Radio-Canada: tout sauf «ici» selon des auditeurs

De nombreux francophones du Canada Atlantique ont profité d’une assemblée publique de consultation organisée jeudi par Radio-Canada pour faire savoir qu’ils se reconnaissent encore très peu sur les ondes du diffuseur public.

La consultation virtuelle, organisée par Radio-Canada Acadie, visait à comprendre comment le diffuseur public pouvait mieux refléter les réalités régionales sur ses nombreuses plateformes.

Pour ce faire, près d’une dizaine de dirigeants et animateurs de Radio-Canada ont échangé avec un panel composé d’un représentant ou une représentante de chacune des provinces Atlantique.

L’ensemble des participants ont dit régulièrement consulter Radio-Canada, qui demeure à leurs yeux un gage de qualité. Plusieurs ont toutefois affirmé souvent consulter des médias anglophones «Le défi, c’est que l’information prend parfois un peu de temps à circuler et souvent elles nous arrivent d’abord en anglais», constate Érika Cantu, une citoyenne de Moncton.

Pour Charles Duguay, un citoyen de Charlottetown, la couverture offerte lors de la première journée de la tuerie de Portapique en est une belle illustration.

«Quand j’en ai entendu parler, la première affaire que j’ai faite c’est d’aller à Radio-Canada. Mais ç’a été pour moi une source de frustration, se souvient-il. J’ai été obligé d’aller du côté anglais parce qu’initialement, on n’avait pas la nouvelle à Radio-Canada ni RDI. On ne parlait que de la COVID au Québec. J’étais tellement frustré que j’ai écrit à l’ombudsman.»

Les panélistes s’entendent toutefois pour dire que le diffuseur public est une source d’information essentielle, particulièrement lorsqu’il est question d’enjeux francophones touchant directement à leur communauté et peu couverts par les médias anglophones. Plusieurs ont toutefois affirmé ne pas se reconnaître dans le contenu national du diffuseur.

«C’est difficile pour moi de dire qu’il y a une plus grande présence hors Québec sur vos différentes plateformes, a raconté François Albert, qui habite la région de Fredericton. J’ai quand même consulté plusieurs personnes et il semble encore y avoir une insatisfaction, surtout par rapport aux informations. Je ne me reconnais pas souvent dans la majorité des choses que j’entends.»

Un internaute a lui aussi dit croire que la couverture régionale sur les plateformes nationales demeure problématique.

«Si l’on compare la disparition de Madison Roy-Boudreau, à Bathurst, disparu depuis le 11 mai, à la disparition de Cédrika Provencher au Québec, il y a quelques années, la couverture était plus complète et plus suivie pour Cédrika», a-t-il avancé.

Caroline Arsenault, une résidente d’Halifax, croit pour sa part que Radio-Canada doit en faire davantage pour que les francophones se reconnaissent dans son contenu.

«Il faut entendre du vocabulaire et des accents qui nous ressemblent, sinon ce n’est pas notre radio et ce n’est pas notre télé. C’est vraiment quelque chose qui m’importe. J’y réfléchis beaucoup et je l’entends souvent dans ma communauté aussi.»

Patrice Roy, journaliste-présentateur sur RDI, a tenu à dire aux participants que ses collègues comprennent bien l’importance de refléter la diversité de la francophonie canadienne.

«Est-ce que l’offre peut être améliorée? Évidemment. Mais sachez que c’est important pour nos collègues de savoir qu’il y a des gens qui nous regardent partout au pays. Ce n’est jamais pris à la légère», a dit M. Roy.

Luce Julien, directrice générale de l’Information aux services français de Radio-Canada, abonde dans le même sens.

«Je rappelle constamment à l’équipe de ne pas oublier la couverture de l’actualité du reste des provinces. On est loin d’être parfait, mais je pense honnêtement qu’on s’améliore», a-t-il dit lors de la rencontre, rappelant que des enjeux locaux, comme le dossier de l’Université de l’Ontario français, deviennent souvent des enjeux d’intérêt national.

Matthieu Dugal, animateur radio de Moteur de recherche, une émission de la Première chaîne enregistrée à Montréal, a lui aussi dit vouloir accorder davantage de place à des invités de toute la francophonie canadienne. Pour y arriver, son équipe compte notamment sur une recherchiste, en poste à Vancouver, dont le travail est d’identifier des experts et des invités dans les universités à l’extérieur du Québec.

Vers une écriture plus inclusive à Radio-Canada?

Pendant l’Assemblée publique de consultation, une internaute a voulu savoir les employés de Radio-Canada Acadie pourraient un jour utiliser des pronoms neutres et inclusifs comme iel, utilisé pour désigner les personnes sans distinction de genre, «à l’instar de CBC qui permet l’utilisation des pronoms neutres they et them.» La directrice générale de l’Information aux services français de Radio-Canada, Luce Julien, a expliqué que le diffuseur public avait récemment entamé une réflexion à ce sujet et que des recommandations seraient bientôt émises. «Nous avons formé un comité de consultation où nous avons des réviseurs linguistiques, des membres des groupes d’équité, des personnes et des artisans des régions, a-t-elle dit. Il faut comprendre que la langue française est différente de la langue anglaise. They et them, c’est plus simple que iel. C’est extrêmement important, que ce soit à la radio, à la télé ou à l’écrit, que les citoyens nous suivent et nous comprennent. On n’est pas contre l’évolution de la langue, au contraire, mais il faut vraiment bien réfléchir à comment faire.»