre de l’Éducation n’a pas retourné notre demande d’entrevue.

 

  • Avec la participation du journaliste Simon Delattre